
Une cyberattaque force les frigos de supermarchés français à dégivrer, des centaines de magasins touchés
Des pirates ont forcé à distance les groupes frigorifiques de magasins Intermarché et Coopérative U à dégivrer pendant la nuit, et le Premier ministre Sébastien Lecornu a demandé à l'ANSSI de prendre l'affaire en main.
Comment l'attaque s'est déroulée
Des pirates ont pris à distance le contrôle des systèmes qui gèrent la réfrigération commerciale dans la nuit du dimanche 11 au lundi 12 octobre, imposant des cycles de dégivrage continus au lieu du refroidissement. Au lieu d'abaisser les températures, les groupes ont réchauffé les meubles, et au matin du lundi 12 octobre, de l'air chaud s'échappait des vitrines, selon SudOuest.fr, avec des relevés parfois supérieurs à 26 °C. Citant BFMTV, ČT24 a rapporté que les températures fixées à distance atteignaient jusqu'à 50 degrés. L'attaque aurait exploité du matériel du fabricant danois Danfoss, dont les boîtiers de supervision et les logiciels régulent la température des magasins. Le cabinet du Premier ministre a indiqué que l'agence nationale de cybersécurité avait identifié une vulnérabilité dans un logiciel fourni par une entreprise danoise et avait contacté son éditeur.
- Début du dégivrage forcé à distance sur les groupes frigorifiques des supermarchés
- De l'air chaud s'échappe des vitrines, détériorant les produits frais et surgelés
- Le Premier ministre Sébastien Lecornu demande à l'ANSSI de prendre l'affaire en main
Quelles enseignes ont été touchées
L'AFP a estimé que 150 à 200 magasins Intermarché et près de 100 magasins Coopérative U avaient été touchés. Le groupe Mousquetaires, qui exploite Intermarché, a compté 300 magasins Intermarché et Netto affectés, tandis que Coopérative U a déclaré que moins de 100 de ses points de vente l'étaient. Franceinfo a rapporté qu'E.Leclerc avait confirmé que plusieurs de ses magasins avaient été touchés, tandis que SudOuest.fr a fait état de pertes allant jusqu'à 220 000 euros dans un site Leclerc que le groupe n'a pas confirmé. Carrefour Market, Monoprix et Metro ont été cités dans les médias mais n'ont pas confirmé avoir été affectés. Des messages sur les réseaux sociaux désignaient des magasins Intermarché à Parempuyre, Port-Sainte-Foy et Gradignan en Gironde, tandis que deux supermarchés de Haguenau, en Alsace, ont enregistré des pertes de marchandises d'une valeur de 270 000 euros.
Pertes et assurance
Intermarché a déclaré à l'AFP que les magasins touchés devraient jeter tous les produits frais et surgelés. L'enseigne a imputé à l'attaque le gaspillage alimentaire et les pertes financières, sans donner d'estimation du préjudice. Elle a averti que les polices d'assurance pourraient ne pas couvrir ce type d'incident. Le groupe Mousquetaires estime que les systèmes de réfrigération n'ont jamais été soumis à une telle attaque. Les médias français évaluent les dégâts à plusieurs millions d'euros à l'échelle du pays.
Enquête et réponse gouvernementale
Le parquet de Paris a ouvert une enquête de sa propre initiative et l'a confiée à l'Office anticybercriminalité (OFAC). L'objectif est d'identifier toutes les victimes et de relier formellement le piratage aux pertes alimentaires et aux incendies. Les procureurs ont indiqué que des incendies avaient également été allumés. Le ministère du Commerce a déclaré être en contact avec les distributeurs et ne pas disposer d'informations supplémentaires à ce stade. Le Premier ministre Sébastien Lecornu a demandé à l'ANSSI le lundi 12 octobre de prendre l'affaire en main, et son cabinet a indiqué qu'il suivait le dossier personnellement. L'ANSSI est en contact avec ses homologues européens car d'autres pays pourraient être touchés, et elle cherche à identifier d'autres entreprises françaises concernées afin de les avertir et de les conseiller avant que le problème ne se propage.
Réactions
Dominique Schelcher, directeur général de Coopérative U, a confirmé l'attaque sur X et l'a condamnée en ces termes :
S'attaquer à des équipements essentiels au maintien des produits frais et à l'approvisionnement alimentaire des Français est extrêmement grave et sans précédent.
Schelcher a écrit que les équipes de l'entreprise étaient pleinement mobilisées pour résoudre les problèmes et qu'une enquête serait nécessaire pour clarifier pleinement l'attaque. Le magasin Intermarché de Haguenau a déclaré sur Facebook que, comme de nombreux autres commerces, il avait été victime d'une attaque informatique sur son système de refroidissement. Il a ajouté avoir dû jeter tous les produits surgelés.


