- 2011Les manifestations sur l'avenue Habib-Bourguiba contribuent à alimenter les révoltes des printemps arabes
- 25 juil.Kais Saied s'octroie les pleins pouvoirs, une décision que l'opposition qualifie de coup d'État
- 17 oct.Des milliers de personnes manifestent à Tunis à l'appel de l'UGTT et des partis d'opposition
Une unité rare sur l'avenue Habib-Bourguiba
Des milliers de personnes ont défilé samedi 17 octobre dans le centre de Tunis, lors de ce que des sources décrivent comme la plus grande mobilisation contre le président Kais Saied depuis des années. L'Union générale tunisienne du travail (UGTT) a mené la marche aux côtés d'organisations de la société civile et de partis d'opposition de tout l'échiquier politique. L'AFP a rapporté que plus de 3 000 personnes y ont participé, un chiffre qui n'a pas pu être confirmé de manière indépendante. Les manifestants se sont rassemblés sur l'avenue Habib-Bourguiba, un axe central de la capitale, tandis que des centaines de policiers étaient déployés et que plusieurs rues voisines étaient fermées. La foule comptait des avocats, des médecins, des journalistes et des chômeurs, ainsi que des militants et des membres de partis.
Une opposition divisée, une colère partagée
Le rassemblement a réuni des rivaux politiques dont les divisions de longue date avaient affaibli leur capacité à contester le pouvoir de Kais Saied. Les manifestants ont réclamé la libération des critiques du président emprisonnés et la fin des atteintes aux droits syndicaux. Des pancartes proclamaient « Pas de démocratie sans libertés » et « Pas de dignité avec la pauvreté », et certains marcheurs ont repris un slogan de 2011 appelant au départ du gouvernement. D'autres manifestants portaient des pancartes sur le chômage et la pollution. Salah Eddine Salmi, le dirigeant de l'UGTT, s'est élevé contre la concentration du pouvoir entre les mains de la présidence et a averti que « le silence ne sera plus acceptable ». L'avenue a également été un point de ralliement de la révolte de 2011, qui a contribué à alimenter les printemps arabes.
Pression économique et services défaillants
La colère face à la hausse du coût des produits de base et à la baisse du pouvoir d'achat s'ajoutait aux revendications politiques. La Tunisie connaît des difficultés économiques prolongées, un affaiblissement des services publics, des coupures récurrentes d'eau et d'électricité, ainsi que des pénuries de médicaments et d'autres produits essentiels. Le manifestant Yassine Gharseli est venu de Sfax, à environ 250 km au sud de Tunis, pour participer à la marche. Les pannes répétées des services essentiels, a-t-il dit, l'ont rendu de plus en plus en colère contre les responsables. Lors de la manifestation, il a déclaré à Reuters qu'il était déterminé à continuer de s'exprimer.
« Je suis venu de Sfax pour défendre ma liberté »
La prise de pouvoir de Saied et sa réponse
Kais Saied s'est octroyé les pleins pouvoirs le 25 juillet 2021, une décision que l'opposition qualifie de coup d'État. La même année, il a dissous le Parlement, révoqué des dizaines de juges et commencé à gouverner par décret. Des organisations de défense des droits humains l'accusent d'intensifier la répression contre la société civile, les journalistes et les opposants politiques. Kais Saied rejette ces accusations, affirme qu'il n'est pas un dictateur et impute à ses rivaux la responsabilité de provoquer délibérément des crises économiques pour attiser les tensions sociales. La marche de samedi fait suite à des manifestations antérieures portant sur des griefs similaires.