
Des pirates divulguent les fichiers de 70 381 agents de sécurité marocains et accusent l'État d'avoir orchestré le passage frontalier de Ceuta
Le collectif hacktiviste Jabaroot a publié les dossiers administratifs de 70 381 agents du renseignement et de la police marocains, affirmant que des responsables d'État ont organisé l'entrée frontalière du 30 juillet à Ceuta.
Fichiers du renseignement publiés en ligne
Un groupe hacktiviste opérant sous le nom de Jabaroot a publié des bases de données contenant les dossiers personnels et administratifs de 70 381 agents de sécurité marocains. La fuite concerne des membres de la Direction générale de la surveillance du territoire (DGST), l'agence de renseignement intérieur du Maroc, et de la Direction générale de la sûreté nationale (DGSN), la police nationale. Les fichiers publiés comprennent les noms complets, les numéros de carte d'identité nationale, les identifiants d'employé de la fonction publique, les dates de naissance, les grades et les années de recrutement. Un fichier supplémentaire contient les coordonnées bancaires de 1 400 officiers, ainsi que les dossiers de 21 directeurs du renseignement, dont le chef de la sécurité Abdellatif Hammouchi. D'anciens officiers du renseignement marocain ont confirmé que le matériel publié comprend des données authentiques sur le personnel, identifiant des chefs de division en activité tels que le directeur des ressources humaines, le directeur adjoint du contre-espionnage et le chef de l'unité d'enquête.
- Total du personnel exposé
- 70381 dossiers
- Fichiers d'identification bancaire
- 1400 dossiers
- Directeurs du renseignement
- 21 dossiers
Accusations liant l'État au passage frontalier de Ceuta
Outre les registres du personnel, Jabaroot a publié des extraits d'ordres de mission adressés aux agents marocains déployés dans la ville frontalière de Castillejos lors de l'entrée massive à Ceuta le 30 juillet. Le collectif a affirmé que cette poussée migratoire était une opération d'État planifiée pour faire pression sur l'Espagne et les autorités européennes. Jabaroot a nommé le conseiller royal Fouad Ali el-Himma et Abdellatif Hammouchi comme coordinateurs du mouvement, alléguant que l'opération s'est déroulée à l'insu du roi Mohammed VI, mais avec la connaissance préalable des États-Unis et d'Israël. Le journaliste espagnol Ignacio Cembrero a évalué les conséquences stratégiques de cette divulgation pour les réseaux de renseignement marocains opérant à l'international.
C'est un cadeau très, très utile, parce que tout d'un coup vous savez qui est qui parmi ceux qui travaillent pour le renseignement intérieur marocain.
Identité du pirate et traces techniques
Bien que Jabaroot ait prétendu représenter des patriotes algériens, les agences de renseignement européennes soupçonnent que le collectif est dirigé par un seul ancien agent du renseignement marocain vivant en Allemagne. Des investigations techniques menées par la société française de cybersécurité CybelAngel ont lié les comptes Telegram utilisés par le groupe à un profil de développeur GitHub enregistré sous le pseudo 3N16M4. Le groupe s'est fait connaître pour la première fois en avril 2025 en piratant la base de données de la Caisse nationale de sécurité sociale du Maroc, avant de divulguer des informations sur le personnel et les propriétés du palais royal. Les analystes en cybersécurité ont noté que les fichiers publiés combinent des registres déjà en circulation avec des listes d'administration interne plus récentes. Après la publication des données sur Telegram et sur des forums de hackers russes, le groupe a posté des messages s'enquérant de l'intérêt pour des données de surveillance Pegasus concernant le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez.
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Ultimatums politiques et réactions régionales
Avant de publier les listes du personnel, Jabaroot a présenté plusieurs conditions politiques aux autorités de Rabat. Le collectif a exigé des excuses officielles du gouvernement pour les événements de Ceuta, la déclaration d'une période de deuil national et l'annulation des élections législatives marocaines prévues le 23 septembre. Les autorités marocaines n'ont pas émis de réponse publique formelle à la fuite de données ni aux allégations concernant le passage frontalier de Ceuta. Les agences de renseignement européennes continuent d'examiner les dossiers publiés pour évaluer les opérations de renseignement marocaines à l'étranger, tandis que les communications diplomatiques bilatérales entre Madrid et Rabat restent axées sur la gestion de la sécurité frontalière.

