
Le décret italien sur la reconnaissance faciale bloqué au Parlement alors que le gouvernement assure respecter la loi européenne sur l'IA
Un vote en commission de la Chambre basse a été reporté jeudi après que le Sénat a approuvé une mesure autorisant le stockage des données biométriques des caméras publiques pendant sept jours, suscitant des accusations d'État « Big Brother » de la part de l'opposition.
Le décret et ses dispositions
Le décret législatif, qui transpose la loi européenne sur l'IA en Italie, introduit des règles pour l'utilisation de la reconnaissance faciale par les forces de l'ordre. L'article 8 autorise l'identification biométrique à distance en temps réel dans les espaces accessibles au public pour prévenir les attentats terroristes, les menaces à la vie ou à l'intégrité physique, et pour rechercher des personnes disparues ou des victimes d'enlèvement et d'exploitation sexuelle. La police peut activer les systèmes en cas d'urgence et en informer un magistrat, même oralement, dans les 24 heures. L'article 10 permet de conserver pendant sept jours les images des caméras de surveillance ordinaires dans des lieux sensibles tels que les stades ou les places. Si un crime est commis pendant cette période, les images peuvent être utilisées pour les enquêtes ; sinon, les données sont automatiquement effacées.
Affrontement politique et report
Le décret a été adopté par la commission des politiques européennes du Sénat mercredi 29 juillet, mais le vote dans la commission équivalente de la Chambre basse a été reporté jeudi au milieu d'une controverse. Les partis d'opposition, dont le Parti démocrate, le Mouvement 5 étoiles, l'Alliance des Verts et de la gauche, Plus d'Europe et Italia Viva, ont quitté la séance du Sénat en signe de protestation. Marianna Madia, vice-présidente de la commission des affaires européennes de la Chambre et députée d'Iv-Casa Riformista, a qualifié ce retard de « très grave » et a déclaré que la majorité avait demandé un arrêt inattendu de l'avis.
Le report du vote en commission sur le décret législatif concernant la reconnaissance faciale est une affaire très grave.
Le gouvernement défend sa conformité
Des sources au cabinet de la Première ministre Giorgia Meloni ont publié une déclaration jeudi affirmant que l'Italie respecte et continuera de respecter le droit européen sur la reconnaissance faciale dans les espaces publics accessibles. Le communiqué indique que l'Italie a été la première en Europe à adopter une législation complète et à la mettre en œuvre rapidement, et que le gouvernement continuera de travailler pour un développement de l'intelligence artificielle centré sur l'humain et gouverné par l'humain. Un porte-parole de la Commission européenne a déclaré que la loi sur l'IA interdit la reconnaissance faciale en temps réel dans les espaces accessibles au public, mais a refusé de commenter le décret italien, indiquant ne pas disposer d'informations spécifiques.
L'Italie continuera de se conformer aux réglementations européennes concernant la reconnaissance faciale dans les espaces publics accessibles, à commencer par la loi sur l'IA, comme elle l'a fait jusqu'à présent, conformément aux garanties constitutionnelles et aux libertés civiles, dont la mise en œuvre relève de la responsabilité des autorités judiciaires.
Cadre européen et exceptions
La loi sur l'IA est entrée en vigueur le 2 août 2024, les règles relatives à l'identification biométrique devenant applicables en février 2025. Elle interdit l'identification biométrique à distance en temps réel dans les espaces accessibles au public pour les forces de l'ordre en règle générale, mais permet aux États membres d'introduire des exceptions pour 16 crimes graves spécifiés, les recherches ciblées de victimes spécifiques, les personnes disparues et la prévention des menaces terroristes. Toute utilisation exceptionnelle doit être nécessaire, proportionnée et soumise à une autorisation préalable d'une autorité judiciaire ou administrative indépendante. En cas d'urgence, l'autorisation peut être demandée dans les 24 heures, et toutes les données doivent être supprimées si l'autorisation est refusée. L'identification biométrique à distance postérieure sur des enregistrements antérieurs est classée comme à haut risque et n'est pas interdite, mais nécessite une autorisation préalable.
- La commission des politiques européennes du Sénat adopte le décret ; les partis d'opposition quittent la séance en signe de protestation.
- Le vote en commission des affaires européennes de la Chambre basse est reporté ; le Palazzo Chigi publie une déclaration défendant la conformité avec le droit européen.
Avertissements de l'opposition
Les parlementaires de l'opposition soutiennent que le décret entre en conflit avec la loi sur l'IA, en particulier la procédure d'urgence et la règle de conservation de sept jours. Le sénateur Filippo Sensi du Parti démocrate a déclaré à La Stampa qu'il n'avait jamais vu un gouvernement aussi pressé de faire adopter une loi et s'est interrogé sur qui gérerait les données et comment elles seraient stockées. Il a affirmé qu'au moins deux articles sont en contradiction ouverte avec la loi européenne sur l'IA. Le débat se déroule dans un contexte de troubles publics récents : des émeutes à Bologne après la mort d'un Marocain maîtrisé par la police, et des violences dans le Val de Suse lors de manifestations contre la liaison ferroviaire à grande vitesse TGV Turin-Lyon, au cours desquelles des dizaines d'agents ont été blessés.
Je n'ai jamais vu un gouvernement aussi pressé de faire adopter une loi. Ils pourraient le faire d'ici aujourd'hui. Je me demande pourquoi.


