
Grève générale au Portugal contre la réforme du travail : trains à l’arrêt, centaines de vols annulés et écoles fermées
Une grève générale de 24 heures a quasiment paralysé le Portugal mercredi, les syndicats protestant contre un ensemble de réformes du code du travail que le gouvernement présente comme un moyen de stimuler la productivité. Les syndicats estiment que ces mesures aggraveront la précarité, faciliteront les licenciements et réduiront les droits des travailleurs.
Réseaux de transport paralysés
La compagnie ferroviaire publique CP a suspendu les trains grandes lignes et la plupart des services régionaux, tandis que le métro de Lisbonne était totalement à l’arrêt. Les opérateurs de bus à Lisbonne et à Porto n’ont assuré que des services minimums. Dans les aéroports de Lisbonne, Porto et Faro, la compagnie nationale TAP n’a assuré que 79 de ses 300 vols quotidiens habituels. Le syndicat du personnel navigant Snpvac a fait état de plus de 340 annulations de vols, et Iberia prévoyait des réductions de 50 à 75 %. Les liaisons aériennes essentielles avec les archipels de Madère et des Açores ont été maintenues dans le cadre des services minimaux.
Écoles et hôpitaux perturbés
Les écoles ont fermé sur tout le territoire en raison du manque de personnel. Les hôpitaux ont reporté la plupart des opérations et rendez-vous programmés après que les infirmières se sont jointes au mouvement. La Fédération nationale des médecins (FNAM) a indiqué que les blocs opératoires étaient fermés dans la grande majorité des hôpitaux, y compris à l’hôpital São João de Porto et au centre d’oncologie IPO. Joana Bordalo e Sá, présidente de la FNAM, a déclaré que la réforme pousserait les médecins, les infirmières et autres personnels de santé « à l’épuisement », compromettant la sécurité des patients. Le syndicat des infirmières a signalé un taux de participation supérieur à 75 %.
Ce que propose la réforme
Le projet de loi du gouvernement de centre-droit minoritaire, qui devrait être adopté avec le soutien du parti d’extrême droite Chega, propose de modifier plus de 100 articles du code du travail. Il faciliterait les licenciements pour motif valable, permettrait aux entreprises de refuser la réintégration des salariés licenciés illégalement en échange d’une indemnisation et lèverait les limites au recours à la sous-traitance. Le gouvernement affirme que ces mesures visent à améliorer la productivité et à stimuler la croissance.
La réforme aggraverait les conditions des travailleurs en pérennisant l'emploi précaire, en dérégulant le temps de travail, en facilitant les licenciements et en limitant les droits de grève et les protections parentales.
Opposition syndicale et sentiment des travailleurs
Tiago Oliveira, secrétaire général de la CGTP, a déclaré que la connaissance du contenu du projet de loi était désormais bien plus grande que lors de la première grève de décembre, citant des sondages montrant que les travailleurs estiment que la réforme leur nuira. Rodrigo Azevedo, un employé de banque de 30 ans, a affirmé que les jeunes travailleurs seraient « coincés dans des contrats précaires à vie », contraints de travailler 50 heures par semaine sans rémunération supplémentaire au lieu des 40 heures actuelles, tout en étant plus facilement licenciés et remplacés par une main-d’œuvre sous-traitée moins chère. Filipe Pereira, coordinateur de l’Union des syndicats de Porto, a indiqué que cette grève était plus largement suivie que celle de décembre et que les travailleurs rejetaient la précarité, les comptes épargne-temps, la sous-traitance et la suppression des droits parentaux et syndicaux.
Le projet de loi sur le travail est une menace majeure, non seulement pour l’avenir des jeunes travailleurs, mais aussi pour notre présent.
Contexte politique et patronal
Les négociations entre le gouvernement et les syndicats ont échoué avant le dépôt du projet de loi. La confédération modérée UGT, qui avait soutenu la grève de décembre, n’a pas participé à l’action de mercredi. Certains employeurs industriels estiment que le cadre juridique actuel est dépassé. Antonio Ricca, directeur de l’usine de systèmes de refroidissement Effaflu, dans le nord du Portugal, a déclaré que les rigidités du droit du travail, datant de la fin des années 1970, maintiennent les salaires à un bas niveau. Julio Marto, qui dirige une usine de palettes dans le centre du Portugal, partage cet avis. Une manifestation était prévue à Lisbonne à 14h30, heure locale.
- Dernière grève générale avant la vague actuelle, organisée lors des manifestations contre les mesures d’austérité
- Première grève générale contre le projet de réforme du travail, soutenue par la CGTP et l’UGT
- Deuxième grève générale contre la réforme du travail, appelée par la seule CGTP ; l’UGT ne participe pas
La grève de mercredi est le deuxième mouvement de grève générale en six mois et seulement le troisième depuis les manifestations contre l’austérité de 2013.


