En bref
Le Parlement européen a décerné le prix jeudi 22 octobre 2026 à la Cour et à ses responsables, avec une dotation de 50 000 euros.
Trump a annoncé des sanctions contre la Cour le 9 octobre, moins de deux semaines avant l'annonce du prix.
Dans leurs rapports annuels de 2025, les eurodéputés ont exprimé leur vive inquiétude face aux sanctions menées par les États-Unis et demandé à la Commission d'activer le statut bloquant de l'UE.
- 2025La CPI délivre des mandats d'arrêt contre Benjamin Netanyahu et un ancien ministre israélien de la Défense
- 9 oct.Donald Trump annonce des sanctions contre la CPI, quelques heures après le prix Nobel de la paix de Navi Pillay
- 22 oct.Le Parlement décerne le prix Sakharov à la CPI et à ses responsables
La distinction
Le Parlement européen a décerné jeudi 22 octobre 2026 son prix Sakharov 2026 pour la liberté de pensée à la Cour pénale internationale (CPI) et à ses responsables, collectivement. Roberta Metsola a annoncé la décision dans l'hémicycle de Strasbourg, où les eurodéputés, debout, ont applaudi. Le prix est doté de 50 000 euros. Politico avait rapporté auparavant, citant deux personnes informées de la décision, que la Cour serait la lauréate. La CPI siège à La Haye et est la première cour pénale internationale permanente, opérant sous le statut de Rome. Elle enquête et, lorsque les conditions sont réunies, juge les personnes accusées de génocide, de crimes de guerre, de crimes contre l'humanité et de crime d'agression.
Lors de son annonce, Mme Metsola a déclaré :
« L'Union européenne est fondée sur le respect du multilatéralisme et des institutions internationales. »
Le Parlement, a-t-elle dit, reconnaissait le travail de la Cour en faveur du droit international et de la justice.
Sanctions et pressions sur la Cour
Trump a annoncé des sanctions contre la Cour le 9 octobre, quelques heures après que l'ancienne juge de la CPI Navi Pillay a reçu le prix Nobel de la paix plus tôt ce mois-là. Des analyses ont vu dans ce calendrier un signe de soutien à la Cour. L'administration Trump est depuis longtemps hostile à la Cour et a déjà sanctionné des procureurs et des juges, qualifiant l'institution d'illégale. La pression s'est intensifiée après les mandats d'arrêt délivrés l'an dernier par la Cour contre le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et un ancien ministre israélien de la Défense.
La présidente de la Cour, Tomoko Akane, a remercié le Parlement et déclaré :
« Cette distinction intervient au moment où la Cour et ses responsables font face à des défis sans précédent, principalement des sanctions visant à entraver le mandat judiciaire de la Cour. »
La position du Parlement
Dans leurs rapports annuels de 2025 sur la politique étrangère et de sécurité commune de l'UE et sur les droits humains et la démocratie dans le monde, les eurodéputés ont exprimé leur vive inquiétude face à l'escalade des menaces et aux vagues successives de sanctions, principalement américaines, visant la Cour et ses procureurs, juges, personnels et associés. Ils ont qualifié ces mesures d'attaques graves contre le système de justice internationale. Les eurodéputés ont à plusieurs reprises exhorté la Commission européenne à activer le statut bloquant de l'UE, qui protégerait les responsables travaillant à la Cour contre les attaques extraterritoriales. Le groupe des Socialistes et Démocrates a proposé la Cour pour le prix, et sa vice-présidente, Yannis Maniatis, a déclaré début octobre que le groupe soutenait la Cour et protégerait son travail. Chloé Ridel, du même groupe, a qualifié la distinction de message d'espoir et de résistance adressé à Donald Trump. La présidente du groupe Socialistes et Démocrates, Irene García Pérez, y a vu une victoire pour la justice internationale et une défaite pour les dirigeants autoritaires.
Autres candidats et contexte
Une partie de l'extrême droite et surtout de la droite avait proposé l'opposant tanzanien Tundu Lissu. L'an dernier, le prix était revenu aux journalistes Andrzej Poczobut et Mzia Amaglobeli, emprisonnés en Biélorussie et en Géorgie. Poczobut, Polonais-Biélorusse, a été libéré en avril 2026 dans le cadre d'un échange. Parmi les précédents lauréats figurent Nelson Mandela, Alexeï Navalny, des journalistes biélorusses et le peuple ukrainien. Le prix, qui porte le nom du physicien et dissident soviétique Andreï Sakharov, est décerné chaque année depuis 1988 à des personnes et des organisations défendant les droits humains et les libertés fondamentales. Les candidats présélectionnés sont traditionnellement invités à la cérémonie lors de la session plénière de décembre à Strasbourg.