
Le gouvernement roumain dépose un recours constitutionnel après que la Haute Cour a poursuivi l'État pour le rappel des salaires des magistrats
Le Premier ministre par intérim, Ilie Bolojan, a annoncé jeudi que le gouvernement avait saisi la Cour constitutionnelle d'un conflit de compétence, estimant que la Haute Cour avait outrepassé ses pouvoirs en ordonnant à l'État de verser près de 8 milliards de lei de rappels de salaires et d'amendes journalières.
Le litige
Fin mars 2026, la Haute Cour de cassation et de justice (ÎCCJ), présidée par Lia Savonea, a poursuivi le gouvernement roumain et le ministère des Finances pour avoir refusé d'allouer des fonds destinés à couvrir les rappels de salaires que les magistrats avaient obtenus par des décisions de justice définitives. Le gouvernement avait initialement inscrit près de 5 milliards de lei pour la Haute Cour dans le projet de budget 2026, soit environ 50 % de plus que l'année précédente, mais en a ensuite détourné une partie vers un programme d'aide sociale de 1,1 milliard de lei destiné aux retraités et aux collectivités locales. La cour d'appel de Bucarest a admis l'action le 5 mai et a ordonné au gouvernement de payer dans les dix jours suivant le jugement définitif, avec des pénalités journalières de 1 % du montant dû (48 millions de lei, soit environ 9 millions d'euros) et une amende de 20 % du salaire brut minimum pour chaque jour de non-exécution.
L'argument constitutionnel du gouvernement
À l'issue du conseil des ministres de jeudi, Bolojan a déclaré que le gouvernement avait déposé son recours auprès de la Cour constitutionnelle (CCR) sur proposition du ministère des Finances. Il a soutenu que le pouvoir judiciaire avait usurpé le rôle exclusif de l'exécutif et du législatif en matière budgétaire.
La Cour s'est substituée aux pouvoirs exécutif et législatif dans les questions budgétaires et de gestion des finances publiques. La mission du pouvoir judiciaire, conformément à la loi et à la Constitution, est d'interpréter et d'appliquer les lois existantes, et du point de vue des avocats du gouvernement, la Cour excède sa compétence constitutionnelle, car en vertu de la loi 500/2002, l'élaboration du budget de l'État, les révisions budgétaires et l'affectation des fonds de la réserve budgétaire sont des attributs exclusifs et souverains des pouvoirs exécutif et législatif. Le pouvoir judiciaire n'a ni la compétence technique ni la légitimité pour décider de la répartition des deniers publics provenant d'un budget général consolidé, obligeant le gouvernement à allouer des sommes pour un seul secteur, le paiement des rappels de salaires dans la justice. La Cour perturbe directement l'équilibre budgétaire national, un acte qui constitue une ingérence directe dans l'activité exécutive de l'État.
La note figurant à l'ordre du jour du conseil des ministres, signée par le secrétaire général Dan Reșitnec, soutenait que l'intervention de la Cour pourrait créer un précédent pour que tout titulaire de budget poursuive le gouvernement, fragmentant davantage le processus budgétaire de l'État.
Enjeux financiers
L'ÎCCJ réclame 4,8 milliards de lei pour les arriérés de salaires et les pénalités, tandis que le Parquet revendique environ 3 milliards de lei. Ensemble, ils exposent le budget de l'État à environ 7,8 milliards de lei. La seule pénalité journalière de 1 % s'élève à 48 millions de lei (environ 9 millions d'euros) par jour de retard, un fardeau que Bolojan a qualifié d'« énorme ».
- Réclamation principale de l'ÎCCJ
- 4.8 milliards de lei
- Réclamation du Parquet
- 3 milliards de lei
- Pénalité journalière (par jour)
- 0.048 milliards de lei
Contexte des réclamations
Les rappels de salaires découlent d'une décision de 2023 de la Haute Cour et du Procureur général d'augmenter les salaires des magistrats de 25 %, appliquée rétroactivement à partir de 2018. Au cours des deux dernières décennies, les magistrats ont intenté plus de 5 000 procès contre l'État, obtenant diverses indemnités, dont une prime anti-corruption de 40 % et une prime de risque et de stress neuropsychique de 50 %, qui ont ensuite été intégrées dans les décisions salariales. Six magistrats ont également saisi la Cour européenne des droits de l'homme contre la Roumanie pour le retard dans le paiement des augmentations de salaire ordonnées par la justice.
Prochaines étapes
Le gouvernement ayant déposé la plainte constitutionnelle le 2 juillet, la prochaine audience à la cour d'appel de Bucarest est fixée au 9 juillet. Bolojan a noté que son cabinet intérimaire, agissant avec des pouvoirs limités, ne peut exécuter aucune décision favorable à la Haute Cour, même si le recours échoue. La chronologie ci-dessous retrace les étapes clés de l'impasse.
- La Haute Cour et le Procureur général approuvent une augmentation de salaire rétroactive de 25 % pour les magistrats, avec effet rétroactif à 2018.
- L'ÎCCJ poursuit le gouvernement pour ne pas avoir alloué les fonds nécessaires aux rappels de salaires.
- La cour d'appel de Bucarest admet l'action, ordonne le paiement sous 10 jours et impose des pénalités journalières de 1 %.
- Le gouvernement dépose une plainte constitutionnelle auprès de la CCR.
- Prochaine audience prévue à la cour d'appel de Bucarest.

