
Des dizaines de morts alors que des factions dissidentes rivales des FARC s'affrontent dans la jungle du Guaviare en Colombie, à quelques jours de l'élection présidentielle
Au moins 52 combattants guérilleros ont été tués dans de violents affrontements entre groupes dissidents rivaux des FARC se disputant le contrôle des routes du trafic de cocaïne dans le sud-est de la Colombie, à seulement trois jours de l'élection présidentielle du pays.
L'affrontement
Au moins 52 combattants guérilleros ont été tués dans des affrontements entre deux groupes armés rivaux se disputant le contrôle territorial d'une région stratégique de production et de trafic de cocaïne dans le sud-est de la Colombie, a annoncé jeudi une faction des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) impliquée dans les combats. Les affrontements ont eu lieu dans les jungles du département du Guaviare, près du village de Barranco Colorado. Il s'agit des affrontements les plus violents de ces derniers mois.
Les corps sont entassés là-bas, il faut les évacuer.
Willy Rodríguez, maire de San José del Guaviare, a déclaré à l'AFP que le bilan pourrait dépasser les 50 morts. Les autorités n'ont pas encore pu atteindre le lieu des affrontements, et le décompte des victimes provient de la communauté locale, prise dans les tirs croisés. Des vidéos circulant sur les réseaux sociaux enregistrent de fortes détonations provenant de l'intérieur d'une des maisons de cette zone reculée. Les équipes de secours attendent que les groupes armés leur permettent de récupérer les corps dans un endroit où la probabilité de mines antipersonnel est élevée. Atteindre le site depuis la capitale régionale, San José del Guaviare, prend environ six heures en camion 4x4, selon Rodríguez.
Les factions rivales
Les combats ont opposé une faction dissidente des FARC dirigée par Néstor Gregorio Vera, mieux connu sous le nom d'Iván Mordisco, et une autre dirigée par Alexander Díaz Mendoza, connu sous le nom de Calarcá Córdoba. Tous deux ont rejeté l'accord de paix de 2016 qui a permis à environ 13 000 membres des FARC de déposer les armes. Le groupe de guérilla dirigé par Díaz Mendoza est engagé dans des pourparlers de paix avec le président Gustavo Petro, mais la faction de Vera reste en conflit avec les autorités après que le gouvernement a suspendu un cessez-le-feu bilatéral avec la faction en 2024. La faction dissidente de Calarcá a signalé 52 pertes au combat, toutes sauf deux provenant des rangs de Mordisco. La structure EMBF 'Isaías Carvajal' a raconté qu'ils se reposaient dans un camp situé dans la zone rurale de La Siberia lorsqu'ils ont été surpris par environ 250 hommes de Mordisco.
L'affrontement criminel brutal aurait fait plusieurs victimes, probablement parmi les membres de ces groupes armés illégaux, dont certains pourraient être des mineurs.
Le ministre de la Défense, Pedro Sánchez, a confirmé sur les réseaux sociaux qu'il y avait eu des combats dans la zone, tout comme l'armée, mais aucun n'a fourni de détails sur le nombre de morts. Sánchez a déclaré que des troupes avaient été déployées dans la zone pour protéger la population civile. La 22e brigade de l'armée maintient une présence stratégique dans la zone rurale de San José del Guaviare dans le but de protéger la population civile, de renforcer la sécurité, de préserver le contrôle territorial et de garantir le respect des droits de l'homme et du droit international humanitaire.
Contexte électoral
Les affrontements surviennent à quelques jours de l'élection présidentielle de dimanche, au cours de laquelle les Colombiens éliront un successeur au président de gauche Gustavo Petro, qui a eu du mal à mettre en œuvre des pourparlers de paix avec les nombreux groupes armés du pays. Le ministre de l'Intérieur, Armando Benedetti, a accusé les factions dissidentes des FARC de tenter d'influencer le vote.
Ce sont toujours des structures criminelles, qui n'ont aucun amour pour la vie, qui sont de la mort et qui sembleraient tenter d'influencer ou d'avoir une certaine ingérence dans le vote, que ce soit par coercition ou en montrant une faiblesse de l'État.
Sánchez a assuré que 408 000 membres de la force publique étaient déployés dans tout le pays pour garantir la sécurité lors des élections présidentielles, en plus d'avions, de navires, de drones, d'anti-drones et de véhicules blindés. « Organiser des élections en Colombie n'est pas la même chose que les organiser en Suisse (...) il y a des risques pour la démocratie, il ne faut pas les ignorer », a-t-il déclaré à Noticias Caracol.
Cessez-le-feu et conflit plus large
La semaine dernière, le plus grand groupe dissident des FARC, l'État-major central, a annoncé une suspension nationale de ses opérations militaires contre les forces publiques du pays entre le 20 mai et le 10 juin. Le groupe n'a toutefois pas annoncé une suspension complète de toute activité militaire, ce qui signifie que les confrontations avec d'autres groupes armés ne seraient pas incluses dans sa pause opérationnelle. Les rebelles de l'Armée de libération nationale (ELN) ont également annoncé un cessez-le-feu séparé avant l'élection du week-end. Le conflit armé, qui dure depuis plus de six décennies et est financé principalement par le trafic de drogue et l'exploitation minière illégale, a fait plus de 450 000 morts et des millions de déplacés.
- Une autre confrontation entre les mêmes groupes fait une trentaine de morts dans le Guaviare.
- Le gouvernement suspend le cessez-le-feu bilatéral avec la faction d'Iván Mordisco.
- L'État-major central des FARC annonce la suspension des opérations militaires contre les forces publiques jusqu'au 10 juin.
- Des factions dissidentes rivales des FARC s'affrontent près de Barranco Colorado, dans le Guaviare ; au moins 52 morts.
- Élection présidentielle colombienne prévue.
Le Guaviare est l'un des bastions historiques de la guérilla. Ce territoire est aujourd'hui disputé entre groupes dissidents qui ont tourné le dos à l'accord de paix de 2016 avec les FARC. Ils ont « un seul objectif : l'économie criminelle, vivre du trafic de drogue (...) C'est inconcevable, c'est absurde », a déclaré plus tôt le ministre Sánchez à Blu Radio. En janvier de cette année, une autre confrontation entre ces groupes a fait une trentaine de morts.


