
Le tribunal administratif de Berlin valide l'interdiction de la prière ostentatoire dans un lycée, constatant un désavantage pour les élèves musulmans
Le tribunal administratif de Berlin a jugé jeudi 15 octobre 2026 que le Diesterweg-Gymnasium peut interdire les rites religieux ostentatoires dans l'enceinte de l'établissement. Le jugement n'est pas encore définitif et l'association requérante entend demander l'autorisation de faire appel.
La décision
Le tribunal administratif de Berlin a jugé jeudi 15 octobre 2026 que le Diesterweg-Gymnasium peut interdire la pratique ostentatoire de rites religieux dans l'enceinte de l'établissement. Le tribunal a rejeté le recours de la Gesellschaft für Freiheitsrechte (GFF), une association de défense des libertés civiles qui soutenait que le règlement scolaire discrimine les élèves musulmans. Le jugement n'est pas encore définitif. La GFF a déclaré à la Katholische Nachrichten-Agentur (KNA) qu'elle compte demander l'autorisation de faire appel. Dpa a précisé qu'un appel doit d'abord être admis avant que le tribunal administratif supérieur de Berlin-Brandebourg (OVG) puisse se saisir de l'affaire.
- Entrée en vigueur de la version actuelle du règlement scolaire
- Le tribunal administratif de Berlin rejette le recours de la GFF
Pourquoi le tribunal a donné raison à l'école
Les juges ont admis que l'établissement est confronté à de réels conflits liés à la religion et ont estimé que la nécessité de préserver la paix scolaire l'emporte, en l'espèce, sur le droit individuel à la liberté religieuse. Ils ont reconnu que le règlement traite effectivement moins bien les élèves musulmans, car la prière islamique obligatoire, accomplie cinq fois par jour, y compris pendant les heures de cours, est particulièrement visible. Le tribunal a néanmoins jugé que l'interdiction ne viole pas la loi berlinoise contre les discriminations dans ce cas concret et qu'un déroulement ordonné de la journée scolaire pèse davantage pour tous les élèves. Les juges ont aussi souligné que le règlement interdit tous les rites religieux ostentatoires et les actes politiques extrêmes sans nommer aucune religion. La version actuelle du règlement scolaire est en vigueur depuis 2023, même si le passage contesté est plus ancien.
Le récit de l'établissement
Le proviseur et son adjoint ont décrit des tensions liées au comportement religieux, principalement chez des élèves musulmans. Le proviseur adjoint a déclaré que la pression à la conformité augmente fortement pendant le ramadan et que certains élèves ont tenté d'imposer des pratiques religieuses à leurs camarades. Des filles ont été insultées pour ne pas porter de foulard ou pour s'habiller trop légèrement, et un élève de cinquième a fait irruption un jour dans une classe en annonçant que tout le monde jeûnerait désormais. Le Berliner Zeitung a rapporté que le corps estudiantin comprend des musulmans chiites et sunnites ainsi que des chrétiens orthodoxes et protestants, et que les élèves chrétiens posent rarement problème. Die Welt a chiffré les effectifs à plus de 600 élèves, tandis que le Berliner Zeitung a avancé 650, les deux sources citant des élèves originaires de 47 pays. Le règlement scolaire a été adopté à la majorité par une conférence scolaire composée de quatre élèves, quatre parents, quatre enseignants et du proviseur.
Les arguments de la requérante
La GFF soutenait que le règlement ne s'applique en pratique qu'aux élèves musulmans qui accomplissent la prière islamique obligatoire. Selon l'association, ces élèves devraient prier cachés dans des buissons, derrière des conteneurs à ordures ou dans des toilettes. Le recours était une action associative (Verbandsklage) visant à faire constater par le tribunal l'existence d'une discrimination. Soraia Da Costa Batista, représentante de la requérante, a déclaré en marge de l'audience :
Les élèves veulent être acceptés à l'école avec leur foi.
Le tribunal a bien constaté un désavantage pour les élèves musulmans, mais il a rejeté l'argument selon lequel le règlement enfreint la loi berlinoise contre les discriminations ; ce constat de désavantage n'a donc pas débouché sur une reconnaissance de discrimination illégale.
La suite
Le jugement n'est pas définitif. Die Welt a rapporté qu'aucun appel n'a été admis jusqu'ici, et dpa a indiqué que l'affaire ne pourra atteindre l'OVG qu'une fois un appel admis. La GFF a annoncé son intention de demander cette admission. Jusqu'à la décision d'une juridiction supérieure, le jugement berlinois s'applique et l'interdiction reste en vigueur au Diesterweg-Gymnasium.
