La Cour de justice de l'Union européenne a rendu un arrêt autorisant la récupération des mises perdues sur les sites de jeux en ligne non agréés. Cette décision concerne potentiellement des milliers de joueurs ayant utilisé des plateformes dépourvues de licence nationale valide, notamment en Allemagne.

Droit au remboursement confirmé

La CJUE valide le droit des joueurs à réclamer leurs pertes auprès des casinos en ligne opérant sans licence nationale entre 2019 et 2021.

Souveraineté des États membres

La justice européenne confirme qu'un État peut interdire les services de jeux en ligne pour protéger les consommateurs, même si l'opérateur possède une licence dans un autre pays de l'UE comme Malte.

Exception des paris sportifs

Cette décision ne s'applique pas encore aux paris sportifs, dont le statut juridique fait l'objet d'une procédure distincte devant la Cour.

La Cour de justice de l'Union européenne a statué, le 16 avril 2026, que les joueurs en Allemagne peuvent réclamer le remboursement des sommes perdues auprès des fournisseurs de jeux en ligne opérant sans licence allemande valide. Cet arrêt marque une avancée juridique majeure pour les consommateurs impliqués dans des milliers de procédures en cours à travers le pays. La décision, rendue dans le cadre de l'affaire C-440/23, fait suite à une plainte déposée par un joueur de Thuringe ayant perdu de l'argent sur des machines à sous virtuelles et des paris de loterie auprès de deux opérateurs maltais entre juin 2019 et juillet 2021. La Cour a confirmé que les interdictions nationales sur les jeux d'argent en ligne sont compatibles avec le droit communautaire, rejetant l'argument des opérateurs selon lequel leurs licences maltaises devraient être reconnues dans toute l'Union européenne au titre de la libre prestation de services. Si cet arrêt ne tranche pas directement le litige devant les tribunaux maltais, il constitue un signal fort pour les nombreuses procédures similaires déjà engagées devant les juridictions allemandes.

L'interdiction allemande confirmée par la CJUE malgré les licences maltaises Au cœur de cette affaire se trouvait un conflit entre le droit allemand de la protection des consommateurs et le principe européen de libre prestation de services. Les deux sociétés maltaises soutenaient que l'interdiction des jeux en ligne en Allemagne violait cette liberté et qu'une licence délivrée par Malte devait être valide sur l'ensemble du marché unique de l'UE. La CJUE a rejeté ce raisonnement, affirmant que les États membres peuvent restreindre la libre prestation de services pour protéger les consommateurs et lutter contre les marchés noirs. La Cour a souligné les dangers spécifiques des jeux d'argent en ligne, décrits comme étant accessibles en permanence, anonymes, sans contrôle social, et particulièrement attractifs pour les jeunes et les groupes vulnérables. La canalisation des jeux vers des circuits contrôlés et réglementés a été jugée comme un objectif politique légitime. La Cour a également écarté l'argument des fournisseurs selon lequel les poursuites constitueraient un abus de droit, estimant que la simple participation aux jeux ne suffisait pas à établir un tel constat. En Allemagne, les jeux d'argent en ligne étaient largement interdits jusqu'à l'entrée en vigueur du Traité d'État sur les jeux de hasard en 2021, qui a remplacé l'interdiction générale par une autorisation sous conditions strictes. La période concernée par l'affaire de Thuringe — de juin 2019 à juillet 2021 — s'inscrit presque entièrement dans cette phase de prohibition. L'arrêt de la CJUE ne modifie pas rétroactivement le statut légal des jeux durant cette période, mais précise que les consommateurs ayant perdu de l'argent auprès d'opérateurs non autorisés conservent le droit d'engager des poursuites pour obtenir restitution.

Des milliers de litiges en cours, mais peu de règlements amiables Cette décision a des répercussions directes sur de nombreuses procédures en cours en Allemagne, où les tribunaux traitent les demandes de remboursement de joueurs ayant utilisé des plateformes non autorisées durant la période d'interdiction. Alexander Wahl, du Centre Européen des Consommateurs Allemagne, conseille aux joueurs concernés de recenser d'abord l'intégralité de leurs pertes avant de contacter directement le fournisseur pour demander un remboursement. Il a toutefois averti que les remboursements volontaires restent rares dans la pratique.

„Dans la grande majorité des cas, les fournisseurs refusent tout remboursement à l'amiable.” — Alexander Wahl via Berliner Zeitung

Wahl a précisé que les victimes doivent généralement faire appel à des avocats spécialisés pour porter l'affaire devant les tribunaux. Thomas Dünchheim, expert en droit des jeux, a souligné que le taux de réussite des actions en justice contre les opérateurs sans licence allemande était jusqu'ici assez élevé.

„Sur le fond, les enjeux sont considérables.” — Thomas Dünchheim via ZEIT ONLINE

Dünchheim a ajouté que les sommes à rembourser, parfois très importantes, représentent des risques financiers majeurs, en particulier pour les opérateurs de jeux eux-mêmes.

Les paris sportifs exclus : une autre décision attendue L'arrêt du 16 avril ne s'applique pas aux paris sportifs, qui font l'objet d'une question juridique distincte en attente de clarification par la CJUE. La Cour fédérale de justice de Karlsruhe avait suspendu une procédure similaire relative aux paris sportifs dans l'attente des directives de la CJUE, et aucune date n'a encore été fixée pour cette réponse. Les consommateurs souhaitant vérifier si un opérateur est légalement autorisé en Allemagne peuvent consulter la « liste blanche » tenue par la Gemeinsame Glücksspielbehörde der Länder (Autorité commune des jeux de hasard des États), qui répertorie tous les détenteurs d'un permis valide. La GGL prévient également que les plateformes non autorisées présentent des risques accrus : manipulation des jeux, non-paiement des gains ou utilisation abusive des données personnelles. En droit pénal allemand, la participation à des jeux d'argent illégaux peut être punie de peines allant jusqu'à six mois d'emprisonnement ou d'une amende. D'autres signes d'alerte incluent l'absence de mention du permis allemand sur le site, des mentions légales incomplètes ou l'utilisation d'extensions de domaine étrangères comme .cc, .net, .bz, .io ou .casino.

Mentioned People

  • Alexander Wahl — Przedstawiciel Europejskiego Centrum Konsumenckiego w Niemczech
  • Thomas Dünchheim — Ekspert prawny i adwokat specjalizujący się w prawie hazardowym

Sources: 10 articles