
Les Serbes manifestent après que Vucic a promis de démissionner, mais rares sont ceux qui croient que son départ mettra fin à 12 ans de règne
Des milliers de personnes se sont rassemblées à Kraljevo dimanche, un jour après que le président Aleksandar Vucic a déclaré qu'il démissionnerait, mais de nombreux manifestants et analystes doutent que cette décision mette fin à son emprise de 12 ans sur le pouvoir.
L'engagement de démission de Vucic
Le président Vucic a déclaré samedi lors d'un rassemblement de partisans à Belgrade qu'il serait président « encore quelques semaines seulement », ajoutant « puis je démissionnerai ». Il n'a fixé aucune date pour son départ ni pour les élections législatives et présidentielles anticipées qui s'ensuivraient.
Le deuxième mandat de Vucic devait courir jusqu'à la fin mai 2027, et la constitution lui interdit de briguer un troisième mandat. L'annonce formalise donc un changement qu'il avait laissé entendre depuis longtemps, lui permettant de se présenter plutôt au poste plus puissant de premier ministre.
Je ne serai président que quelques semaines encore, puis je démissionnerai.
Les manifestants restent sceptiques
Le mouvement étudiant qui ébranle la Serbie depuis fin 2024 a accueilli la promesse de Vucic avec défi. Dimanche, des milliers de personnes ont rempli la place centrale de Kraljevo, à quelque 170 kilomètres au sud de Belgrade, en scandant « Les étudiants gagnent ».
Les étudiants gagnent.
Nombreux dans la foule ont dit ne pas croire que Vucic quitterait réellement le pouvoir. Les manifestations ont commencé après l'effondrement d'un auvent en béton à la gare de Novi Sad en novembre 2024, faisant 16 morts. La catastrophe est devenue un symbole de ce que les manifestants appellent la mauvaise gestion gouvernementale et la corruption systémique, et les manifestations sont désormais les plus importantes que la Serbie ait connues depuis le renversement de Slobodan Milosevic en 2000.
Ce n'est pas seulement une lutte politique, mais un combat entre le bien et le mal.
Manœuvres politiques
Les analystes voient dans la manœuvre de Vucic une rotation tactique. Il a été premier ministre de 2014 à 2017 avant de devenir président, et les observateurs s'attendent à ce qu'il retourne au poste de premier ministre tandis qu'un allié loyal prendra la présidence.
C'est un système autocratique et tout est conçu pour lui. Il alterne entre la présidence et le poste de premier ministre, tout comme Vladimir Poutine.
Vucic a adopté un ton combatif, prédisant que son Parti progressiste serbe « gagnera de manière plus convaincante que jamais » aux prochaines élections. Le parti contrôle de grandes parties de l'appareil d'État, et les critiques craignent qu'il n'utilise cette machine pour mobiliser les employés du secteur public et faire pression sur les opposants.
- Un auvent en béton s'effondre à la gare de Novi Sad, tuant 16 personnes et déclenchant des manifestations étudiantes contre la corruption.
- Le président Vucic annonce à ses partisans qu'il démissionnera 'dans quelques semaines', ouvrant la porte à des élections anticipées.
- Des milliers de manifestants se rassemblent à Kraljevo le jour de Vidovdan, scandant 'Les étudiants gagnent' et exigeant un véritable changement.
- Le deuxième mandat présidentiel de Vucic devait prendre fin; la constitution lui interdit de se présenter pour un troisième mandat.
Attention régionale et de l'UE
L'Union européenne, que la Serbie souhaite rejoindre, a condamné l'usage de la force contre les manifestants pacifiques et a exprimé des inquiétudes concernant la liberté de la presse et l'indépendance judiciaire. Bruxelles a également souligné que des élections libres et équitables sont une condition préalable aux progrès de l'adhésion. La Russie et la Chine, toutes deux partenaires proches de Belgrade, observent également.
La manifestation à Kraljevo a eu lieu le jour de Vidovdan, anniversaire de la bataille du Kosovo en 1389, une date chargée de symbolisme national. Des intervenants du Kosovo se sont adressés à la foule, liant l'incompétence et la corruption perçues du gouvernement aux difficultés rencontrées par les Serbes là-bas. Le ministère des Affaires étrangères de la Roumanie a émis un avertissement aux voyageurs pour ses citoyens avant les rassemblements du week-end.


