
Le président serbe Aleksandar Vučić annonce sa démission dans les semaines à venir, après 18 mois de contestation
Le président serbe Aleksandar Vučić a déclaré samedi, lors d'un rassemblement de ses partisans à Belgrade, qu'il démissionnerait dans les semaines à venir, déclenchant des élections présidentielle et législatives anticipées, après un an et demi de manifestations anticorruption menées par des étudiants.
L'annonce
Le 27 juin, lors d'un rassemblement pro-gouvernemental à Belgrade, le président Aleksandar Vučić a déclaré à des milliers de partisans que son mandat touchait à sa fin. « Je ne serai président que pour quelques semaines, puis je démissionnerai », a-t-il déclaré. Il a promis d'aider le Parti progressiste serbe (SNS) à remporter les élections anticipées, mais n'a précisé ni quand il soumettrait sa démission ni quand il dissoudrait le Parlement, ni fixé de date pour le scrutin. Le lendemain, Vučić a précisé qu'il n'avait pas encore officiellement présenté sa démission et que le délai constitutionnel après une démission est de 90 jours avant un vote.
Les racines du désastre de Novi Sad
Cette promesse de démission intervient après 18 mois de manifestations, les plus importantes de l'histoire récente de la Serbie, déclenchées par l'effondrement de l'auvent d'une gare ferroviaire à Novi Sad en novembre 2024, qui a tué 16 personnes. Ce qui avait commencé par des demandes de responsabilité pour cette catastrophe s'est élargi en un mouvement étudiant contre la corruption gouvernementale, la mauvaise gestion des projets de construction et la répression des médias. Les manifestants accusent Vučić et ses alliés de violences contre les opposants, de liens avec le crime organisé et d'entrave à la liberté de la presse. Le gouvernement rejette toutes ces allégations.
Sondages et réaction de l'opposition
Un sondage de l'institut Faktor Plus, décrit comme pro-gouvernemental par Euractiv, donne au SNS environ 47 % des intentions de vote et au mouvement étudiant environ 31 %. Le chef de l'opposition Savo Manojlović, à la tête du Mouvement Changement, a qualifié cette démission de manœuvre préventive.
En démissionnant et en provoquant des élections présidentielle et législatives anticipées, Vučić tente de prévenir sa chute inévitable, en raison des manifestations et du mouvement étudiant qui bénéficie d'un plus grand soutien que lui.
- SNS
- 47 %
- Mouvement étudiant
- 31 %
Une sortie stratégique ou un véritable changement ?
Les analystes ont interprété cette décision comme un repositionnement tactique plutôt qu'un retrait complet du pouvoir. Florian Bieber, professeur de politique de l'Europe du Sud-Est à l'Université de Graz, a estimé que Vučić cherche à rester aux commandes en passant au poste de Premier ministre, qu'il a occupé de 2014 à 2017.
Il s'agit donc d'une démission qui ne vise pas à quitter le pouvoir, mais à y rester.
Selon la Constitution, le deuxième mandat présidentiel de Vučić devait courir jusqu'à la mi-2027. En partant plus tôt et en soutenant une liste de parti appelée « Serbie unie », il pourrait revenir à la tête du gouvernement si le SNS gagne.
Dimension internationale
La Serbie est un pays candidat à l'UE, mais les négociations d'adhésion sont largement au point mort. Bruxelles attend de Belgrade qu'elle améliore l'État de droit, garantisse des élections libres et équitables, lutte contre la corruption et aligne sa politique étrangère sur celle du bloc, y compris les sanctions contre la Russie en raison de sa guerre en Ukraine. Vučić, qui a été ministre de l'Information sous Slobodan Milošević dans les années 1990, a rapproché la Serbie de Moscou et de Pékin ; il s'est rendu en Chine en mai, où il a vu des robots humanoïdes qui ont ensuite dansé sur scène lors du rassemblement de Belgrade. Les étudiants manifestants prévoient un rassemblement dimanche à Kraljevo, signe que le mouvement ne faiblit pas.


