
Un tribunal d'Istanbul accepte l'acte d'accusation contre l'humoriste Deniz Göktaş, qui encourt jusqu'à neuf ans de prison
Un tribunal correctionnel d'Istanbul a accepté les charges retenues contre Deniz Göktaş, humoriste de 32 ans, pour insulte envers le président Recep Tayyip Erdoğan et apologie du crime, fixant la date du procès au 28 septembre.
Acte d'accusation et peine potentielle
Un tribunal correctionnel d'Istanbul a accepté l'acte d'accusation contre Deniz Göktaş, humoriste de 32 ans, le 4 septembre 2026, ordonnant son maintien en détention dans l'attente d'une première audience fixée au 28 septembre. Le parquet général d'Istanbul a inculpé Göktaş pour insulte envers le président Recep Tayyip Erdoğan, incitation à la haine et à l'hostilité publiques parmi la population, et apologie du crime et des criminels. L'agence de presse d'État Anadolu a indiqué que Göktaş encourt jusqu'à neuf ans et huit mois de prison s'il est reconnu coupable de tous les chefs d'accusation. Les calculs des médias turcs rapportés par l'agence Anka estiment que les peines cumulées pourraient dépasser dix ans, certains médias évoquant une peine potentielle de plus de onze ans. Göktaş a rejeté toutes les allégations présentées par l'accusation.
Éléments cités dans l'accusation
L'acte d'accusation porte sur le contenu d'un spectacle de stand-up intitulé Mer Noire, que Göktaş a publié sur sa chaîne YouTube le 24 juin 2026. Le spectacle a largement circulé sur les plateformes sociales en Turquie, recueillant entre 9 et 14 millions de vues selon les périodes. Les procureurs ont fait valoir dans l'acte d'accusation que les commentaires visant le président turc dépassaient les limites acceptables de la critique et portaient atteinte à l'honneur, à la dignité et à la réputation du chef de l'État devant le public. L'accusation a également relevé des sketches sur des kamikazes à jeun et des femmes nageant en burkini, qualifiant ces blagues de clivantes et polarisantes envers les citoyens religieux. En outre, les procureurs ont cité un numéro sur l'embauche d'un tueur à gages via l'application de messagerie Telegram, arguant que l'humoriste faisait l'apologie d'actes criminels, les légitimait et en facilitait la commission.
Je n'ai jamais aimé Recep Tayyip Erdogan, pas une seule minute de ma vie.
Séquence de la détention et parcours professionnel
Göktaş est né à Ankara et a débuté sa carrière d'humoriste en 2019 au club de comédie TuzBiber à Istanbul, avant de se produire dans des salles en Europe et aux États-Unis. Il était en vacances à l'étranger lorsque les autorités turques ont ouvert une enquête sur son spectacle en ligne. La police a arrêté Göktaş à l'aéroport d'Istanbul le 2 juillet 2026 à son retour, et un juge a ordonné sa mise en détention provisoire le 3 juillet. Le 28 août, un tribunal a ordonné sa libération pour une première accusation d'insulte à l'islam, mais les autorités l'ont immédiatement replacé en détention dans sa cellule après que les procureurs ont ajouté une troisième charge d'apologie de criminels à l'acte d'accusation formel daté du 3 septembre.
- Göktaş publie son spectacle de stand-up Mer Noire sur YouTube
- La police arrête Göktaş à l'aéroport d'Istanbul à son retour de l'étranger
- Un tribunal ordonne le placement en détention provisoire de Göktaş
- Les procureurs ajoutent l'accusation d'apologie du crime et de criminels
- Le tribunal correctionnel d'Istanbul accepte l'acte d'accusation formel
- Première audience prévue au tribunal
Contexte juridique et protestations des défenseurs des droits
Des organisations de défense des droits humains ont protesté contre les poursuites visant Göktaş, considérant l'acte d'accusation comme une atteinte à la liberté d'expression et un effort délibéré pour réprimer la dissidence politique. Selon le Code pénal turc, l'infraction spécifique d'insulte au président est passible d'une peine pouvant aller jusqu'à quatre ans de prison, une disposition appliquée ces dernières années contre des centaines de journalistes, musiciens et figures de l'opposition. L'action en justice contre Göktaş s'inscrit dans un contexte plus large de contrôle des discours politiques dans le pays, notamment une enquête visant l'ancien Premier ministre Ahmet Davutoğlu à propos d'une vidéo partagée sur les réseaux sociaux contenant des critiques implicites du président.


