
Un caricaturiste russe exilé abattu dans l'est de la Pologne ; Tusk qualifie le meurtre de politique
Semyon Skrepetsky, un exilé russe de 44 ans connu pour ses caricatures moquant Vladimir Poutine, a reçu cinq balles à bout portant à Biała Podlaska lundi. Le Premier ministre polonais Donald Tusk a déclaré que tout indique un assassinat politique.
Le meurtre
Robert Kuzovkov, qui travaillait sous le pseudonyme Semyon Skrepetsky, a été abattu lundi matin dans la ville de l'est de la Pologne, Biała Podlaska, à environ 40 kilomètres de la frontière biélorusse. L'artiste de 44 ans a été approché par un tireur non identifié sur un parking et touché deux fois. Lorsqu'il s'est effondré, l'agresseur s'est approché et a tiré trois autres balles à bout portant, selon Marcin Kozak, porte-parole du parquet du district de Lublin. Cinq douilles et une balle Geco 9mm Luger ont été retrouvées sur les lieux. Une autopsie était prévue pour le 17 juin.
Lorsque la victime est tombée au sol, l'auteur s'est approché, a tiré trois autres coups de feu puis a rapidement quitté les lieux. Robert K est mort sur place.
L'enquête
Les autorités polonaises ont interpellé deux citoyens biélorusses, âgés de 33 et 37 ans, près du consulat biélorusse à Biała Podlaska. Le consulat se trouve à environ 600 mètres du lieu du crime. Le Premier ministre Donald Tusk a ensuite confirmé que les hommes avaient été relâchés car la police n'avait trouvé aucune preuve de leur implication directe dans le meurtre. Le véritable tireur est toujours en fuite. Tusk a qualifié l'affaire de difficile, notant qu'identifier un tueur à gages n'est pas chose aisée. Le gouvernement polonais avait auparavant proposé une protection à l'artiste, qu'il a refusée, selon le porte-parole du gouvernement Adam Szłapka. La famille de la victime a été déplacée vers un lieu sûr immédiatement après l'attaque.
Tout indique qu'il s'agit d'un meurtre politique.
L'artiste et son œuvre
Skrepetsky a fui la Russie en 2021 craignant des poursuites pénales pour son art et a vécu à Biała Podlaska, une ville de moins de 60 000 habitants, pendant cinq ans. Ses peintures satiriques ciblaient Vladimir Poutine, le président biélorusse Alexandre Loukachenko et le leader tchétchène Ramzan Kadyrov. L'une de ses œuvres les plus connues réinterprétait l'iconographie orthodoxe avec Joseph Staline berçant un nourrisson Poutine. D'autres pièces représentaient Loukachenko en Adolf Hitler tenant un seau de pommes de terre et montraient Kadyrov et son fils Adam avec des groins de porc. Son adresse en Pologne était disponible publiquement en ligne, et son travail circulait sur Telegram et YouTube.
La dimension politique
Bartosz Grodecki, chef du Bureau de sécurité nationale polonais, a écrit sur X que si la nature politique du crime est confirmée, cela représenterait une nouvelle escalade des opérations russes au-delà de ses frontières. Tusk est allé plus loin, déclarant que si la Russie a commandité le meurtre, cela constitue du terrorisme d'État et a des dimensions internationales. Le meurtre survient quelques semaines après que Skrepetsky a rejoint des protestations contre la réouverture du pavillon russe à la Biennale de Venise. Trois jours avant sa mort, il a manifesté devant l'ambassade russe à Berlin portant un portrait de Staline tenant Poutine enfant. Le 12 juin, il a sorti un drapeau russe de sa poche et l'a jeté dans une poubelle devant l'ambassade russe.
Si la nature politique de ce crime est confirmée, nous serons confrontés à une nouvelle manifestation de l'escalade des actions menées par la Russie au-delà de ses frontières.
Le contexte dissident
Le nom de Skrepetsky figurait dans une base de données des « ennemis de l'Ukraine », et après l'annonce de sa mort, le mot « liquidé » a été ajouté à son profil, selon le Moscow Times. Il s'est également moqué de l'opposant russe Alexeï Navalny, décédé dans une colonie pénitentiaire en 2024, et a ridiculisé les Ukrainiens ordinaires. L'artiste biélorusse Vladislav Bokhan, une connaissance, a déclaré avoir entendu parler de la fusillade à la radio polonaise et avoir immédiatement craint qu'il s'agisse de la ville de Skrepetsky. Le Kremlin a constamment nié toute implication dans les meurtres de critiques à l'étranger, et certaines accusations passées se sont avérées fausses, y compris une attaque au marteau et au gaz lacrymogène contre un assistant de Navalny qui s'est révélée plus tard être une querelle interne entre dissidents.
- Skrepetsky fuit la Russie craignant des poursuites pénales pour son art et s'installe à Biała Podlaska, en Pologne.
- Skrepetsky manifeste devant l'ambassade russe à Berlin, sort un drapeau russe de sa poche et le jette dans une poubelle.
- Skrepetsky est abattu de cinq balles sur un parking à Biała Podlaska, à environ 600 mètres du consulat biélorusse. Il meurt sur place.
- Les procureurs polonais annoncent la détention de deux citoyens biélorusses près du consulat. Autopsie prévue pour le 17 juin.
- Le PM Donald Tusk déclare que tout indique un meurtre politique. Les deux Biélorusses détenus sont relâchés faute de preuves.

