
TotalEnergies va faire appel de l'ordonnance du tribunal de Paris lui imposant de comptabiliser les émissions de ses clients
Le géant pétrolier français contestera une décision de justice de juin qui l'a jugé responsable des émissions des clients brûlant ses carburants, arguant que la loi sur le devoir de vigilance n'a jamais été conçue pour couvrir les choix des utilisateurs finaux.
La décision du tribunal
Le 25 juin 2026, le tribunal judiciaire de Paris a jugé que le plan de vigilance de TotalEnergies était incomplet, ordonnant à l'entreprise d'intégrer les émissions de CO₂ générées lorsque ses clients brûlent ses produits pétroliers. La décision a été rendue en vertu de la loi française de 2017 sur le devoir de vigilance des sociétés mères et des entreprises donneuses d'ordre, qui exige des grandes entreprises françaises qu'elles publient un document cartographiant les risques graves pour les droits humains, la santé et l'environnement dans leurs propres activités et celles de leurs filiales, fournisseurs et sous-traitants, et qu'elles mettent en œuvre des « mesures de vigilance raisonnables » pour les prévenir. Le tribunal a jugé TotalEnergies responsable des émissions réchauffant la planète rejetées par les utilisateurs finaux, un périmètre que l'entreprise n'avait pas inclus auparavant. L'injonction a été accordée avec exécution provisoire, ce qui signifie que le groupe doit s'y conformer immédiatement et que tout appel ne suspend pas l'obligation. TotalEnergies a disposé de six mois pour mettre son plan en conformité, avec un nouvel examen judiciaire prévu pour début 2027.
TotalEnergies fait appel
Le lundi 27 juillet, TotalEnergies a annoncé qu'elle ferait appel de la décision, après délibération de son conseil d'administration. Dans un communiqué, le géant de l'énergie a fait valoir que la loi n'avait jamais eu pour objet de couvrir les risques découlant de l'utilisation des produits par les clients, sur lesquels l'entreprise n'a aucun contrôle.
Imposer aux entreprises des secteurs de l'énergie, de la défense, de l'aéronautique ou de l'automobile... le contrôle des risques résultant de l'utilisation de leurs produits par leurs clients ne semble pas conforme aux objectifs de la loi, ni aux principes de sécurité juridique et de liberté d'entreprendre.
L'entreprise a également souligné les observations du ministère public lors de l'affaire, selon lesquelles le changement climatique est un problème mondial relevant principalement de la responsabilité de la communauté internationale des États.
Le changement climatique est un phénomène mondial qui concerne tout le monde mais relève essentiellement de la responsabilité de la communauté internationale des États.
Le périmètre de la responsabilité
TotalEnergies maintient que la loi sur le devoir de vigilance tient les entreprises responsables des risques liés à leurs propres activités, à celles de leurs filiales, fournisseurs et sous-traitants, et non des choix indépendants des utilisateurs finaux. L'entreprise a illustré son propos en notant qu'elle ne décide pas si un automobiliste fait le plein d'essence, de biodiesel ou passe à un véhicule électrique.
Ce n'est pas TotalEnergies qui décide si un automobiliste choisit de rouler à l'essence, au biodiesel ou dans un véhicule électrique.
L'interprétation du tribunal de Paris, cependant, a estimé que les émissions rejetées lorsque les clients brûlent les carburants de l'entreprise sont une conséquence prévisible de son activité et relèvent donc du champ de l'obligation de vigilance. Cette décision s'inscrit dans une vague plus large de contentieux climatiques mondiaux visant les multinationales, cherchant à les tenir responsables des émissions en aval.
La suite
Malgré l'appel, l'ordonnance d'exécution provisoire signifie que TotalEnergies doit commencer immédiatement à adapter son plan de vigilance. L'entreprise fait face à une échéance de mise en conformité fin décembre 2026, avec un examen judiciaire prévu pour début 2027. La procédure d'appel se déroulera en parallèle, créant potentiellement un précédent quant à l'étendue de la loi française sur le devoir de vigilance dans la chaîne de valeur.
- Le tribunal de Paris juge le plan de vigilance de TotalEnergies incomplet, ordonne l'intégration des émissions de CO₂ des clients dans un délai de six mois
- TotalEnergies annonce son appel après délibération du conseil d'administration, arguant que la loi ne couvre pas les activités des clients
- Nouvel examen judiciaire prévu si l'entreprise ne se conforme pas


