Le réalisateur franco-algérien Tony Gatlif meurt à 77 ans dans le sud de la France
Le cinéaste primé à Cannes, connu pour avoir célébré la culture rom à travers 25 longs métrages dont Latcho Drom et Gadjo Dilo, est décédé alors qu'il travaillait à Arles.
Décès dans le sud de la France
Le cinéaste français Tony Gatlif est mort à l'âge de 77 ans à Arles, dans le département des Bouches-du-Rhône dans le sud de la France. Sa famille a annoncé son décès vendredi à l'AFP, confirmant qu'il a succombé à un problème de santé alors qu'il préparait un projet de film historique en Provence. Dans un message public, sa femme, ses enfants et ses petits-enfants lui ont souhaité "Latcho Drom", une salutation rom signifiant bon voyage qui a également titré son documentaire acclamé de 1993. Gatlif a produit et réalisé 25 longs métrages tout au long de sa carrière, se concentrant souvent sur l'identité rom, les conditions sociales et la musique traditionnelle.
Après l'annonce, la ministre de la Culture Catherine Pégard a rendu hommage à Gatlif sur les réseaux sociaux.
Tony Gatlif avait un penchant pour les chemins de traverse, pour brouiller les frontières, et pour les vies trop souvent ignorées. Il a filmé la musique, le mouvement, l'exil et la liberté avec une énergie qui n'appartenait qu'à lui.
Racines algériennes et jeunesse en Camargue
Gatlif est né Michel Dahmani le 10 septembre 1948 à Alger d'un père kabyle et d'une mère rom d'origine andalouse. Il a passé sa petite enfance en banlieue d'Alger pendant la guerre d'Indépendance algérienne avant de partir pour la France en 1960 à l'âge de 12 ans. Lors d'un contrôle d'identité en France, il a adopté le nom Gatlif d'après un jardin public à Alger pour éviter l'expulsion. Après un séjour dans un centre éducatif fermé, une décision de justice l'a transféré dans la région de la Camargue.
La vie en Camargue a rapproché Gatlif des communautés rômas locales et a changé le cours de sa jeunesse. Trois ans plus tard, il a découvert les arts du spectacle grâce à l'acteur français Michel Simon. Dans un entretien à l'AFP en 2021, Gatlif a décrit l'influence de cette période sur sa vie.
J'étais violent ; il ne fallait pas me chercher ; j'étais un mauvais gosse. Je n'écoutais personne ; pour moi, les adultes, tout le monde étaient des ennemis. Dès que j'ai mis les pieds en Camargue, j'ai commencé à écouter, et cela à cause du respect avec lequel on me parlait, sans préjugés.
Récompenses de festival et cinéma musical
Gatlif a fait ses débuts de réalisateur en 1975 avec La tête en ruines, suivi du film espagnol de 1982 Corre, gitano, qui dramatisait l'accusation injuste d'un jeune homme rôma. Il a attiré l'attention internationale en 1993 avec Latcho Drom, un documentaire suivant la migration musicale rom de l'Inde à travers l'Égypte et l'Europe, qui a remporté le prix Un Certain Regard au Festival de Cannes. En 1997, il a réalisé Gadjo Dilo, tourné en Roumanie, avec Romain Duris et l'actrice Rona Hartner. Le film a remporté le Léopard d'argent au Festival de Locarno et un César de la meilleure musique originale.
- Réalise son premier long métrage La tête en ruines
- Sort Corre, gitano examinant les conditions sociales des Roms en Espagne
- Remporte Un Certain Regard au Festival de Cannes pour Latcho Drom
- Remporte le Léopard d'argent au Festival de Locarno pour Gadjo Dilo
- Remporte le prix de la mise en scène au Festival de Cannes pour Exils
- Sort son dernier long métrage, Ange
En 2004, Gatlif a reçu le prix de la mise en scène à Cannes pour Exils, une production semi-autobiographique également avec Duris. Sa filmographie a continué de se concentrer sur les traditions musicales régionales, intégrant le flamenco espagnol dans Vengo (2000) et le rebetiko gréco-turc dans Djam (2017). Son dernier long métrage, Ange, est sorti en salles en 2025.


