
L'UE impose une taxe de 3 € par catégorie sur les colis de e-commerce à bas prix, visant Shein et Temu
Une taxe de 3 € par catégorie de produits s'applique désormais à tous les colis de e-commerce non-UE d'une valeur inférieure à 150 €, mettant fin à une exemption douanière vieille de plusieurs décennies et ciblant directement les plateformes chinoises Shein, Temu et AliExpress.
La taxe de 3 €
À partir du 1er juillet, chaque colis non-UE d'une valeur inférieure à 150 € est soumis à un droit de douane fixe de 3 € pour chaque catégorie de produits distincte qu'il contient. Un envoi contenant deux robes est taxé à 3 €, tandis qu'un envoi avec une robe et un T‑shirt déclenche une taxe de 6 €. La taxe est payée par le vendeur mais sera probablement répercutée sur les consommateurs via des prix de produits ou des frais d'expédition plus élevés. La Commission européenne décrit la mesure comme temporaire, en place jusqu'à la réforme douanière complète prévue pour juillet 2028, qui introduira un centre de données et une nouvelle autorité à Lille.
L'explosion du nombre de colis à bas prix
Les exemptions douanières pour les importations à bas prix remontent aux années 1980, le seuil actuel de 150 € ayant été fixé en 2008. L'explosion du e-commerce a transformé le paysage. Le nombre de colis à bas prix entrant dans l'UE est passé de 1,4 milliard en 2022 à 5,8 milliards estimés en 2025, et environ 12 millions arrivent désormais chaque jour. Plus de 90 % proviennent de Chine, acheminés principalement via des plateformes telles que Shein, Temu et AliExpress. L'Espagne reçoit à elle seule environ 180 millions de ces colis par an.
- 2022
- 1.4 milliards de colis
- 2024
- 4.6 milliards de colis
- 2025
- 5.8 milliards de colis
L'eurodéputé Dirk Gotink, qui dirige le dossier de la réforme douanière au Parlement, estime que l'ancien système n'est plus adapté.
Dans un monde commercial différent, cela avait beaucoup de sens, mais ce monde n'existe plus. Il a été bouleversé par le e-commerce, surtout en provenance de Chine. L'exemption a été abusée et utilisée à mauvais escient à une échelle industrielle pour créer un avantage concurrentiel au détriment des entreprises de l'UE.
Pression sur le fret aérien et les prix
Derek Lossing, qui dirige Cirrus Global Advisors, s'attend à ce que les volumes de fret aérien de e-commerce vers l'UE chutent de 10 % à 35 % dans les semaines suivant la taxe. Il prévient que les plateformes ont peu de grands marchés alternatifs après que les États-Unis ont mis fin à leur propre exemption de minimis pour les importations chinoises en mai et pour toutes les importations à la fin du mois d'août.
Lorsque les États-Unis ont mis fin au de minimis, l'Europe était une très bonne alternative vers laquelle les plateformes pouvaient se tourner – mais il n'y a désormais plus d'alternative claire à l'Europe.
Contexte réglementaire et sécuritaire
Bruxelles a signalé à plusieurs reprises que de nombreuses importations à bas prix ne respectent pas les normes de sécurité de l'UE. Des contrôles aléatoires ont révélé que plus de 60 % des articles examinés étaient non conformes. Le 28 mai, l'UE a infligé une amende de 200 millions d'euros à Temu pour ne pas avoir évalué les risques systémiques, après que les autorités ont découvert des jouets pour bébés présentant des dangers chimiques et des pièces détachables créant des risques d'étouffement. Shein fait l'objet d'une enquête en cours concernant des poupées sexuelles d'apparence enfantine proposées sur son site. Le groupe de distribution ANGED estime que la nouvelle taxe est encore insuffisante pour équilibrer les règles du jeu, tandis que l'association logistique UNO prévient qu'à moins que les processus douaniers ne soient numérisés de toute urgence et que les effectifs ne soient renforcés, le volume considérable de classifications risque de submerger les opérations frontalières.


