
Le Pérou vote lors d'un second tour serré entre Keiko Fujimori et Roberto Sánchez pour le neuvième président en dix ans
Les Péruviens se rendent aux urnes dimanche pour un second tour présidentiel polarisé opposant la conservatrice Keiko Fujimori au candidat de gauche Roberto Sánchez, le vainqueur devant devenir le neuvième chef d'État du pays en dix ans.
Environ 27 millions d'électeurs péruviens sont appelés aux urnes dimanche 7 juin 2026 pour choisir leur prochain président lors d'un second tour très disputé entre la candidate de droite Keiko Fujimori et le député de gauche Roberto Sánchez. Ce scrutin fait suite à un premier tour fragmenté en avril où les deux candidats ont obtenu ensemble moins de 30% des voix, un scrutin entaché de défaillances logistiques et d'accusations de fraude qui ont accru la méfiance du public envers les institutions du pays.
Un choix polarisé dans un contexte de profonde instabilité
Fujimori, 51 ans, est la fille de l'ancien président autocratique Alberto Fujimori et se présente pour la quatrième fois consécutive à la présidence. Elle fait campagne sur un programme de libéralisme économique, une répression musclée de la criminalité inspirée de Nayib Bukele au Salvador, et des mises en garde contre le danger du « communisme ». Sánchez, 57 ans, ancien ministre du Commerce et du Tourisme, revendique l'héritage rural et populiste de l'ancien président emprisonné Pedro Castillo, dont il a adopté le célèbre sombrero blanc. Il prône une plus grande intervention de l'État dans les secteurs stratégiques, une réforme de la police et une refonte politique qui permettrait aux citoyens de convoquer une assemblée constituante par référendum.
Il y a beaucoup de désordre et de corruption, et nous allons voter, comme toujours, pour le 'moindre mal'.
Une égalité parfaite dans les sondages
Le dernier sondage Ipsos publié jeudi place les candidats dans une situation d'égalité statistique, avec Sánchez à 43,8% et Fujimori à 43,2%. Une enquête ultérieure samedi a donné une avance marginale à Fujimori, de 44,1% contre 43,7%. Environ un cinquième de l'électorat restait indécis peu avant le scrutin. Cette marge très serrée fait craindre que le camp perdant ne conteste la légitimité du résultat, prolongeant la crise politique qui a vu huit présidents se succéder au pouvoir depuis juillet 2016.
Le sentiment anti-Fujimori est encore fort, bien qu'affaibli ; et Sánchez, peu connu, est un inconnu. Celui qui gagnera fera face à des questions de légitimité si le résultat est serré. Cela signifie davantage d'instabilité.
L'ombre de Castillo et Fujimori
Sánchez a obtenu le soutien des régions rurales des Andes en promettant de gracier Pedro Castillo, le président-enseignant emprisonné après sa tentative avortée de dissoudre le Congrès en décembre 2022. Fujimori, quant à elle, s'appuie sur l'héritage polarisant de son père, qui a stabilisé l'économie et vaincu une insurrection maoïste, mais a été condamné pour crimes contre l'humanité et corruption. Elle a cherché à se positionner comme une candidate de réconciliation nationale tout en recrutant 100 000 observateurs pour se prémunir contre la fraude qui, selon elle, a entaché sa précédente défaite de justesse.
Ils ne pourront pas nous refaire la même chose.
Obstacles logistiques et un long dépouillement en vue
Les autorités électorales ont déjà prévenu que le dépouillement pourrait prendre jusqu'à un mois, faisant écho au décompte chaotique du premier tour. Les difficultés à transporter les registres électoraux depuis des zones reculées et les procédures d'appel bureaucratiques complexes ont attisé les craintes quant à la transparence du processus. Les bureaux de vote ouvrent à 07h00, heure locale (14h00 CEST) et ferment à 17h00 (00h00 CEST).
Un pays épuisé par la crise
Quel que soit le vainqueur, il héritera d'une nation en proie à une criminalité organisée en hausse, qui a supplanté la corruption et l'économie comme principale préoccupation des électeurs. Aucun des deux candidats ne devrait obtenir la majorité au Congrès, ce qui obligera le prochain président à bâtir des alliances fragiles pour survivre à un mandat complet de cinq ans. La disposition constitutionnelle permettant au Parlement de destituer un président pour « incapacité morale permanente » reste un moteur central de l'instabilité qui a broyé neuf dirigeants en une décennie.
Au rythme actuel, nous pourrions avoir cinq présidents de plus en cinq ans.


