
Le Conseil fédéral suisse propose la récupération des bonus et un renforcement de la surveillance bancaire après l'effondrement de Credit Suisse
La ministre des Finances Karin Keller-Sutter a présenté mercredi 12 mesures pour combler les lacunes du dispositif « trop grand pour faire faillite », incluant des bonus différés, des pouvoirs de récupération et un élargissement des compétences de la FINMA. La consultation court jusqu'au 19 novembre.
Responsabilisation accrue des dirigeants bancaires
Le Conseil fédéral suisse a ouvert mercredi une consultation publique sur un ensemble de 12 mesures visant à renforcer la surveillance bancaire, ciblant les structures de bonus et la responsabilité des dirigeants des banques d'importance systémique. La ministre des Finances Karin Keller-Sutter a présenté les propositions lors d'une conférence de presse à Berne. Les mesures visent à combler les lacunes du cadre réglementaire suisse « trop grand pour faire faillite », mises en lumière par l'effondrement de Credit Suisse en 2023 et la crise financière de 2008. Le Conseil fédéral avait déjà annoncé les mesures en juin 2025.
Selon les modifications proposées, les banques de plus de 250 employés doivent mettre en place un régime de responsabilité désignant clairement les hauts responsables chargés de décisions spécifiques. Le seuil de 250 employés suit la définition SECO d'une entreprise de taille moyenne. La disposition répond directement au scandale Greensill, qui a contribué de manière significative à la chute de Credit Suisse : la banque avait affirmé ne pas pouvoir identifier qui, en interne, était responsable de l'affaire. Les banques d'importance systémique concernées incluent UBS, Postfinance, Raiffeisen et certaines banques cantonales.
Récupération des bonus et paiements différés
Le Conseil fédéral propose un délai d'attente de plusieurs années avant qu'une partie de la rémunération variable due aux cadres dirigeants et aux employés hautement rémunérés de toutes les banques puisse être versée. En cas de faute ou de violation des règles, ces composantes de rémunération doivent être réduites, annulées ou récupérées.
Cette composante de rémunération doit être liée à la performance future et à l'évolution des risques.
Le contexte est frappant : Credit Suisse a enregistré 3 milliards de francs suisses de pertes au cours des dix dernières années de son existence tout en versant 32 milliards de bonus. D'anciens dirigeants comme Ulrich Körner, Axel Lehmann, Tidjane Thiam et Urs Rohner ont conservé leurs bonus malgré la faillite de la banque. Le Conseil fédéral avait suspendu les paiements de bonus supplémentaires à la direction de Credit Suisse pendant l'effondrement, mais le Tribunal administratif fédéral en a décidé autrement, et l'affaire est actuellement pendante devant le Tribunal fédéral.
- Pertes (10 dernières années)
- 3 milliards de CHF
- Bonus versés (10 dernières années)
- 32 milliards de CHF
Pouvoirs élargis pour la FINMA
Le superviseur des marchés financiers FINMA, vivement critiqué pour sa gestion de l'effondrement de Credit Suisse pour avoir agi trop tard et avec des pouvoirs insuffisants, obtiendrait des pouvoirs importants. Il pourrait imposer des amendes allant jusqu'à 10 % du résultat opérationnel annuel d'une banque, prononcer des interdictions professionnelles contre des banquiers individuels et informer activement le public des enquêtes terminées. Auparavant, la FINMA retenait généralement ces informations, ce qui a suscité de vives critiques. Les mécanismes d'intervention précoce seraient renforcés pour protéger les clients des banques.
Dispositions de liquidité et prochaines étapes
Les propositions incluent également des plans de stabilisation et de résolution renforcés pour les banques d'importance systémique, un accès élargi aux liquidités de la Banque nationale et des exigences quantitatives minimales pour l'accès garanti aux liquidités de la Banque nationale pour les banques d'importance systémique et de taille moyenne. Les petites banques ne sont pas concernées par les dispositions de liquidité. La consultation court jusqu'au 19 novembre 2026. Le Conseil fédéral prévoit de soumettre le projet de loi au parlement en 2027, les nouvelles règles entrant en vigueur au plus tôt au début de 2029. Les exigences de fonds propres, actuellement débattues séparément par le parlement, ne font pas partie de cet ensemble ; le Conseil des États doit se prononcer sur celles-ci en septembre.
- Le Conseil fédéral annonce les mesures prévues
- Keller-Sutter présente 12 mesures, ouverture de la consultation
- Fin de la période de consultation
- Le Conseil fédéral soumet le projet de loi au parlement
- Entrée en vigueur la plus précoce possible


