La gauche française et les écologistes contestent la loi agricole d'urgence devant le Conseil constitutionnel pour les dispositions sur les pesticides et l'eau
La France insoumise et Les Écologistes ont demandé vendredi au Conseil constitutionnel d'annuler la loi agricole d'urgence adoptée mardi, visant le retour conditionnel de pesticides interdits et les règles de stockage de l'eau.
La France insoumise (LFI) et Les Écologistes ont déposé un recours auprès du Conseil constitutionnel vendredi 24 juillet contre la loi agricole d'urgence définitivement adoptée par le Parlement le 21 juillet. Cette action intervient seulement trois jours après l'adoption finale de la loi, ouvrant un examen constitutionnel à forts enjeux. Le recours vise la réintroduction conditionnelle de certains pesticides interdits et de nouvelles règles sur le stockage de l'eau, que les parties estiment contraires à la charte de l'environnement et à la Constitution.
Les dispositions sur les pesticides dans le viseur
La loi, façonnée par une initiative du sénateur LR Laurent Duplomb, permet à l'agence de sécurité sanitaire Anses d'autoriser, pour des périodes limitées et sous conditions spécifiques, l'utilisation de l'acétamipride pour la culture de noisettes et du flupyradifurone pour la betterave sucrière, la pomme et la cerise. Ces substances appartiennent à la famille des néonicotinoïdes, dont le retour avait été censuré par le Conseil constitutionnel l'été dernier en raison de garanties insuffisantes. Le nouveau texte tente de répondre à ces critiques en ajoutant des délais et des conditions spécifiques par culture, mais les critiques estiment que le cadre reste trop vague. L'Anses n'accorderait des autorisations que lorsqu'elle est saisie par le ministre de l'Agriculture, mais le recours soutient que la mesure crée un principe d'automaticité qui écarte la participation du public.
Répondant au lobby agroalimentaire, cette loi permet à nouveau l'utilisation de pesticides dangereux pour la santé humaine et le vivant. Elle privatise l'eau pour une minorité d'agriculteurs et met en danger le cycle de l'eau.
Le groupe écologiste a qualifié la législation de « loi Duplomb 2 », en référence à la précédente tentative avortée. Le recours soutient que les amendements sur les pesticides n'ont aucun lien avec le projet de loi initial et devraient être annulés comme cavaliers législatifs. Les amendements avaient d'abord été jugés irrecevables à l'Assemblée nationale, mais ont ensuite été acceptés au Sénat.
Gestion de l'eau et participation du public
Au-delà des pesticides, le recours conteste plusieurs dispositions relatives à l'eau. La loi facilite la construction d'ouvrages de stockage en supprimant l'obligation de réunions publiques lors de l'autorisation environnementale, les remplaçant par de simples permanences. Elle fixe également un objectif de doublement des volumes de stockage d'eau agricole d'ici 2035. Les requérants soutiennent que ces changements portent atteinte au droit du public de participer aux décisions environnementales, un principe inscrit dans la charte de l'environnement. La suppression des réunions publiques obligatoires, selon eux, viole directement ce droit.
Arguments juridiques et précédent
Les contestataires invoquent plusieurs principes constitutionnels : le principe de précaution, le droit de vivre dans un environnement équilibré et respectueux de la santé, le devoir de prévenir les atteintes à l'environnement et la séparation des pouvoirs. Ils citent également l'article 45 de la Constitution sur les cavaliers législatifs. Pour le flupyradifurone, ils critiquent le fait que l'enrobage des semences de betterave soit autorisé « a priori de toute observation d'une menace », et que la mesure crée un « principe d'automaticité » pour l'autorisation de l'Anses, écartant la participation du public. La charte de l'environnement, qui fait partie du bloc de constitutionnalité depuis 2005, consacre ces protections.
Les néonicotinoïdes ont des impacts sur la biodiversité, en particulier pour les insectes pollinisateurs et les oiseaux, et induisent des risques pour la santé humaine.
Le Conseil avait utilisé ce raisonnement dans sa censure de 2025, soulignant que toute dérogation doit être limitée dans le temps et à un secteur spécifique. Le recours actuel s'appuie fortement sur ce précédent, arguant que la nouvelle loi ne fournit toujours pas de limites spatiales et temporelles adéquates.
La suite
Le Conseil constitutionnel doit rendre sa décision dans un délai de 30 jours, fixant une échéance au 23 août 2026. Si le Conseil suit sa ligne antérieure, les dispositions sur les pesticides pourraient à nouveau être annulées, obligeant le gouvernement à revoir son dispositif de soutien agricole.
- Le Parlement adopte la loi agricole d'urgence
- LFI et les Écologistes déposent un recours auprès du Conseil constitutionnel
- Date limite pour la décision du Conseil constitutionnel


