
La chronique de Rajoy sur l'équipe de France « sans Français » déclenche une tempête politique transfrontalière avant la demi-finale Espagne-France
L'ancien Premier ministre espagnol Mariano Rajoy a suscité une vive condamnation de la part de responsables français et espagnols après avoir écrit dans une chronique que l'équipe de France de la Coupe du monde joue « sans Français ». La polémique éclipse la demi-finale de ce soir entre l'Espagne et la France.
La chronique à l'origine de tout
Le 10 juillet, l'ancien Premier ministre espagnol Mariano Rajoy a publié une chronique footballistique dans le journal espagnol El Debate avant la demi-finale de la Coupe du monde entre l'Espagne et la France. Dans ce texte intitulé « Hoy llegó el desquite » (Aujourd'hui, la revanche est arrivée), il a salué le classement FIFA de la France et son effectif de haut niveau, avant d'ajouter une ligne qui allait provoquer une tempête diplomatique.
Elle a un effectif de haut niveau. Cela dit, elle n'a pas de joueurs français. Et elle joue très bien. Ce sera un adversaire redoutable.
La remarque a été immédiatement interprétée comme une remise en question de la francité de joueurs d'origine africaine, dont de nombreuses stars de l'équipe nationale française. La publication de la chronique le 10 juillet a déclenché une réaction en chaîne qui, quatre jours plus tard, domine toujours le débat politique des deux côtés des Pyrénées.
Réactions françaises
La réaction en France a été rapide et cinglante. Le ministre français des Affaires étrangères et porte-parole du gouvernement, Jean-Noël Barrot, a qualifié les propos de Rajoy de « pathétiques », mêlant « stupidité, médiocrité et racisme ». Le Rassemblement National, mené par Marine Le Pen, a également condamné ces propos, son porte-parole Julien Odoul traitant Rajoy de « raciste » et jugeant ses déclarations « scandaleuses, honteuses et lamentables ».
M. Rajoy est un raciste. Ses déclarations sont tout simplement scandaleuses, honteuses et lamentables. Tout le monde devrait les condamner.
Odoul a ajouté que le projet français repose sur trois couleurs, « quelles que soient l'origine ou la religion de chacun ». Cette condamnation venant de l'extrême droite était notable compte tenu de l'histoire du parti : en 1996, Jean-Marie Le Pen avait tenu des propos similaires sur l'équipe nationale, critiquant les joueurs d'origine étrangère et accusant certains de ne pas chanter l'hymne national. Le Parti socialiste et le Parti communiste français se sont également exprimés. Le dirigeant socialiste Olivier Faure a insisté sur le fait que « l'équipe de France n'a que des Français » et a souligné que la France est une nation politique, pas ethnique. Le secrétaire communiste Fabien Roussel a qualifié le commentaire de Rajoy de « racisme dégoûtant ».
Le gouvernement espagnol exige des excuses
Mardi, la porte-parole du gouvernement espagnol, Elma Saiz, a déploré que Rajoy « ne se soit toujours pas excusé » et a qualifié ses propos de « racistes et indignes d'un ancien Premier ministre ». Elle s'est exprimée après une réunion du Conseil des ministres à Madrid. Saiz a déclaré que les remarques de Rajoy ne représentent pas la société espagnole, décrivant le pays comme « ouvert, diversifié et solidaire ». Plus tôt, le Premier ministre Pedro Sánchez avait tweeté que le meilleur gagne et « que le racisme perde ».
Que le meilleur gagne et que le racisme perde.
Le ton du gouvernement a été repris par la sénatrice socialiste et ancienne présidente de l'Andalousie, Susana Díaz, qui a qualifié le commentaire de Rajoy d'« infâme » et de « racisme à son paroxysme », citant des joueurs comme Lamine Yamal, Fabián et Nico Williams comme exemples d'intégration. La députée de Sumar, Aina Vidal, a souligné qu'« il n'y a pas de racisme amical » et a averti que de tels propos créent une atmosphère pouvant mener à la violence, voire au meurtre, en référence à la récente fusillade de l'ICE aux États-Unis. Elle a également critiqué le dirigeant du PP, Alberto Núñez Feijóo, pour ne pas avoir expressément désavoué Rajoy. Le ministre de la Culture, Ernest Urtasun, a jugé cette absence de désaveu « absolument lamentable ».
Réactions sur l'ensemble de l'échiquier politique et dans les médias
Tous les partis n'ont pas joint leurs critiques. La porte-parole de Vox, Pepa Millán, a balayé la polémique comme un « écran de fumée » pour détourner l'attention d'autres sujets, déclarant que le parti a « peu à dire sur un ancien président qui n'est plus actif en politique ». Le journaliste radio Carlos Alsina, dans un monologue acerbe, a déclaré que Rajoy « a fait une grosse boulette » avec un commentaire empreint d'« un préjugé simple et borné », comparant l'ancien Premier ministre à quelqu'un qui s'accroche à une blague bien après qu'elle a cessé d'être drôle. Alsina a noté que la vision de Rajoy de ce à quoi ressemble un Français semble coincée sur Maurice Chevalier et l'inspecteur Clouseau.
Pendant ce temps, le président de la Catalogne, Salvador Illa, a organisé en urgence une réunion avec le consul de France, Azar Agah-Ducroc, à Barcelone le 14 juillet, jour de la fête nationale française, ce que ses collaborateurs ont décrit comme un geste de solidarité après les propos de Rajoy. Illa a ensuite tweeté son soutien à la déclaration de Lamine Yamal, selon laquelle l'Espagne et la France sont toutes deux des modèles d'intégration.
Une demi-finale éclipsée
Le match de ce soir à 21h00 devient la scène immédiate des retombées. Le journaliste Pepe Luis Vázquez a exprimé la crainte que les joueurs français ne prennent la remarque personnellement et n'entrent sur le terrain avec « l'esprit de Napoléon, un pacifiste en comparaison ». La porte-parole du gouvernement espagnol, Saiz, a appelé à laisser le sport prendre le devant de la scène. Le PP, pour sa part, a cherché à minimiser les dégâts, attribuant le commentaire à du sarcasme et refusant de désavouer formellement Rajoy, une décision qui continue d'attirer les critiques de leurs adversaires.
- Rajoy publie une chronique affirmant que la France joue « sans joueurs français ».
- Les hommes politiques français et espagnols condamnent les propos ; le gouvernement espagnol exige des excuses.
- Coup d'envoi de la demi-finale de la Coupe du monde Espagne-France.

