L'Espagne accuse l'Italie de défaillance migratoire après la crise de Ceuta, Rome réplique avec des chiffres
Le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares, a déclaré que le gouvernement italien n'était « pas à la hauteur » en matière de migration irrégulière, pointant les crises répétées à Lampedusa. Antonio Tajani, son homologue italien, a rétorqué que les arrivées ont chuté de 60 % depuis 2023 et a défendu la suspension de Schengen.
Le déclencheur de Ceuta
Le 30 juillet, au moins 50 000 personnes ont traversé l'enclave espagnole de Ceuta par voie maritime et terrestre en une seule journée, selon les estimations du gouvernement espagnol. Cette arrivée massive a été décrite par le ministre des Affaires étrangères, José Manuel Albares, comme « un événement sans précédent ». Il a attribué cette vague en grande partie à la désinformation circulant en ligne, qu'il a qualifiée de « l'élément clé ayant déclenché ce mouvement ». Madrid a agi rapidement avec la coopération marocaine, et en 48 heures, la plupart des entrants ont été renvoyés au Maroc.
La volonté du Maroc est que chaque migrant retourne au Maroc.
Albares a qualifié ces retours rapides d'« également sans précédent » et a salué la collaboration de Rabat. Il a exhorté l'UE à soutenir l'Espagne dans la gestion de « l'énorme spécificité de la seule frontière terrestre que l'Europe possède avec l'Afrique, la frontière la plus inégale de la planète ».
Une attaque diplomatique
À la veille d'une réunion des ministres de l'Intérieur de l'UE, Albares a utilisé une interview à la télévision publique espagnole pour attaquer le bilan migratoire de l'Italie. Il a déclaré qu'« il y a eu des gouvernements qui n'étaient pas à la hauteur » et que « le gouvernement italien en faisait partie ». Il a accusé Rome d'avoir adopté des positions « irresponsables » et a évoqué les « crises répétitives » à Lampedusa que l'Italie « n'est pas capable de résoudre ».
L'Italie a été absolument submergée par les immigrés irréguliers, tandis que l'Espagne a toujours été solidaire, politiquement et en actes.
Albares a insisté sur le fait que l'Espagne est le pays méditerranéen de l'UE avec le plus faible nombre d'arrivées irrégulières, tandis que l'Italie enregistre le plus élevé. Ces remarques faisaient suite à des critiques similaires du Premier ministre Pedro Sánchez le week-end précédent.
La réplique italienne
Le ministre italien des Affaires étrangères, Antonio Tajani, a répondu vivement sur les réseaux sociaux. Il a défendu la décision de suspendre Schengen pour les arrivées en provenance d'Espagne, la qualifiant de « conforme aux traités et de juste », et a noté qu'elle était soutenue par 21 pays européens. Tajani a également souligné que parmi les arrivants à Ceuta, plus de 5 000 viennent d'Afrique subsaharienne et ne peuvent être renvoyés au Maroc.
Ce n'est pas moi qui réponds au ministre espagnol des Affaires étrangères, ce sont les chiffres.
Tajani a indiqué que les migrants irréguliers en Italie ont diminué de 60 % sur un an depuis 2023, et que les débarquements de janvier à juillet 2026 sont en baisse de 80 % par rapport à la même période en 2023. Les arrivées maritimes irrégulières jusqu'au 15 juillet 2026 totalisaient 15 323, soit une baisse de 54 % par rapport à 2025 et de 50 % par rapport à 2024. Il a attribué ces résultats aux accords bilatéraux avec huit pays d'origine et de transit.
Les chiffres derrière le différend
Les données de Frontex, citées par plusieurs médias, montrent que la route méditerranéenne centrale reste le principal point d'entrée vers l'UE. En 2025, 66 562 personnes sont arrivées par cette route, tandis que les deux routes vers l'Espagne ont enregistré 36 775 arrivées. Pour le premier semestre 2026, l'Italie a enregistré 15 323 arrivées maritimes et l'Espagne 14 479, au 15 juillet. Les traversées irrégulières aux frontières de l'UE ont chuté de 40 % au cours des cinq premiers mois de 2026, poursuivant une tendance à la baisse.
- Italie
- 15323 personnes
- Espagne
- 14479 personnes
La mortalité sur la route centrale a fortement augmenté : 12 personnes meurent par jour en moyenne, soit une hausse de 150 % en 2026 par rapport à l'année précédente.
L'UE intervient
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a envoyé une lettre à Sánchez détaillant cinq domaines prioritaires : prévenir les arrivées irrégulières par la coopération avec les pays tiers, renforcer les frontières extérieures, mettre en œuvre des systèmes d'alerte, démanteler les réseaux de trafiquants et renforcer les retours. Elle a noté que les arrivées irrégulières dans l'UE ont chuté de 55 % au cours des deux dernières années et de 37 % cette année, et a estimé que l'incident de Ceuta devait être considéré comme une leçon.
Ensemble, les Européens peuvent améliorer leur résilience, leur préparation, leur réponse.
La suite
Les ministres de l'Intérieur de l'UE se réunissent le 4 août avec la crise de Ceuta et la politique migratoire à l'ordre du jour. Albares a appelé à « l'unité de toutes les forces politiques et de tous les Européens autour de Ceuta et Melilla », tandis que Tajani insiste sur le fait que la suspension de Schengen est justifiée et que l'approche italienne fonctionne. Cet affrontement souligne les profondes divisions sur le partage des charges alors que les arrivées se poursuivent.
- Au moins 50 000 personnes entrent à Ceuta par voie maritime et terrestre en une seule journée.
- La plupart des migrants sont renvoyés au Maroc en 48 heures, avec la coopération de Rabat.
- Le ministre espagnol des Affaires étrangères Albares déclare que l'Italie n'était « pas à la hauteur » ; le ministre italien Tajani réplique avec les chiffres d'arrivées.
- Les ministres de l'Intérieur de l'UE se réunissent pour discuter de la crise et de la politique migratoire.

