
L'Assemblée nationale vote 296-224 pour autoriser l'usage dérogatoire de deux pesticides interdits, le Premier ministre Lecornu accuse les écologistes de 'mensonges'
L'Assemblée nationale a adopté dans la nuit la loi d'urgence agricole par 296 voix contre 224, ouvrant la voie à un usage dérogatoire de l'acétamipride et du flupyradifurone pour les filières en difficulté. Le Premier ministre Lecornu a accusé les députés écologistes de 'mensonges' et d'entretenir la colère par la duplicité.
Le vote et le contenu de la loi
L'Assemblée nationale a adopté la loi d'urgence agricole aux premières heures du 21 juillet 2026 par 296 voix contre 224, après une séance houleuse marquée par l'obstruction procédurale et des suspensions multiples. Le texte, qui compte près de 70 articles, couvre le stockage de l'eau, l'expansion de l'élevage, la prédation par les loups et, le plus controversé, la possibilité de réintroduction dérogatoire de deux insecticides néonicotinoïdes : l'acétamipride et le flupyradifurone. Les deux sont interdits en France mais autorisés ailleurs dans l'Union européenne. L'article 2 quater de la loi habilite l'Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES) à accorder des dérogations temporaires et conditionnelles pour des filières spécifiques en difficulté. L'acétamipride, interdit depuis 2020, pourrait être utilisé sur les noisettes ; le flupyradifurone, interdit depuis 2019, pourrait être appliqué sur la betterave sucrière, les pommiers et les cerisiers pour une durée allant jusqu'à trois ans.
Affrontement politique dans l'hémicycle
Lors des dernières questions au gouvernement avant la trêve estivale, le Premier ministre Sébastien Lecornu a lancé une vive attaque contre le groupe écologiste. Il a accusé sa présidente Cyrielle Chatelain de 'mensonges' et d'être 'prête à dire n'importe quoi pour faire peur et entretenir la colère' pour des 'raisons purement politiques' liées à son alliance avec La France insoumise.
Vous êtes prêts à calomnier, à dire n'importe quoi pour faire peur. C'est inacceptable.
Chatelain a dénoncé la neurotoxicité des substances, leur impact sur la fertilité et la hausse des cancers pédiatriques, insistant sur le fait que 'le principe de précaution doit prévaloir'. Elle a également critiqué Lecornu pour avoir bloqué un vote sur un amendement visant à supprimer l'article, et a pointé un décret du 8 juillet 2025 qui, selon elle, plaçait l'ANSES sous le contrôle du ministère de l'Agriculture. Lecornu a rétorqué que la loi précise explicitement que seule l'ANSES peut autoriser une dérogation. La députée LFI Anne Stambach-Terrenoir est allée plus loin, criant 'Vous êtes des empoisonneurs' et citant les alertes de l'Ordre des médecins sur des risques majeurs pour la population.
Réactions des agriculteurs et des apiculteurs
Dans un champ de betteraves à Mainvilliers (Eure-et-Loir), l'agriculteur Alexandre Pelé, vice-président de la Confédération générale des planteurs de betteraves (CGB), a montré aux journalistes des plants jaunis par le virus de la jaunisse, transmis par les pucerons. Il a estimé que près de la moitié de sa récolte était touchée et s'est réjoui de la perspective d'utiliser le flupyradifurone, arguant que les producteurs français faisaient face à une concurrence déloyale de la part des voisins européens où la molécule est autorisée.
Je ne suis pas là pour juger si un produit est dangereux ou non. Il y a des autorités compétentes pour cela. J'utilise des produits qui sont autorisés. S'ils sont interdits, ils sont interdits, mais ils le sont pour tout le monde.
L'apiculteur Cyril Way, de l'Essonne, a prévenu que les deux insecticides agissent sur le système nerveux des insectes, provoquant une désorientation chez les abeilles.
Une fois exposées à ces produits, les abeilles ne savent plus retourner à la ruche.
Un agriculteur bio de la région Nord, Gaëtan Doisy, a démontré une alternative : de longues rotations culturales (la betterave ne revient pas sur la même parcelle avant huit ans) et du savon noir contre les pucerons.
Alertes environnementales et sanitaires
François Veillerette, porte-parole de l'association environnementale Générations Futures, a dénoncé 'une forme de mépris' du gouvernement envers sa propre majorité. Il a noté que le gouvernement avait refusé de mettre aux voix plusieurs amendements déposés par des députés du camp présidentiel visant à supprimer l'article sur les pesticides. 'Le gouvernement a exercé une forme de chantage sur sa propre majorité : soit voter l'ensemble du texte, soit le rejeter', a-t-il déclaré. Veillerette a affirmé que le gouvernement obéissait au principal syndicat agricole FNSEA 'à la lettre', ce qu'il a qualifié de 'complètement stupéfiant'.
Divisions au sein du gouvernement et prochaines étapes
La mesure a divisé l'exécutif. La ministre de l'Écologie Monique Barbut, personnellement opposée à la réintroduction de l'acétamipride, pourrait démissionner si le texte est adopté, selon son entourage. Elle a rencontré Lecornu pendant cinquante minutes à midi le 21 juillet et est repartie sans faire de commentaire. La ministre de l'Agriculture Annie Genevard a défendu la loi, insistant sur le fait que 'le texte ne réintroduit pas l'acétamipride' et que 'c'est la science qui décide, pas la politique'. Le Sénat devait voter le projet de loi plus tard le 21 juillet, une adoption étant considérée comme probable.
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