
Édouard Philippe soutient Darmanin et propose de revenir sur la loi de 2013 sur l'indépendance des procureurs après l'affaire Lyhanna
Dans un entretien au Parisien, le candidat à la présidentielle a qualifié la mort de la fillette de 11 ans d'échec collectif et a proposé de revenir sur l'interdiction de 2013 des instructions individuelles du ministre de la Justice aux procureurs.
Un échec collectif
Édouard Philippe, ancien Premier ministre et candidat à l'élection présidentielle de 2027, a accordé un entretien au Parisien samedi 13 juin, dans lequel il a évoqué la mort de Lyhanna, une fillette de 11 ans retrouvée morte dans le Gers la semaine dernière. Philippe a qualifié l'affaire d'« échec collectif » et a estimé qu'elle résultait de « graves dysfonctionnements au sein de la justice et de la gendarmerie ». Il a apporté son plein soutien au ministre de la Justice, Gérald Darmanin, mis sous pression par cette affaire.
Le parquet met en œuvre la politique pénale, qui est une politique publique, et must remain under the authority of the garde des Sceaux.
Instructions ministérielles aux procureurs
Le cœur de la proposition de Philippe est un retour à un système dans lequel le ministre de la Justice peut donner des instructions individuelles aux procureurs, une pratique interdite depuis 2013 par une loi introduite par l'ancienne ministre Christiane Taubira pour empêcher les ingérences politiques dans les affaires pénales. Philippe a soutenu que le ministre « doit pouvoir donner des instructions individuelles » et que le retour sur la loi Taubira est nécessaire pour garantir que le parquet mette en œuvre la politique pénale publique. Cette suggestion a immédiatement relancé un débat français récurrent sur l'indépendance de la justice.
Nouvelles mesures de protection des enfants
Philippe a avancé plusieurs autres mesures. Il a déclaré que chaque plainte déposée auprès de la police devrait déclencher une évaluation immédiate et, si nécessaire, des mesures de protection. Il a également affirmé que lorsqu'un risque est identifié, ce ne devrait pas être l'enfant qui est déplacé mais l'adulte suspecté. « Quand il y a un risque, ce ne soit pas à l'enfant de partir mais à l'adulte soupçonné », a-t-il déclaré au Parisien. Il a également approuvé l'idée que les crimes contre mineurs deviennent imprescriptibles, une position déjà défendue par son rival Gabriel Attal, le candidat de la majorité présidentielle.
Quand il y a un risque, ce ne soit pas à l'enfant de partir mais à l'adulte soupçonné.
Transparence pour les parents et moyens de la justice
Philippe a également suggéré d'ouvrir un débat sur la possibilité pour les parents de demander à la police si un adulte en contact avec leur enfant a un casier judiciaire, citant une loi britannique adoptée après un enlèvement et un meurtre très médiatisés. En matière de moyens judiciaires, il a déclaré que la justice devrait continuer à recevoir des financements accrus, « au même rythme qu'aujourd'hui, voire plus ». Le principal suspect dans la mort de Lyhanna, Jérôme Barella, avait fait l'objet de plaintes antérieures pour viol de mineurs, ensuite classées sans suite, alimentant la colère publique face aux défaillances systémiques.
L'important reste l'éducation des enfants, la formation des adultes qui les accompagnent.
Calendrier politique
L'intervention de Philippe intervient à un moment sensible pour Gérald Darmanin, dont le ministère est sous le feu des critiques pour les défaillances ayant conduit à la mort de la fillette. L'ancien Premier ministre, qui construit son parti Horizons en vue de l'échéance de 2027, a utilisé l'entretien pour s'aligner sur Darmanin tout en se démarquant sur le fond, notamment sur la relation entre le politique et les procureurs.
