
Après 72 morts à Ceuta, les ministres de l'UE tiennent une visioconférence d'urgence alors que 22 États exigent la suspension de Schengen pour l'Espagne
La visioconférence, convoquée à 10 heures par la présidence irlandaise du Conseil, fait suite à l'entrée de plus de 60 000 migrants dans l'enclave espagnole le 30 juillet, qui a fait 72 morts selon Madrid et a suscité des appels à exclure l'Espagne de la zone Schengen sans visa.
Afflux migratoire et crise initiale
Le 30 juillet, plus de 72 000 personnes, principalement des Marocains, ont tenté de franchir la frontière de Ceuta, une enclave espagnole sur la côte nord-africaine, par voie terrestre ou en nageant le long des plages. Madrid a assuré avoir repris le contrôle de la frontière en 48 heures et avoir renvoyé la grande majorité des arrivants au Maroc. Selon un bilan officiel espagnol, 72 personnes sont mortes lors des tentatives de traversée, tandis que Rabat a minimisé le chiffre, évoquant seulement 11 victimes. Les opérations de recherche des disparus se sont poursuivies pendant le week-end.
Division politique entre États membres
Les événements ont rapidement révélé de profondes divisions au sein de l'Union européenne. Un groupe de 22 États de l'UE, mené par l'Italie, le Danemark, l'Allemagne et la Hongrie, a envoyé une lettre à la présidence irlandaise du Conseil exigeant une réponse européenne immédiate et coordonnée. La France, le Portugal et le Luxembourg ont refusé de signer. Dans la lettre, les signataires ont exprimé leur opinion selon laquelle l'immigration incontrôlée constitue une menace pour l'Europe et ont suggéré de suspendre la participation de l'Espagne à la zone de libre circulation Schengen, une demande que Madrid considère juridiquement impossible, d'autant que Ceuta elle-même ne fait pas partie de l'espace Schengen par dérogation.
Nous ne pouvons pas permettre que des traversées massives et incontrôlées, l'instrumentalisation de la migration ou d'autres menaces hybrides donnent l'impression qu'il est possible d'entrer illégalement dans l'Union européenne.
Contre-offensive de Madrid
Le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez a répondu en envoyant une lettre aux dirigeants institutionnels de l'UE, dans laquelle il a vivement critiqué l'attitude égoïste des 22 États membres et a appelé à une réunion urgente des 27 pays. Les responsables espagnols ont insisté sur le fait qu'aucun des migrants entrés à Ceuta n'a jamais atteint l'Espagne continentale ou un autre pays de l'UE, compte tenu des contrôles existants entre l'enclave et la péninsule. Madrid a été acculé par les partis de droite européens, Manfred Weber, chef du PPE, affirmant que l'afflux était une conséquence directe de la régularisation par l'Espagne d'environ 1,2 million d'étrangers plus tôt cette année.
Appel à une réponse commune avant la réunion de mardi
Avant la visioconférence prévue mardi à 10 heures, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a écrit au Premier ministre espagnol, l'exhortant à une réponse européenne commune. Elle a déclaré que cet épisode démontre la nécessité d'une surveillance accrue et, si nécessaire, du recours à des barrières physiques, tout en notant que la protection des frontières extérieures de l'UE est une responsabilité partagée. Une réunion préparatoire des ambassadeurs de l'UE lundi a vu les États exprimer leur solidarité avec l'Espagne et saluer les efforts rapides des autorités espagnoles, selon une source européenne, dans le but d'abaisser la température politique.
Cet épisode montre clairement que nous devons aller plus loin pour renforcer nos frontières aux points les plus sensibles.
Ce que la conférence abordera
La présidence irlandaise du Conseil a présenté la réunion, qui réunira les ministres de l'Intérieur des 27 États membres, comme une occasion de tirer les leçons de la crise et de discuter du renforcement des frontières extérieures, de la diplomatie migratoire avec les pays tiers, des politiques de réadmission et de retour, et de la lutte contre les passeurs. Cependant, une source européenne a indiqué qu'un objectif clé est de réduire la pression politique après des jours d'escalade rhétorique entre l'Espagne et ses critiques, notamment la Première ministre italienne Giorgia Meloni, qui a explicitement suggéré de suspendre l'accès de l'Espagne à Schengen. Le résultat déterminera probablement si l'UE peut combler son fossé fondamental sur la migration ou sombrer dans de nouvelles frictions institutionnelles.
- Plus de 72 000 personnes tentent de franchir la frontière de Ceuta ; 72 morts signalés par l'Espagne.
- L'Italie et le Danemark lancent une lettre signée par 22 États membres de l'UE, exigeant une réponse coordonnée et évoquant la possibilité de suspendre l'accès de l'Espagne à Schengen.
- Réunion des ambassadeurs de l'UE : les États membres expriment leur solidarité avec l'Espagne tandis que Madrid critique la position égoïste des 22 États.
- La visioconférence d'urgence des ministres de l'Intérieur de l'UE commence pour aborder les divisions sur la politique migratoire et les mesures aux frontières.

