
L'Ouganda ferme sa frontière avec le Congo face à l'épidémie d'Ebola, défiant l'OMS, tandis que le Canada et les États-Unis imposent des interdictions de voyage
L'Ouganda a fermé sa frontière avec la République démocratique du Congo en réponse à une épidémie croissante d'Ebola, tandis que le Canada, les Bahamas et les États-Unis imposent leurs propres restrictions de voyage.
Épidémie en RDC
La dernière épidémie d'Ebola, causée par la souche Bundibugyo du virus, a débuté dans la province nord-orientale de l'Ituri, en République démocratique du Congo. Le gouvernement congolais a déclaré l'épidémie le 15 mai, et depuis, les autorités sanitaires ont confirmé 101 cas et surveillent plus de 3 000 contacts potentiels. Les décès suspects liés à la fièvre hémorragique sont montés à au moins 220, avec près de 1 000 cas suspects signalés. L'Ouganda a enregistré sept infections, la première étant celle d'un homme de 59 ans décédé le 14 mai à Kampala. L'Organisation mondiale de la santé a déclaré l'épidémie une urgence de santé publique de portée internationale le 17 mai, relevant l'évaluation des risques nationaux pour la RDC à « très élevé ».
- Premier patient ougandais atteint d'Ebola décède à Kampala
- La RDC déclare l'épidémie d'Ebola dans la province de l'Ituri
- L'OMS déclare une urgence de santé publique de portée internationale
- L'Ouganda ferme sa frontière avec la RDC, citant la hausse du nombre de cas
L'Ouganda réagit à la propagation transfrontalière
Mercredi, la task force ougandaise sur Ebola, dirigée par la vice-présidente Jesca Alupo, a décidé de fermer immédiatement la frontière du pays avec la RDC. La secrétaire permanente du ministère de la Santé, le Dr Diana Atwine, a annoncé que la fermeture durerait environ quatre semaines.
L'Ouganda ferme temporairement sa frontière avec la RDC avec effet immédiat. Les seules exceptions concernent les équipes autorisées de lutte contre Ebola, les opérations humanitaires, le transport de nourriture et de marchandises sous conditions strictes.
Toute personne revenant de RDC, même dans le cadre de ces exceptions, doit subir une quarantaine obligatoire de 21 jours sous la supervision d'équipes de surveillance sanitaire. Cette mesure fait suite à la suspension par l'Ouganda, une semaine plus tôt, de tous les transports publics vers la RDC. De plus, tous les médias sont désormais tenus de consacrer 30 minutes de programmation aux heures de grande écoute chaque jour à des messages de prévention d'Ebola.
La communauté internationale impose des interdictions de voyage
Défiant les conseils de l'Organisation mondiale de la santé, plusieurs nations ont imposé des interdictions de voyage aux personnes en provenance des régions touchées. Les États-Unis ont interdit la semaine dernière à tous les non-citoyens ayant séjourné en RDC, en Ouganda ou au Soudan du Sud au cours des 21 jours précédents ; les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies ont ensuite étendu la restriction aux détenteurs de la carte verte. Le Canada a annoncé une interdiction de 90 jours pour les résidents de ces trois pays, à compter de ce mercredi, et ordonné une quarantaine de 21 jours pour toute personne arrivant de la région à partir du 30 mai. Les Bahamas ont mis en place des restrictions d'entrée immédiates pour 30 jours, sous révision. La RDC elle-même a suspendu les vols à destination et en provenance de la ville orientale de Bunia, une zone clé touchée, avec des exceptions uniquement pour le trafic humanitaire et d'urgence.
L'OMS prévient que les fermetures de frontières pourraient se retourner contre elles
L'Organisation mondiale de la santé a mis en garde à plusieurs reprises contre la fermeture des frontières, arguant que de telles mesures pourraient se retourner contre elles.
Aucun pays ne devrait fermer ses frontières ni imposer de restrictions aux voyages et au commerce. Ces mesures sont généralement prises par peur et n'ont aucun fondement scientifique.
L'agence prévient que les fermetures poussent souvent les gens vers des passages informels et non surveillés, ce qui peut accélérer la propagation de la maladie. Aggravant la crise, les affrontements en cours entre groupes rebelles et forces gouvernementales dans l'est de la RDC entravent gravement les efforts de confinement. Les équipes sanitaires, déjà surchargées, manquent d'équipements de protection, de kits de diagnostic et de personnel, tandis que l'insécurité les empêche de retrouver des milliers de contacts.
Ce que l'avenir nous réserve
L'épidémie est particulièrement alarmante car aucun vaccin ou traitement approuvé n'existe pour la souche Bundibugyo.
Tous les cas enregistrés en Ouganda sont liés à des personnes venant de RDC. Compte tenu de la situation en RDC, certaines personnes pourraient encore tenter d'entrer clandestinement, d'autant plus que l'Ouganda accueille une importante population de réfugiés congolais et que de nombreuses familles continuent de faire des allers-retours.
Avec le nombre de cas toujours en hausse et la réponse entravée par les conflits et le manque de ressources, les responsables de la santé craignent que le virus continue de dépasser les efforts de confinement. Le directeur général de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a averti plus tôt cette semaine que l'épidémie se propage plus vite que la capacité d'y répondre.


