Le conseil statutaire catalan juge la loi sur la spéculation immobilière inconstitutionnelle
Le Consell de Garanties Estatutàries a estimé que la proposition, soutenue par le gouvernement catalan et les partis de gauche, porte atteinte au droit de propriété, à la liberté d'entreprise et à la sécurité juridique, et empiète sur les compétences de l'État.
La loi proposée
La proposition législative, déposée par le parti Comuns et convenue avec le gouvernement socialiste de Salvador Illa, fait partie du pacte budgétaire entre les deux formations. Elle modifie la loi catalane d'urbanisme pour habiliter les mairies, dans les zones résidentielles tendues désignées, à imposer des conditions sur les acquisitions de logements. Tout bien acheté dans le cadre des nouvelles règles devrait être utilisé comme résidence habituelle et permanente de l'acheteur ou comme logement locatif soumis aux plafonds de prix fixés par la réglementation en vigueur. La mesure vise directement les grands fonds d'investissement qui achètent des immeubles entiers, mettent fin aux baux existants, et convertissent les logements en locations à la pièce ou les revendent pour réaliser une plus-value substantielle. Le 8 juillet, le Parlement catalan a voté le traitement du projet de loi par la procédure accélérée en lecture unique, avec le soutien du PSC, d'ERC, des Comuns et de la CUP ; Junts, le PP, Vox et l'Aliança Catalana ont voté contre. Le secteur immobilier a immédiatement prévenu qu'il se "battrait" pour porter la loi devant le Tribunal constitutionnel.
L'avis du CGE
Le 4 août, le Consell de Garanties Estatutàries (CGE), l'organe consultatif statutaire de la Catalogne, a publié son avis unanime, demandé à la mi-juillet par Junts et le PP. La résolution en sept points, bien que non contraignante, est catégorique. Elle conclut que le projet de loi viole le droit à la propriété privée (article 33 de la Constitution), le droit à l'héritage, la liberté d'entreprise (article 38) et le principe de sécurité juridique (article 9.3). Le CGE estime également que le texte empiète sur la compétence exclusive de l'État en matière de bases des obligations contractuelles (article 149.1.8) et que la procédure de lecture unique enfreint le règlement parlementaire et le droit des citoyens d'accéder aux fonctions publiques dans des conditions d'égalité (article 23.2). L'avis souligne un "manque de certitude et de prévisibilité suffisantes" dans la norme.
Il y a un manque de certitude et de prévisibilité suffisantes dans la norme.
En outre, le CGE note que le projet de loi ne prévoit pas la participation du Consell de Governs Locals, l'organe représentant les collectivités locales, et recommande d'ouvrir une période d'amendements.
Réactions politiques
Lorena Roldán, la porte-parole du PP au Parlement catalan, a salué l'avis et a averti le gouvernement que s'il ignore le CGE et poursuit le projet de loi, "il peut être sûr que nous le porterons devant le Tribunal constitutionnel." Elle a qualifié la loi de "travail bâclé qui est né en violant les droits fondamentaux, en empiétant sur les compétences et en attaquant les principes de base" de l'État de droit.
Il a démantelé cette loi communiste de fond en comble. Le PSC ferait bien de ne pas ignorer l'avis de cet organe consultatif s'il soutient vraiment la normalité institutionnelle qu'il prétend défendre.
Roldán a accusé les Comuns et le Gouvernement de tenter de "déguiser en urbanisme ce qui était du pur communisme" en réglementant excessivement le droit civil et la propriété privée. Le PP avait auparavant fait valoir que la loi était confiscatoire, générait une insécurité juridique et faisait fuir les investissements.
Quelle est la suite
L'avis du CGE n'est pas contraignant, ce qui signifie que le gouvernement peut toujours faire adopter le projet de loi. L'adoption définitive de la loi était prévue en septembre. Si elle est promulguée, elle permettrait aux municipalités d'imposer des sanctions urbaines très graves à ceux qui enfreignent les obligations d'usage ou utilisent des transactions simulées ou frauduleuses pour les contourner. Les amendes pourraient atteindre 1,5 million d'euros, ou être portées au montant du profit réalisé si ce chiffre est plus élevé. Le PP a clairement indiqué qu'il ferait appel au Tribunal constitutionnel si le gouvernement poursuit, ouvrant la voie à un conflit juridique prolongé. Les partis de gauche qui soutiennent le projet de loi avaient initialement considéré la demande d'avis du CGE comme un moyen de gagner du temps pour construire un consensus sur les articles, mais le rejet unanime augmente désormais le coût politique d'une poursuite.
- Le Parlement vote le traitement accéléré du projet de loi avec le soutien du PSC, d'ERC, des Comuns et de la CUP ; Junts, le PP, Vox et l'Aliança Catalana s'y opposent.
- Junts et le PP demandent l'avis du CGE, suspendant le processus législatif.
- Le CGE rend un avis unanime selon lequel la loi viole la Constitution et le Statut d'autonomie.
- Adoption prévue de la loi ; le PP menace de recourir au Tribunal constitutionnel si elle est adoptée.

