
Les forces irakiennes investissent la Zone verte de Bagdad, arrêtant au moins huit responsables politiques et hauts fonctionnaires dans le cadre d'une opération anticorruption
Les forces de sécurité irakiennes ont lancé un raid dimanche à l'aube dans la Zone verte de Bagdad, arrêtant au moins huit responsables politiques et hauts fonctionnaires lors d'une opération anticorruption ordonnée par la justice. Le Premier ministre Ali al-Saidi a lancé cette campagne six semaines après son entrée en fonction, suite aux aveux de l'ancien vice-ministre du Pétrole.
Des raids à l'aube dans la Zone verte de Bagdad
Les forces de sécurité irakiennes, incluant des unités antiterroristes et des troupes de l'armée, ont investi la Zone verte tôt dimanche 28 juin, verrouillant l'enclave diplomatique où se trouvent le Parlement, le bureau du Premier ministre, l'ambassade des États-Unis et d'autres missions étrangères. Des véhicules blindés et des chars ont pris position tandis que des agents masqués fouillaient des résidences. Les médias locaux ont rapporté des tirs soutenus d'armes légères et de moyen calibre pendant plusieurs minutes. La zone a été temporairement bouclée et une opération de recherche élargie a été lancée après que certains suspects se seraient enfuis.
La vague d'arrestations
Au moins huit personnes ont été placées en garde à vue, certaines sources parlant de jusqu'à 15. L'Associated Press, citant des responsables gouvernementaux, avance le chiffre de sept détenus, dont cinq membres du Parlement. Aucune liste officielle des noms n'a été publiée, mais les personnes arrêtées sont décrites comme des responsables politiques, des parlementaires et de hauts responsables gouvernementaux. Plusieurs médias ont rapporté que certaines personnes, dont l'ancien Premier ministre Mohamed Shiaa Al-Sudani, figuraient parmi les personnes retenues, sans que cela ne soit confirmé.
Le Premier ministre n'hésitera pas à poursuivre les responsables corrompus et ceux impliqués dans le détournement de fonds publics.
La piste de la corruption
L'opération a été ordonnée par le pouvoir judiciaire, se fondant sur les aveux d'Adnan al-Jumaili, l'ancien vice-ministre du Pétrole arrêté fin mai. Son témoignage a prétendument révélé un vaste réseau de responsables impliqués dans le financement de groupes et la contrebande de dollars américains et de pétrole iranien. Début juin, les autorités ont confisqué plus de 85 millions de dollars, des dizaines de propriétés, des véhicules de luxe et de l'or dans une affaire de corruption distincte liée au pétrole.
Le premier test du nouveau Premier ministre
Le Premier ministre Ali al-Saidi (également mentionné sous le nom d'Ali al-Zaidi) a pris ses fonctions il y a environ six semaines et s'est immédiatement engagé à lutter contre la corruption et la mauvaise gestion qui accablent l'Irak depuis des décennies. Les raids de dimanche constituent l'action la plus spectaculaire jamais menée. Certains analystes y voient également une opération visant à consolider le pouvoir politique en début de mandat en écartant des rivaux. Al-Saidi a également promis de faire respecter le monopole de l'État sur les armes, un défi dans un pays où de nombreux groupes armés opèrent avec le soutien de l'Iran.
Sous-entendus géopolitiques
Washington a fait pression sur le nouveau gouvernement irakien sur deux fronts : réduire l'influence des milices pro-iraniennes et éradiquer la corruption endémique. Début juin, l'influente milice Saraja al-Salam, fondée par le chef religieux chiite Muktada al-Sadr, a volontairement rendu ses armes, une mesure interprétée comme une réponse à cette pression. Sadr est un allié de Téhéran mais résiste à une domination totale de l'Iran sur l'Irak. L'opération anticorruption de dimanche pourrait également être perçue comme faisant partie du même virage visant à répondre aux exigences américaines tout en naviguant dans le conflit plus large entre l'Iran, les États-Unis et Israël, dont l'Irak est un point chaud.


