
Washington presse la France et l'Allemagne de libérer leurs réserves d'urgence de diesel
L'administration Trump a demandé à ses alliés européens de puiser dans leurs réserves stratégiques de carburant, la France et l'Allemagne concentrant 35 % des 39 millions de tonnes de diesel d'urgence du bloc.
Pression transatlantique sur les réserves de carburant
L'administration du président américain Donald Trump presse les gouvernements européens de libérer leurs stocks d'urgence de diesel pour contrer la hausse des coûts du carburant sur les marchés mondiaux. Washington adresse ses reproches spécifiquement à la France et à l'Allemagne, accusant ces deux pays de ne pas honorer leurs engagements d'approvisionnement dans le cadre d'un plan de prélèvement d'urgence coordonné conclu plus tôt cette année. Les responsables américains estiment qu'un approvisionnement supplémentaire est nécessaire pour compenser les perturbations du marché causées par la guerre avec l'Iran et les frappes ukrainiennes contre des raffineries russes. Les prix des carburants ont atteint des niveaux records ou proches de records sur plusieurs marchés européens, créant des tensions politiques et financières pour les consommateurs comme pour les entreprises. En Roumanie, les prix à la pompe du diesel atteignaient entre 10,9 et 11 lei le litre dans les grandes chaînes de stations-service jeudi matin. L'Union européenne n'a pas immédiatement fourni de réponse officielle à Reuters sur les affirmations américaines.
Concentration des stocks européens de diesel
Selon les chiffres d'Eurostat pour mai 2025, les États membres de l'Union européenne détenaient environ 39 millions de tonnes de réserves d'urgence de diesel et de gazole. La France et l'Allemagne détiennent à elles deux environ 35 % de ces volumes stratégiques de diesel, ce qui place une large part du matelas de sécurité du continent dans deux pays. La France disposait de 8,2 millions de tonnes en stockage d'urgence, tandis que l'Allemagne en détenait 5,6 millions de tonnes. Tous produits pétroliers bruts et raffinés confondus, les pays de l'Union européenne possèdent près de 109 millions de tonnes en réserves d'urgence. La réglementation européenne impose à chaque État membre de détenir des stocks pétroliers suffisants pour couvrir au moins 90 jours d'importations nettes ou 61 jours de consommation intérieure moyenne, selon la quantité la plus élevée. L'Union européenne dans son ensemble respecte actuellement ces obligations de stocks.
- France
- 8.2 millions de tonnes
- Allemagne
- 5.6 millions de tonnes
Vulnérabilités d'approvisionnement et coordination de l'AIE
Le différend actuel sur les stocks reflète des changements structurels de long terme dans le commerce européen des carburants et les infrastructures de raffinage intérieures. Les pays européens ont réduit leurs livraisons de carburant en provenance de Russie après l'invasion de l'Ukraine et ont connu un déclin régulier de leurs capacités de raffinage intérieures au cours des vingt dernières années. Le continent est ainsi devenu de plus en plus dépendant des exportations de diesel des États-Unis, une dépendance qui s'est encore accentuée lorsque le conflit militaire avec l'Iran a interrompu les approvisionnements maritimes en provenance du Moyen-Orient. Face aux contraintes du marché mondial, l'Agence internationale de l'énergie a accepté en mars d'autoriser la libération d'environ 400 millions de barils provenant des stocks d'urgence mondiaux. Dans le cadre de cet accord international, les États-Unis se sont engagés à hauteur de 172 millions de barils, tandis que les États membres de l'Union européenne ont accepté de fournir environ 20 % du volume total.
- États-Unis
- 172 millions de barils
- Total mondial
- 400 millions de barils
Débats européens sur une intervention de marché
Les responsables politiques européens examinent l'opportunité de libérer des réserves pétrolières supplémentaires sur le marché commercial pour atténuer les pressions sur les prix. Le commissaire européen à l'Énergie, Dan Jørgensen, a déclaré mardi que les représentants de l'Union européenne avaient discuté de nouvelles libérations potentielles de stocks directement avec le directeur exécutif de l'Agence internationale de l'énergie, Fatih Birol. Malgré ces consultations de haut niveau, l'Union européenne n'a pas encore décidé si elle demanderait aux États membres de libérer des volumes supplémentaires de leurs réserves nationales. Les prix élevés du diesel restent un sujet politique sensible en Europe, car ce carburant alimente le transport routier de marchandises, les équipements agricoles et les machines industrielles lourdes. Les gouvernements doivent trouver un équilibre délicat entre la stabilisation des tarifs commerciaux des carburants et la préservation de stocks d'urgence minimaux face à l'instabilité géopolitique persistante.

