
Un tribunal de Jérusalem bloque temporairement le projet de Ben-Gvir d'utiliser des crocodiles comme moyen de sécurité carcérale
Un tribunal de Jérusalem a émis dimanche une injonction provisoire interdisant le transfert de crocodiles du Nil vers la prison de Ketziot, où le ministre de la Sécurité d'extrême droite Itamar Ben-Gvir souhaitait les utiliser pour dissuader les détenus palestiniens. La décision, motivée par une pétition de défense des animaux, s'est concentrée sur les dommages potentiels causés aux crocodiles plutôt que sur le bien-être des prisonniers.
Le plan
Itamar Ben-Gvir, le ministre de la Sécurité nationale d'extrême droite israélien, a évoqué pour la première fois l'idée d'utiliser des crocodiles comme moyen de dissuasion autour des prisons abritant des détenus palestiniens de sécurité en décembre 2025, lors de consultations avec le chef du service pénitentiaire Kobi Yaakobi. La cible était la prison de Ketziot dans le désert du Néguev, qui détient des prisonniers palestiniens de sécurité et des personnes arrêtées pendant la guerre de Gaza. Le concept s'inspirait du centre de détention pour migrants « Alligator Alcatraz » en Floride, une installation entourée d'alligators promue par l'ancien président américain Donald Trump et fermée en juin 2026.
- Ben-Gvir propose pour la première fois l'idée des douves à crocodiles lors de consultations avec le chef du service pénitentiaire Kobi Yaakobi
- Des responsables pénitentiaires visitent la ferme à crocodiles de Hamat Gader pour une évaluation préparatoire
- La ministre de l'Environnement Idit Silman reclassifie le crocodile du Nil d'espèce protégée à « animal sauvage pris en charge »
- Début de la construction d'un fossé de 170 mètres à la prison de Ketziot dans le désert du Néguev
- Le tribunal de district de Jérusalem émet une injonction provisoire interrompant le transfert de crocodiles et les travaux connexes
- Date limite pour que l'État réponde à la pétition de Let the Animals Live
Reclassement d'une espèce protégée
Pour rendre le plan juridiquement possible, la ministre de l'Environnement Idit Silman a reclassé le crocodile du Nil le mois dernier. L'espèce est passée d'un statut protégé à celui d'« animal sauvage pris en charge », permettant ainsi sa détention par les corps de sécurité. Cette mesure a été prise malgré les objections des propres conseillers juridiques du ministère et de l'Autorité de la nature et des parcs. Le service pénitentiaire avait déjà commencé à creuser un fossé de 170 mètres à Ketziot fin juillet, et 21 millions de shekels (6 millions d'euros) ont été alloués au projet. Le bureau de Ben-Gvir a insisté sur le fait que le plan n'était pas un coup de publicité, déclarant : « Quiconque pensait que c'était une astuce avait tort. »
Le tribunal intervient pour les animaux
Le groupe de défense des droits des animaux Let the Animals Live a saisi le tribunal de district de Jérusalem, arguant que le déploiement de crocodiles dans un environnement carcéral nuirait aux reptiles. Dimanche, le juge Avraham Rubin a émis une injonction provisoire qui interrompt le transfert de tout crocodile et tous les travaux de construction connexes. Il a écrit que les allégations de préjudice attendu « méritent une enquête et justifient une ordonnance interdisant le transfert ou toute action liée à l'emplacement ou à la préparation des crocodiles pour le transfert ». Le tribunal a donné à l'État jusqu'à mercredi pour répondre à la pétition.
Les crocodiles ne sont pas des armes, ni des instruments de punition, ni des accessoires pour une campagne politique.
Avertissements des responsables de la nature
L'Autorité de la nature et des parcs avait mis en garde à plusieurs reprises contre ce plan. Elle a déclaré n'avoir trouvé « aucune base professionnelle ou scientifique nulle part dans le monde » pour utiliser des crocodiles comme mesure de sécurité dans un centre de détention. L'autorité a également prévenu que l'introduction d'un grand prédateur non indigène présentait des risques pour l'écosystème et la sécurité publique, citant des incidents passés où des crocodiles d'élevage se sont échappés dans la nature.
La réponse de Ben-Gvir
Ben-Gvir a réagi avec colère à la décision du tribunal, accusant le pouvoir judiciaire d'entraver les mesures de dissuasion. Il a affirmé que le tribunal « prenait le parti des terroristes » et a assuré que les détenus étaient déjà effrayés par la perspective des reptiles. Son bureau a maintenu que le service pénitentiaire était parfaitement préparé, avec des plans détaillés couvrant l'entretien et les soins des crocodiles jusqu'à leurs cellules de repos.
Nous savons que les terroristes tremblent à l'idée de l'arrivée des alligators, mais aujourd'hui le tribunal prend le parti des terroristes.
La suite
L'injonction est temporaire. L'État doit soumettre sa réponse d'ici mercredi, après quoi le tribunal décidera s'il rend une ordonnance permanente. D'ici là, aucun crocodile ne sera transféré à Ketziot et la construction du fossé reste suspendue.
