
Un juge espagnol ordonne l'analyse de 82 comptes bancaires, dont six du PSOE, dans l'enquête pour corruption visant Leire Díez
Le juge de l'Audiencia nationale Santiago Pedraz a ordonné à 12 banques de transmettre les données de 82 comptes liés au parti socialiste au pouvoir et à plusieurs mis en cause, cherchant des preuves de versements à l'ancienne militante du parti Leire Díez et à un réseau présumé utilisé pour entraver les enquêtes judiciaires.
L'ordonnance judiciaire
Le juge Santiago Pedraz de l'Audiencia nationale d'Espagne a rendu une ordonnance le 31 juillet 2026 ouvrant une section financière distincte au sein de la dite affaire Leire Díez. La décision, soutenue par le Parquet anticorruption, oblige 12 établissements financiers à fournir des informations sur 82 comptes bancaires. Six de ces comptes appartiennent au Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) au pouvoir, détenus dans six banques différentes. Les comptes restants sont liés à des personnes physiques et morales déjà mises en examen.
La mesure est appropriée dans la mesure où l'on enquête sur la commission possible de divers délits publics liés à la corruption.
Le juge a explicitement indiqué que la section distincte est nécessaire pour éviter les fuites. Pedraz a averti que l'intégration de l'ensemble des données bancaires dans le dossier principal, auquel les parties civiles ont accès, rendrait leur diffusion publique « impossible à contrôler ». Une fois que l'Unité centrale opérationnelle (UCO) de la Garde civile aura achevé son analyse, toute documentation jugée non pertinente pour l'enquête sera purgée avant que le matériel restant ne soit transféré à la procédure principale.
Le système présumé
Le parquet allègue que l'ancien secrétaire à l'organisation du PSOE, Santos Cerdán, a chargé Leire Díez en avril 2024 de coordonner un effort systématique visant à déstabiliser toute procédure judiciaire ou policière susceptible d'affecter le parti ou le gouvernement de Pedro Sánchez. L'enquête porte sur la question de savoir si des fonds du PSOE ont été utilisés pour rémunérer les membres de ce réseau.
Par l'intermédiaire de Cerdán, le PSOE aurait mis son infrastructure logistique et financière à la disposition du groupe susmentionné.
Selon l'UCO, Díez « aurait favorisé le paiement, imputé aux fonds du parti PSOE, des honoraires correspondant aux avocats Oliver et Teijelo », qui servaient en réalité de canal pour qu'elle reçoive elle-même des fonds. Le dossier du parquet note que si les paiements directs de l'avocat Jacobo Teijelo à Díez n'ont pas encore été prouvés, Teijelo a bien reçu 125 000 euros du PSOE pour des services qu'il n'a jamais rendus et pour lesquels il n'avait pas été contracté. Ismael Oliver est présumé avoir « canalisé » les paiements du parti vers l'ancienne militante.
Les comptes sous surveillance
Les 82 comptes concernent huit personnes physiques et morales. Outre les six comptes du PSOE, l'ordonnance couvre les comptes détenus par l'ancien vice-président du gouvernement régional andalou, Gaspar Zarrías, et sa société de conseil Zaño Sociedad Consultores SL. Sont également visés l'avocat Ismael Oliver, qui a précédemment représenté Koldo García, et ses deux sociétés, Oliver Gruppe SL et Estudio Jurídico Oliver & Partners SL. Oliver et ses sociétés représentent 61 des comptes totaux. L'avocat Jacobo Teijelo, qui défend Santos Cerdán, et le média numérique Crónica Libre, cofondé par Leire Díez, complètent la liste.
Les banques doivent envoyer les informations directement au Groupe de lutte contre la criminalité économique de l'UCO. Les agents sont autorisés à demander des éclaircissements, des extensions ou des documents complémentaires liés à toute transaction provenant ou aboutissant sur les comptes signalés. L'ordonnance exige également l'identification des titulaires de comptes et des personnes autorisées, y compris les noms, les pièces d'identité, les coordonnées, les adresses fiscales et physiques, ainsi que les cartes de débit ou de crédit émises.
Calendrier de l'enquête
L'UCO a demandé pour la première fois cette analyse financière approfondie dans un rapport de police déposé le 1er juin 2026. Le juge Pedraz a ensuite demandé à l'unité de préciser quels comptes détenus par les mis en cause étaient identifiés comme étant liés aux paiements sous enquête. L'ordonnance rendue le 31 juillet constitue le lancement officiel de cette enquête financière distincte, avec pour objectif explicite de confirmer les paiements déjà détectés et de découvrir tout transfert supplémentaire non encore connu des enquêteurs.
- Santos Cerdán aurait chargé Leire Díez de coordonner des efforts visant à déstabiliser les procédures judiciaires concernant le PSOE et le gouvernement.
- L'UCO dépose un rapport de police demandant une analyse approfondie des comptes bancaires liés aux mis en examen.
- Le juge Pedraz ordonne à 12 banques de fournir les données de 82 comptes et ouvre une section financière distincte sous scellés.
Contexte plus large
L'affaire Leire Díez, également appelée dans les médias espagnols l'affaire des « égouts du PSOE », fait l'objet d'une enquête à l'Audiencia nationale. Outre Díez, les personnes formellement inculpées incluent Santos Cerdán, ancien secrétaire à l'organisation du PSOE, et les avocats Jacobo Teijelo et Ismael Oliver. Le PSOE a précédemment reconnu avoir financé les frais de voyage de Leire Díez, mais le juge considère ces informations insuffisantes et cherche désormais à retracer l'intégralité des fonds provenant du siège du parti, rue Ferraz à Madrid.

