
L'éclaircissement ciblé des nuages marins pourrait neutraliser les événements super El Niño, selon une étude de modélisation
Une nouvelle étude de modélisation révèle que l'éclaircissement délibéré des nuages marins au-dessus du Pacifique pourrait affaiblir, voire neutraliser, un El Niño en développement, épargnant potentiellement au monde ses impacts les plus destructeurs.
Un point de pression climatique
L'oscillation australe El Niño (ENSO) est l'un des cycles climatiques naturels les plus puissants sur Terre. Lors d'un événement El Niño, l'affaiblissement des alizés pousse les eaux chaudes vers la côte de l'Amérique du Sud, réchauffant le Pacifique tropical et perturbant les régimes météorologiques mondiaux. L'El Niño de cette année s'annonce comme l'un des plus forts jamais enregistrés, avec des prévisions avertissant de chaleurs extrêmes, de sécheresses, d'inondations et de cyclones. Combiné au réchauffement de fond dû à la combustion des combustibles fossiles, son coût économique pourrait atteindre des centaines de milliards de dollars.
El Niño est l'un de ces phénomènes où quelque chose se produit dans le Pacifique tropical, puis cela réorganise la manière dont toute l'atmosphère mondiale retient l'énergie cette année-là. C'est un point de pression ultime dans le système climatique.
Comment fonctionne l'éclaircissement des nuages
L'éclaircissement des nuages marins (MCB) est une technique de géo-ingénierie proposée pour la première fois par le physicien des nuages britannique John Latham en 1990. L'idée est de pulvériser de fines particules de sel marin dans les nuages marins, les rendant plus brillants et plus réfléchissants, afin qu'ils renvoient davantage de lumière solaire vers l'espace. Contrairement à d'autres méthodes de géo-ingénierie solaire qui opèrent à l'échelle mondiale, le MCB peut être appliqué régionalement. La nouvelle étude, publiée dans Science Advances le 8 juillet, explore si le ciblage d'une vaste zone rectangulaire dans le Pacifique équatorial pourrait refroidir suffisamment la surface de la mer pour étouffer un El Niño naissant.
Nous avons pu transformer ce qui était un El Niño extrême ou super en un événement neutre, donc ce n'était même plus un El Niño à ce stade.
Leçons des mégafeux australiens
Les chercheurs ont été inspirés par une expérience naturelle récente : la saison catastrophique des feux de brousse en Australie en 2019 et 2020. Ces incendies ont injecté près d'un million de tonnes métriques de fumée dans l'atmosphère, l'un des plus grands apports de ce type observés par satellite. Les aérosols de fumée ont interagi avec les nuages bas au-dessus du Pacifique subtropical sud-est, les rendant plus brillants et réduisant la quantité de chaleur atteignant la surface. On pense désormais que ce phénomène a contribué à la La Niña exceptionnellement longue qui a duré de 2020 à 2023.
Cela a été la percée clé pour que cela devienne une question de recherche viable. Sans cette opportunité de validation, je ne pense pas que nos résultats seraient aussi crédibles.
Modéliser un avenir géo-ingéniérisé
Pour tester le concept, Wan et Ricke ont utilisé un modèle climatique bien établi pour simuler ce qui se serait passé si le MCB avait été déployé lors des grands événements El Niño de 1997-1998 et 2015-2016. Ils ont constaté que l'intervention fonctionnait mieux lorsqu'elle était commencée tôt, en juin, et maintenue jusqu'en février. Les simulations ont montré que l'éclaircissement des nuages aurait pu affaiblir significativement les deux événements, empêchant potentiellement certains des pires impacts sur terre.
Mais la raison pour laquelle les gens s'intéresseraient à cela n'est pas la température dans une boîte du Pacifique, mais comment les impacts se traduisent sur terre.
- L'étude modélise une intervention MCB qui aurait affaibli l'événement
- L'étude modélise également une intervention pour ce super El Niño
- Les feux de brousse australiens injectent de la fumée qui éclaircit les nuages, contribuant à la La Niña subséquente
- Une La Niña triple se produit, partiellement attribuée aux nuages éclaircis par la fumée des feux de brousse
- Un super El Niño est prévu ; l'étude proposant le MCB est publiée le 8 juillet
Précautions et inconnues
Les auteurs soulignent que leur travail est une première étape et qu'un déploiement dans le monde réel comporterait des risques et des incertitudes. La géo-ingénierie reste profondément controversée, et des conséquences imprévues pourraient se répercuter sur le système climatique. L'étude a été soutenue par la National Science Foundation des États-Unis, la NASA, le Département de l'Énergie et la NOAA. Les chercheurs espèrent que leurs résultats inciteront les gouvernements à envisager un éventail plus large de réponses au changement climatique.

