
La France et l'Allemagne enterrent leur programme d'avion de combat commun après des années d'impasse industrielle
Le programme phare Future Combat Air System (FCAS), lancé en 2017 pour construire un avion de combat européen de nouvelle génération, a été abandonné après que la France et l'Allemagne ont conclu que les partenaires industriels ne pouvaient résoudre leurs différends.
La fin d'un projet phare
La France et l'Allemagne ont mis fin à leur programme conjoint Future Combat Air System (FCAS), a confirmé l'Élysée lundi. La décision a été prise après que le chancelier Friedrich Merz et le président Emmanuel Macron se sont rencontrés au Monténégro la semaine dernière et ont conclu qu'il n'y avait aucun moyen de sortir de mois de blocage entre les principaux partenaires industriels, Dassault Aviation et Airbus. Les autorités allemandes ont estimé qu'il n'était pas possible d'exercer davantage de pression sur les entreprises concernées, a déclaré l'Élysée dans un communiqué.
Les autorités françaises continueront d'encourager nos entreprises et nos forces armées à explorer les voies et moyens de poursuivre des projets européens ambitieux qui correspondent à nos intérêts de sécurité nationale.
La rivalité industrielle au cœur du problème
Le projet, conçu en 2017 par la chancelière de l'époque Angela Merkel et un Macron fraîchement élu, était présenté comme un moyen de relancer les relations franco-allemandes et de mutualiser des ressources de défense limitées. Mais des désaccords sur le contrôle du programme et la répartition du travail ont persisté. Dassault voulait diriger le développement de l'avion, tandis qu'Airbus, représentant l'Allemagne et l'Espagne, refusait un rôle secondaire. Les différends portaient également sur la propriété intellectuelle et les droits de brevet.
Le projet a été conçu dans un monde différent.
Des besoins militaires divergents
Au-delà des tensions industrielles, les forces armées française et allemande voulaient des choses différentes de l'avion. La France exigeait un avion capable d'opérer depuis des porte-avions et de transporter des armes nucléaires, des exigences que le côté allemand ne jugeait pas nécessaires. Le programme était estimé à au moins 100 milliards d'euros, avec plusieurs milliards déjà dépensés depuis 2017 pour des études et des démonstrateurs.
L'Espagne prise au dépourvu
L'Espagne, le troisième partenaire contribuant à parts égales au financement du programme de 7 milliards d'euros, n'a pas été consultée sur la décision. Belén Gualda, présidente de la société holding d'État espagnole Sepi, a reconnu la fin du programme et a déclaré qu'elle demanderait un rapport à Indra, le coordinateur industriel espagnol pour le composant capteur, afin d'analyser les implications pour l'industrie espagnole. Les actions Indra ont chuté de près de 4% à l'annonce.
Hier, nous avons reçu la nouvelle et nous demanderons à l'entreprise d'analyser et de transmettre son analyse immédiate.
Quelle suite ?
Le ministre allemand de la Défense Boris Pistorius a déclaré que la fin du FCAS n'était pas une surprise et que Berlin est déjà en pourparlers avec divers acteurs au sujet d'alternatives. Les options à l'étude incluent une coopération avec le suédois Saab, un nouveau consortium européen, l'adhésion au programme britannico-italo-japonais GCAP, ou l'achat d'avions F-35 supplémentaires. Airbus a présenté des plans pour un successeur du FCAS au salon aéronautique ILA de Berlin, tandis que des responsables allemands affirment que des aspects clés du programme plus large, comme le combat cloud et les drones, pourraient se poursuivre.
Nous sommes en discussions avec divers acteurs depuis plusieurs mois, comme vous pouvez l'imaginer. Mais je ne souhaite pas spéculer publiquement sur le projet ou sous la direction de qui il pourrait fonctionner.
- Angela Merkel et Emmanuel Macron lancent le FCAS comme projet de défense phare franco-allemand.
- L'Espagne rejoint le programme comme troisième partenaire, avec Indra comme coordinateur industriel pour les capteurs.
- Les différends entre Dassault et Airbus sur la gouvernance, le partage du travail et la propriété intellectuelle s'intensifient.
- Merz et Macron se rencontrent au Monténégro et concluent que l'impasse ne peut être résolue.
- L'Élysée confirme l'abandon du programme ; l'Allemagne commence à explorer des alternatives.
Un coup dur pour la coopération européenne de défense
L'effondrement du FCAS compromet les efforts visant à démontrer que l'Europe peut agir de manière stratégique et avec un objectif commun, à un moment où les liens avec les États-Unis se distendent et où l'agression russe se poursuit en Ukraine. Le programme devait être plus qu'un simple avion de combat : il était conçu comme un système de systèmes, comprenant un avion de combat habité, un essaim de drones porteurs sans pilote, et un cloud de combat connectant le tout numériquement. Son échec laisse le Rafale et l'Eurofighter sans successeur planifié d'ici le début des années 2040.


