
Karim Khan, procureur en chef de la CPI, suspendu pour des accusations d'inconduite sexuelle et risque d'être destitué
Le procureur en chef de la Cour pénale internationale a été suspendu avec effet immédiat lundi après qu'une enquête de l'ONU a trouvé des preuves de contact sexuel non consenti avec une assistante, une affaire qui a entaché la cour pendant plus de deux ans.
La suspension
Le procureur en chef de la Cour pénale internationale, Karim Khan, a été suspendu de ses fonctions avec effet immédiat lundi soir. La décision a été prise par le Bureau de l'Assemblée des États parties, composé de 21 membres, l'organe de contrôle de la cour, qui a conclu que Khan avait commis une faute grave et un manquement sérieux à ses devoirs. Le Bureau s'est fondé sur un rapport d'enquête de l'ONU, les preuves sous-jacentes, l'avis d'un panel d'experts juridiques et des soumissions écrites.
La suspension n'indique pas l'issue finale.
La décision finale quant à savoir si Khan sera définitivement démis de ses fonctions incomve désormais à l'Assemblée des 125 États parties, qui se réunira en session spéciale dès que possible. La destitution requiert une majorité absolue de 63 voix lors d'un scrutin secret.
Les accusations
L'affaire remonte à 2024, lorsqu'une proche collaboratrice de Khan, une avocate de 39 ans, s'est confiée à des collègues. Ces collègues ont ensuite signalé l'affaire au Mécanisme de contrôle indépendant de la cour en mai 2024. Selon des documents consultés par l'Associated Press, l'enquête du Bureau des services de contrôle interne de l'ONU a trouvé des preuves de contact sexuel non consenti avec l'assistante dans son bureau, à son domicile privé et lors d'un voyage professionnel.
Contact sexuel non consenti avec l'assistante dans son bureau, à son domicile privé et lors d'un voyage professionnel.
Parmi les accusations spécifiques citées dans les documents, Khan aurait demandé à la femme de se reposer avec lui dans un lit d'hôtel lors d'un voyage à l'étranger, puis l'aurait touchée sexuellement, aurait verrouillé la porte de son bureau et mis sa main dans sa poche, et lui aurait demandé à plusieurs reprises de l'accompagner en vacances. Khan, qui a été interrogé pendant l'enquête, a nié tout contact, qu'il soit consenti ou non.
L'examen juridique
Un panel de trois juges sélectionnés par le Bureau pour mener une évaluation juridique des conclusions de l'ONU a estimé en mars 2026 que l'enquête n'était pas suffisamment concluante. Les juges ont déclaré que l'enquête n'avait pas déterminé de faute ou de manquement au devoir selon le cadre juridique pertinent. Malgré cela, le Bureau a procédé à la suspension et au renvoi disciplinaire.
Une deuxième femme s'est manifestée au cours de l'été 2025 avec des accusations distinctes d'inconduite sexuelle contre Khan, selon des informations du NRC. Le journal néerlandais a également rapporté que le personnel de la CPI avait fait pression sur la première femme pour qu'elle ne dépose pas de plainte formelle.
Les imbrications politiques
L'affaire d'inconduite s'est entremêlée avec le travail très médiatisé de Khan en tant que procureur. En mai 2024, Khan a demandé des mandats d'arrêt contre le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et l'ancien ministre de la Défense Yoav Gallant, ainsi que contre trois dirigeants du Hamas. Il avait également émis auparavant un mandat d'arrêt contre le président russe Vladimir Poutine.
Israël et les États-Unis ont saisi les accusations d'inconduite pour discréditer Khan et la cour. La femme a été présentée comme une espionne israélienne qui aurait piégé le procureur. Khan lui-même a lié les affaires, évoquant une campagne coordonnée pour le destituer en raison du mécontentement suscité par les mandats d'arrêt contre Netanyahu. Les États-Unis, qui ne sont pas membres de la CPI, ont imposé des sanctions au personnel et aux juges de la cour après le mandat contre Netanyahu.
La suite
La CPI n'a jamais eu à mener une procédure de destitution d'un procureur en chef. La cour a dû créer de nouvelles règles pour faire face à cette situation sans précédent. Khan s'était déjà mis en retrait temporairement en mai 2025 dans l'attente des résultats de l'enquête, affirmant qu'il reviendrait une fois les accusations levées. Il a catégoriquement nié toutes les accusations tout au long de la procédure.
Une campagne orchestrée pour me destituer en raison du mécontentement suscité par les mandats d'arrêt contre le Premier ministre israélien Netanyahu.
La session spéciale de l'Assemblée des États parties déterminera si l'avocat britannique, qui occupe le poste de procureur en chef depuis 2021, sera définitivement démis de ses fonctions, qui définissent les priorités de la cour et en sont le visage public.
- Une proche collaboratrice se confie à des collègues au sujet d'une présumée inconduite sexuelle de Khan.
- Deux collègues signalent les accusations au Mécanisme de contrôle indépendant de la CPI.
- Khan demande des mandats d'arrêt de la CPI contre Benjamin Netanyahu et Yoav Gallant.
- Le Bureau des services de contrôle interne de l'ONU commence son enquête sur les accusations.
- Khan se met temporairement en retrait dans l'attente des résultats de l'enquête de l'ONU.
- Une deuxième femme se manifeste avec des accusations distinctes d'inconduite sexuelle contre Khan.
- Le BSCI de l'ONU soumet son rapport d'enquête ; le rapport reste non publié.
- Un panel de trois juges conclut que l'enquête de l'ONU n'est pas suffisamment concluante.
- Le Bureau de la CPI suspend Khan avec effet immédiat et le renvoie pour procédure disciplinaire.


