
Le Maroc nie toute implication dans le passage de 70 000 migrants à Ceuta alors que l'Espagne déclassifie des fichiers de renseignement
Le Maroc a rejeté les accusations selon lesquelles ses forces de sécurité auraient permis à plus de 70 000 migrants de pénétrer dans l'enclave espagnole de Ceuta fin juillet, répondant à 40 fichiers de renseignement espagnols déclassifiés détaillant des alertes frontalières antérieures.
Le Maroc rejette les accusations frontalières et l'exploitation électorale
Le ministère des Affaires étrangères du Maroc a publié un communiqué officiel le 10 septembre par l'intermédiaire de l'agence de presse d'État MAP, niant toute implication dans l'entrée de plus de 70 000 migrants dans l'enclave espagnole de Ceuta. La déclaration constitue la première réaction officielle de Rabat depuis les passages massifs de la frontière les 30 et 31 juillet. Les autorités marocaines ont déclaré qu'aucune donnée opérationnelle, aucun résultat d'enquête ou rapport de renseignement ne démontre une complicité des gardes-frontières marocains. Rabat a critiqué les personnalités politiques et médiatiques espagnoles pour avoir exploité le Maroc dans des querelles internes avant les élections législatives nationales espagnoles prévues pour le premier semestre 2027. Le ministère a également exprimé son regret que des partis politiques établis et des institutions judiciaires espagnoles aient adopté une rhétorique accusatoire, soulignant que les relations bilatérales devraient adhérer à la déclaration conjointe de 2022 fondée sur la confiance mutuelle, le respect mutuel et le dialogue continu.
Le Royaume du Maroc refuse d'être utilisé comme un pion politique préélectoral, ni n'acceptera d'être le bouc émissaire dans des règlements de comptes politiques.
Fichiers de renseignement déclassifiés et évaluations policières divulguées
La tension diplomatique a suivi la publication le 9 septembre de 40 fichiers de renseignement et communiqués déclassifiés par le gouvernement espagnol, couvrant des évaluations de sécurité produites entre le 1er et le 31 juillet. Des documents du Centre national de renseignement (CNI) ont révélé que les agences espagnoles surveillaient les communications internes sur les réseaux sociaux comptant 180 000 membres organisant des tentatives de passage coordonnées. Le CNI a transmis des avertissements formels aux services de renseignement marocains et à la délégation du gouvernement espagnol à Ceuta le 29 juillet, 24 heures avant le début du passage, signalant des mouvements planifiés aux postes-frontières et par voie maritime. Un rapport de police espagnol divulgué début septembre a conclu que les forces de sécurité marocaines ont fait preuve d'une permissivité totale les 30 et 31 juillet, ne faisant aucun effort sérieux pour disperser ou repousser les foules loin du périmètre frontalier. En réponse, les responsables marocains ont appelé à une enquête approfondie pour examiner toutes les circonstances, identifier les ingérences extérieures et exposer les manipulations.
- Le CNI espagnol détecte des groupes sur les réseaux sociaux organisant des passages frontaliers et émet des alertes.
- Plus de 70 000 migrants entrent à Ceuta à pied et à la nage en deux jours.
- Le gouvernement espagnol déclassifie 40 rapports de renseignement de juillet sur l'afflux à Ceuta.
- Le Maroc publie sa première réponse officielle rejetant les accusations d'implication.
Répercussions politiques pour le gouvernement Sánchez
Le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez a abordé la controverse au Parlement après avoir annoncé la déclassification des documents de juillet, affirmant que les agences de renseignement n'avaient fourni aucune preuve concluante que le Maroc avait orchestré le passage. Sánchez a également déclaré que les agences exécutives n'avaient reçu aucun avertissement préalable indiquant une entrée d'une telle ampleur. Les députés de l'opposition et les alliés parlementaires ont critiqué le gouvernement pour ne pas avoir agi efficacement sur les alertes de renseignement du 29 juillet. Juan Jesús Vivas, le président de Ceuta représentant le Parti populaire, a accusé Rabat d'avoir facilité la vague migratoire par action ou par omission. En réponse à la pression humanitaire et sécuritaire sur l'enclave, l'Union européenne a alloué 115 millions d'euros d'aide financière pour soutenir l'Espagne.
Conditions humanitaires et différends sur les rapatriements
L'afflux massif à Ceuta, qui avec Melilla représente la seule frontière terrestre de l'Union européenne avec l'Afrique, a entraîné des dizaines de morts et de disparitions alors que des individus tentaient le passage à pied et à la nage. Bien que la majorité des 70 000 migrants soient retournés de l'autre côté de la frontière peu après leur entrée, des milliers restent bloqués sans abri sur les plages et les rues de Ceuta. Des divergences existent quant à la population migrante restante : le gouvernement central espagnol estime que 5 000 migrants demeurent dans l'enclave, tandis que les autorités locales de Ceuta font état d'au moins 10 000. Rabat s'est demandé pourquoi les autorités espagnoles ont retardé le retour des migrants adultes en situation irrégulière malgré les engagements marocains de les réadmettre, tout en exigeant le retour rapide des mineurs non accompagnés dans leurs familles.
- Gouvernement central espagnol
- 5000 personnes
- Autorités locales de Ceuta
- 10000 personnes

