
Le Liban abolit la peine de mort, premier pays du Moyen-Orient à le faire
Le Parlement libanais a voté le 12 août l'abolition de la peine de mort, la remplaçant par la réclusion criminelle à perpétuité avec travaux forcés aggravés, devenant ainsi le premier pays du Moyen-Orient à franchir ce pas.
Vote parlementaire
Le Parlement libanais, composé de 128 membres, a voté le 12 août l'abolition de la peine de mort, faisant du pays le premier au Moyen-Orient et dans le monde arabe à franchir cette étape. Le projet de loi a été adopté à la majorité, à l'exception du bloc parlementaire du Hezbollah. Les condamnations à mort seront remplacées par la réclusion criminelle à perpétuité avec travaux forcés aggravés. La loi attend désormais la signature du gouvernement, qui s'était déclaré favorable à son adoption. Le retrait du bloc des Forces libanaises lors de la séance du 16 juillet avait précédemment retardé le vote, mais le texte a été rétabli comme priorité et approuvé avec des amendements intégrés. Les crimes commis avant l'entrée en vigueur de la loi seront punis de la réclusion à perpétuité, et ensuite de la réclusion à perpétuité aggravée, selon l'Agence nationale d'information libanaise.
Le Liban maintient un moratoire officieux sur les exécutions depuis janvier 2004 et n'a procédé à aucune exécution depuis lors. Cependant, les tribunaux ont continué à prononcer des dizaines de condamnations à mort, la dernière ayant été rendue le 11 août. Selon Amnesty International, au moins 85 personnes se trouvaient dans le couloir de la mort en janvier 2026. La Direction des prisons du ministère libanais de la Justice a fait état du même chiffre, 85 personnes condamnées à mort, à la fin de l'année 2025. Lorsque la loi entrera en vigueur, le Liban deviendra le 114e pays à abolir la peine de mort pour tous les crimes.
- Le bloc des Forces libanaises se retire, retardant le vote sur l'abolition
- Dernière condamnation à mort prononcée par les tribunaux libanais
- Le Parlement vote l'abolition de la peine de mort
- Le projet de loi attend la signature du gouvernement pour entrer en vigueur
Réactions
Le ministre de la Justice, Adel Nassar, présent dans l'hémicycle, a qualifié le vote de « pas historique » pour la nation et a déclaré que le Liban « retrouve son rôle pionnier dans la région en tant que défenseur des droits humains ». Il a souligné que l'abolition ne devait pas être interprétée comme une clémence envers les crimes et les criminels.
La privation de liberté n'est pas une clémence.
Ramzi Kaiss, chercheur sur le Liban à Human Rights Watch, a déclaré que le pays marque une rupture définitive avec une punition cruelle qui ne devrait jamais être imposée.
La peine de mort est unique par sa cruauté et son caractère irréversible, et elle est entachée d'arbitraire, de partialité et d'erreur.
Le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme, Volker Türk, a salué la décision sur X, exhortant les autres pays qui maintiennent encore la peine de mort à suivre l'exemple du Liban. Il a déclaré que la mesure représente un engagement ferme et déterminé en faveur du droit à la vie, dans un pays soumis à des attaques dévastatrices et subissant de lourdes pertes et une profonde douleur. Le secrétaire général du Conseil de l'Europe, Alain Berset, a qualifié cette décision d'historique et de très positive, notant qu'elle revêt une importance encore plus grande alors que la coopération avec le Liban est renforcée. Le gouvernement portugais a salué cette « décision courageuse », soulignant que le Portugal avait aboli la peine de mort en 1867.
Mise en œuvre et contexte
On ignore encore comment les travaux forcés aggravés seront appliqués, plusieurs législateurs ayant noté que les termes de la nouvelle sanction ne sont pas entièrement définis. Bien que la législation libanaise prévoie le travail forcé, cette mesure a rarement été appliquée ces dernières années en raison du manque de ressources et de la surpopulation carcérale. Le Hezbollah n'a pas commenté le vote, pas plus que les institutions religieuses du pays, dans les systèmes judiciaires desquels la peine de mort reste légale.
L'abolition intervient alors que le Parlement débat d'une loi d'amnistie générale controversée, décrite comme la plus importante depuis la fin de la guerre civile en 1990, qui pourrait réduire les peines ou libérer des miliciens et des trafiquants de drogue. Des proches de soldats et de membres des forces de sécurité tués dans des attaques islamistes ont protesté contre l'amnistie, affirmant qu'ils s'attendaient à ce que les responsables soient exécutés plutôt que de purger des peines de prison. La journaliste indépendante Meret Michel, basée à Beyrouth, a noté que le moratoire depuis 2004 était lié à des pressions internationales, notamment du Tribunal spécial des Nations Unies chargé d'enquêter sur l'assassinat de l'ancien Premier ministre Rafik Hariri, qui avait conditionné le moratoire à la non-exécution des peines. Elle a déclaré que l'abolition formelle est une avancée car un moratoire peut être levé à tout moment.
Paysage mondial
Selon le dernier rapport d'Amnesty International, près des trois quarts des pays du monde avaient aboli la peine de mort en droit ou en pratique en décembre 2025. L'organisation a recensé 2 707 exécutions en 2025, soit une hausse de 78 % par rapport à 1 518 en 2024, attribuant cette augmentation principalement à l'Iran, où les exécutions ont plus que doublé, passant de 972 en 2024 à au moins 2 159 en 2025. Les chiffres d'Amnesty excluent des milliers d'exécutions en Chine. Des exécutions ont eu lieu dans 17 pays, ce qui correspond aux plus bas historiques observés depuis 2018.
- Abolie pour tous les crimes
- 113 pays
- Abolie pour les crimes de droit commun uniquement
- 9 pays
- Abolition en pratique
- 23 pays
- Maintien
- 54 pays
- Total 2024
- 1518 exécutions
- Total 2025
- 2707 exécutions
- Iran 2024
- 972 exécutions
- Iran 2025
- 2159 exécutions


