
L'Algérie arrête le présumé fondateur de la DZ Mafia, Mehdi Laribi, une cible clé de la justice française
Mehdi Laribi, connu sous le nom de 'TIC', a été placé en garde à vue à Alger fin juillet sur mandat français, marquant une avancée dans la répression de la DZ Mafia basée à Marseille et un geste diplomatique entre Paris et Alger.
Arrestation et mandat
Mehdi Laribi, un Franco-Algérien connu sous le nom de "TIC" et décrit comme un membre fondateur de la DZ Mafia, a été arrêté à Alger fin juillet et placé sous contrôle judiciaire plutôt qu'en détention, ont indiqué des sources judiciaires à Franceinfo et à l'AFP le 5 août. Aucune date précise de l'arrestation n'a été rendue publique. L'arrestation a fait suite à un mandat international émis par le parquet de Marseille dans le cadre de l'enquête "Octopus", pour direction et organisation d'un groupe aux fins de trafic de stupéfiants, association de malfaiteurs, blanchiment d'argent et infractions à la législation sur les stupéfiants, des chefs d'accusation passibles de la réclusion à perpétuité. Laribi a 36 ans et possède la double nationalité franco-algérienne. Bessone a déclaré être "très satisfait" de l'arrestation, qualifiant Laribi de "quelqu'un qui est réputé être un présumé membre fondateur de la DZ Mafia et qui joue un rôle très important dans l'organisation."
Je suis très satisfait de cette arrestation. C'est en effet quelqu'un qui est réputé comme un présumé membre fondateur de la DZ Mafia et qui joue un rôle très important dans l'organisation.
L'enquête Octopus avait déjà conduit à une vaste opération dans le sud de la France en mars, impliquant environ 900 gendarmes, avec une quarantaine de personnes interpellées et 26 placées en examen. Parmi eux figuraient plusieurs présumés chefs de la DZ Mafia, dont Amine Oualane et Gabriel Ory, déjà incarcérés et soupçonnés d'avoir dirigé l'organisation depuis la détention.
Geste diplomatique
L'arrestation est interprétée comme un signal politique d'Alger, qui œuvre pour rétablir les liens avec Paris après une nette détérioration en 2024. Cette année-là, la France a soutenu un plan d'autonomie marocain pour le Sahara occidental, ce qui a incité l'Algérie à rappeler son ambassadeur. Les tensions se sont aggravées après l'arrestation à Alger de l'écrivain franco-algérien Boualem Sansal en novembre 2024 ; il a été gracié par le président Abdelmadjid Tebboune en novembre 2025. En mai, le ministre français de la Justice, Gérald Darmanin, s'est rendu à Alger pour discuter de la coopération contre la criminalité organisée avec son homologue Lotfi Boudjemaa. Darmanin a annoncé l'arrestation sur X mercredi matin et a remercié les autorités algériennes pour "ces progrès et cette coopération, en lien avec le parquet national antiterroriste et le parquet de Marseille".
Une cible prioritaire de la justice française dans la lutte contre la drogue et la criminalité organisée a été arrêtée en Algérie.
Bessone a noté que l'arrestation est intervenue "assez rapidement" après le mandat, démontrant une "grande coopération", et a attribué cela à l'engagement de Darmanin sur le dossier algérien.
L'emprise de la DZ Mafia
La DZ Mafia contrôle une grande partie du trafic de drogue à Marseille, plaque tournante des stupéfiants entrant en France, et s'est étendue à d'autres villes françaises. Le gang fonctionne comme un cartel avec plusieurs dirigeants, selon Bessone. Laribi est soupçonné d'avoir joué un rôle important dans la guerre entre la DZ Mafia et le clan rival Yoda, dont le chef présumé est Félix Bingui. Ce conflit a duré près d'un an et a fait 47 morts. Il a gardé un profil bas après 2023 et, selon les enquêteurs, dirige l'organisation depuis la rive sud de la Méditerranée depuis plusieurs années. L'organisation s'est diversifiée au-delà de la drogue dans l'extorsion d'entreprises, selon des sources policières. En novembre 2024, les autorités ont saisi un million d'euros en espèces auprès de plusieurs réseaux criminels, dont la DZ Mafia ; à l'automne 2025, elles ont saisi deux millions d'euros en espèces et six millions en lingots d'or.
Incertitude sur l'extradition
L'Algérie n'extrade pas ses ressortissants, et Laribi possède la double nationalité. Bessone a esquissé deux voies possibles : l'extradition vers la France, ou une dénonciation formelle par la justice française afin que Laribi puisse être jugé en Algérie. Les autorités judiciaires françaises ont soumis environ 10 demandes d'entraide judiciaire concernant des présumés chefs de la DZ Mafia qui se trouveraient en Algérie. Fabrice Rizzoli, spécialiste de la criminalité organisée, a déclaré à Franceinfo que l'arrestation était un coup dur mais ne perturberait pas l'approvisionnement en drogue. "Demain, il n'y aura pas de pénurie de drogue en France, surtout de cocaïne", a-t-il dit, notant que la DZ Mafia s'est déjà scindée en factions, dont la DZ Mafia Nouvelle Génération.
Il fallait le faire, il devait être arrêté, tout ne pouvait pas rester impuni. D'autant que les éléments de l'enquête semblent montrer qu'il jouait un rôle depuis l'Algérie.
La suite
Laribi reste sous contrôle judiciaire en Algérie tandis que les autorités françaises et algériennes déterminent les prochaines étapes judiciaires. L'arrestation est considérée comme un test de la coopération judiciaire renouvelée entre les deux pays, Darmanin ayant précédemment déclaré que la menace du trafic de drogue est au moins équivalente au terrorisme. Le procureur de Marseille a souligné que la DZ Mafia poursuit ses activités criminelles et qu'il serait "prématuré" de dire que Laribi s'est retiré de l'organisation.
- Opération dans le sud de la France : environ 900 gendarmes, une quarantaine de personnes interpellées, 26 mises en examen, parmi lesquelles les présumés chefs Amine Oualane et Gabriel Ory
- Le ministre de la Justice Gérald Darmanin se rend à Alger pour discuter de la coopération contre la criminalité organisée
- Laribi arrêté à Alger fin juillet sur mandat du procureur de Marseille et placé sous contrôle judiciaire ; aucune date précise n'a été rendue publique
- Arrestation confirmée publiquement par les sources judiciaires françaises et le procureur


