
Le Congrès espagnol abaisse les seuils pour les groupes parlementaires, facilitant la voie pour ERC et Junts
La réforme, approuvée avec les voix du PSOE, de Sumar et des alliés nationalistes, réduit le seuil national de 5 % à 3 % et le seuil provincial de 15 % à 10 %, tout en maintenant le minimum de cinq sièges.
Ce que change la réforme
Le Congrès espagnol a approuvé jeudi une modification de son règlement intérieur, abaissant les seuils électoraux requis pour que les partis politiques puissent former leurs propres groupes parlementaires. La réforme, qui modifie l'article 23 du règlement de 1982, a été soutenue par le PSOE au pouvoir, son partenaire junior Sumar, et un bloc de forces nationalistes et de gauche comprenant ERC, Junts, PNV, EH Bildu, Podemos et BNG. La droite PP, Vox et UPN ont voté contre. Selon les nouvelles règles, un parti a toujours besoin d'au moins cinq sièges, mais le seuil national alternatif passe de 5 % à 3 %, et l'exigence dans chaque province contestée tombe de 15 % à 10 %. Le changement prendra effet à partir de la prochaine législature.
Pourquoi c'était nécessaire
La réforme a été motivée par l'expérience de la législature actuelle. Après les élections générales de juillet 2023, ni ERC ni Junts n'atteignaient les anciens seuils : ERC a obtenu 13,1 % des voix en Catalogne, et Junts 11,1 %, tous deux en dessous de la barre provinciale de 15 %. Pour leur permettre de former des groupes, le PSOE et Sumar leur ont temporairement prêté plusieurs députés, une manœuvre que le Tribunal constitutionnel a ensuite approuvée mais que la droite a dénoncée comme une fraude. Avec les prochaines élections générales dans un an et les sondages pointant vers une possible majorité de droite, les partis qui dépendent du statut de groupe ont cherché une solution permanente. La réforme garantit que même si le PP et Vox contrôlent le bureau du Congrès à l'avenir, les petites formations auront une voie légale pour la reconnaissance de leur groupe sans recourir à des accords ad hoc.
Réaction de l'opposition
Le PP et Vox se sont farouchement opposés à ce changement, le qualifiant de « cadeau » aux alliés de Pedro Sánchez et accusant la gauche de créer des « groupes artificiels » qui faussent la proportionnalité parlementaire. Au cours du débat, ils ont prévenu que s'ils remportent une majorité, ils appliqueront les règles strictement et ne permettront pas le genre de prêt de députés qui a eu lieu en 2023. Le PP a également déposé un amendement visant à remplacer le principe d'équité entre les groupes par une proportionnalité stricte dans la répartition des subventions, du temps de parole et des ressources matérielles, mais il a été rejeté.
Avantages d'avoir un groupe
Former un groupe parlementaire comporte des avantages politiques et financiers importants. Il garantit à un parti sa propre voix dans tous les débats, au moins un siège dans chaque commission, la Députation permanente et la Conférence des porte-parole, et une question à chaque séance de contrôle du gouvernement. Sur le plan économique, il débloque des subventions publiques plus élevées et un financement pour les envois postaux aux électeurs. Sans statut de groupe, les députés sont relégués au Groupe mixte, où les ressources et la visibilité sont diluées.
Un schéma de modifications des règles
Le vote de jeudi marque la troisième réforme du règlement intérieur du Congrès au cours de cette législature. La première, approuvée plus tôt, autorisait l'utilisation des langues co-officielles dans les débats parlementaires, une autre concession aux partis nationalistes. La deuxième a introduit des normes de langage inclusif et un code de conduite permettant le retrait des accréditations de presse en cas de manquements graves. La dernière réforme a été enregistrée en mai et traitée en moins de deux mois, un rythme que les partis d'opposition ont critiqué comme précipité. Le même jour, la chambre basse a également rejeté la trajectoire de déficit du gouvernement pour la cinquième fois de ce mandat, soulignant la fragilité législative de l'administration Sánchez.
- Vote national (ancien)
- 5 %
- Vote national (nouveau)
- 3 %
- Vote provincial (ancien)
- 15 %
- Vote provincial (nouveau)
- 10 %


