
Un ingénieur français condamné à un an de détention à domicile pour avoir géré un site de pornographie deepfake
Un quadragénaire de 47 ans originaire de Nice a été condamné à deux ans de prison, dont un an avec sursis, pour avoir géré une plateforme hébergeant plus de 300 000 deepfakes sexuels de célébrités féminines.
La condamnation
Cyrille Bourgeois, un ingénieur informaticien jusqu’alors respectueux des lois, a été condamné le 7 juillet 2026 par le tribunal correctionnel de Paris à deux ans de prison, dont un an à exécuter sous bracelet électronique, et à 10 000 € d’amende. Le tribunal lui a également ordonné de verser 5 000 € de dommages et intérêts à chacune des 13 parties civiles. L’avocate de la défense, Me Sarah Girand, et l’avocat des parties civiles, Me Matthieu Davy, ont confirmé la peine. Le procureur avait requis trois ans de prison, dont deux avec sursis.
La plateforme
Depuis environ 2007, Bourgeois gérait CFake, un site web dédié à l’hébergement et au partage de deepfakes et photomontages pornographiques. Les enquêteurs ont découvert plus de 300 000 images et 7 000 vidéos, avec environ 50 nouveaux téléchargements par jour. Le site attirait jusqu’à 4 millions de visiteurs par mois et générait des revenus grâce à la publicité. Selon une déclaration du ministère américain de la Justice, qui a alerté les autorités françaises, les utilisateurs pouvaient parcourir le contenu à l’aide de mots-clés tels que « viol », « contrainte » et « dégradation ».
Les victimes
Les images sexuelles non consenties visaient près de 14 000 personnes dans le monde, dont 660 Françaises. Treize d’entre elles, principalement des célébrités et des personnalités publiques, ont engagé des actions civiles. Parmi elles figuraient Brigitte Macron, Audrey Tautou, Ségolène Royal, Christine Lagarde, Anne-Sophie Lapix et Karine Le Marchand. L’actrice Gwendolyn Gourvenec, la seule plaignante à avoir assisté au procès en personne, a déclaré au tribunal :
Je me sens sale, humiliée.
La déclaration du prévenu
Bourgeois a reconnu les faits dès sa première garde à vue début juin. Il a déclaré au tribunal qu’il avait créé le site comme un défi technique et qu’il avait ensuite constaté une évolution vers un contenu exclusivement sexuel sans rien faire pour l’inverser. Il a ajouté qu’il pensait agir « à la limite de la légalité ».
Au début, c’était un concours technique, pour voir si les gens aimaient mon travail. J’aurais dû réaliser le mal que je pouvais faire.
Contexte juridique
Le prévenu a été poursuivi en vertu de deux lois récemment adoptées : la gestion d’une plateforme en ligne permettant des transactions illicites, créée en 2023, et la distribution de contenu sexuel généré par algorithme reproduisant une personne identifiable sans consentement. Cette condamnation est l’une des premières sous ces nouvelles dispositions.


