
La Turquie cherche à vendre ses S-400 russes à un État du Golfe, ouvrant la voie au retour du F-35 et à la levée des sanctions
Un transfert potentiel des systèmes de défense aérienne russes S-400 de la Turquie vers un pays du Golfe pourrait ouvrir la voie à Ankara pour réintégrer le programme F-35 et à la levée des sanctions CAATSA, selon des responsables et des rapports médiatiques.
Une destination dans le Golfe pour les S-400
Des médias turcs affirment qu'Ankara a finalisé un accord pour vendre ses systèmes de missiles russes S-400 à un État du Golfe, une mesure destinée à lever le plus grand obstacle à la réintégration du programme d'avion de combat F-35. Le quotidien pro-gouvernemental Hürriyet, citant le chroniqueur Abdulkadir Selvi, a écrit que les derniers détails techniques ont été résolus tard jeudi et qu'une annonce officielle était attendue vendredi. L'annonce a cependant été annulée sans explication, a rapporté Middle East Eye, citant des sources russes et turques.
L'acheteur le plus probable reste flou. Les premiers rapports pointaient vers le Qatar, où la Turquie maintient une base militaire et entretient des liens étroits, mais des informations ultérieures de Middle East Eye indiquent que les négociations impliquent désormais les Émirats arabes unis. La Russie, qui doit approuver tout transfert en vertu de l'accord d'utilisateur final original, serait réceptive à une vente aux Émirats arabes unis, bien que les pourparlers ne soient pas encore conclus.
Je ne peux dire qu'une chose ici : c'est une question extrêmement sensible. Cependant, nous avons été en contact avec la partie turque à ce sujet et nous continuerons à maintenir le contact avec eux sur cette question.
Le labyrinthe des sanctions et juridique
La Turquie a été exclue du programme F-35 et frappée de sanctions CAATSA en 2019 après avoir pris livraison des S-400. La loi d'autorisation de la défense nationale (NDAA) de 2020 interdit explicitement le transfert de F-35 à la Turquie tant qu'elle possède les systèmes russes. Pour retrouver l'accès, la Turquie doit soit démanteler, soit exporter les S-400, puis obtenir à la fois une dérogation présidentielle à la CAATSA et une annulation par le Congrès de la disposition de la NDAA.
Le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, a exprimé son optimisme après le sommet de l'OTAN à Ankara, où le président américain Donald Trump a parlé chaleureusement de ses relations avec le président Recep Tayyip Erdogan. Fidan a déclaré qu'une fois la volonté politique existant au niveau des dirigeants, des progrès sur la CAATSA et les F-35 pourraient suivre. Il a toutefois reconnu que des obstacles législatifs subsistent.
Notre attente est exactement ce que M. Trump a exprimé. Depuis le premier instant, nous avons soutenu que des sanctions ne devraient pas être imposées entre alliés en toutes circonstances.
Le chemin de la réintégration
Des propositions antérieures visant à rendre les S-400 inopérants en retirant des composants clés et en les stockant sous supervision américaine ont été jugées insuffisantes comme solution permanente. Des discussions plus récentes, impliquant le secrétaire d'État Marco Rubio et Fidan, se sont orientées vers une vente pure et simple à un pays tiers. Rubio et Fidan auraient exclu le démantèlement ou le transfert vers une base américaine lors de leurs consultations.
Avant que la vente ne puisse ouvrir la voie à la livraison des F-35, plusieurs étapes sont nécessaires : une lettre du président Trump notifiant au Congrès du transfert, la levée formelle des sanctions CAATSA, et l'approbation du Pentagone et des autorités américaines compétentes. Les médias turcs notent qu'Ankara chercherait ensuite à obtenir la livraison des six F-35 qu'elle avait déjà payés avant son expulsion en 2019. Néanmoins, les analystes préviennent que les S-400 ne sont pas le seul obstacle ; les conditions techniques et industrielles pour la réintégration dans le programme restent à négocier.
La suite
Le calendrier de la saga des S-400 s'étend sur trois administrations. Après une rencontre chaleureuse au sommet de l'OTAN, Erdogan est resté évasif lorsqu'on l'a interrogé sur l'avenir des systèmes, se contentant de dire "continuez à nous regarder". Cette ambiguïté laisse la porte ouverte à un accord, mais aucun document final n'a été signé. Pendant ce temps, Moscou est engagé et ne s'oppose pas, mais traite la question avec une extrême délicatesse.
- La Turquie prend livraison des systèmes de défense aérienne russes S-400 ; les États-Unis suspendent la Turquie du programme F-35 et imposent des sanctions CAATSA.
- Le Congrès américain adopte la NDAA, interdisant formellement le transfert de F-35 à la Turquie tant qu'elle détient des S-400.
- Donald Trump retourne à la Maison-Blanche, signalant un désir de réparer les liens avec Ankara.
- Des négociations tardives auraient résolu les derniers obstacles à la vente des S-400 à un pays du Golfe, selon Hürriyet.
- L'annonce officielle attendue de la vente est annulée ; le ministre des Affaires étrangères Fidan évite tout commentaire direct sur les S-400, se concentrant sur la CAATSA et les espoirs pour le F-35.


