
La régularisation massive des migrants en Espagne suscite plus d'un million de demandes, bien au-delà des prévisions gouvernementales
Le programme exceptionnel de régularisation du gouvernement espagnol s'est clos mardi avec plus d'un million de demandes, soit environ le double de l'estimation initiale, le Premier ministre Pedro Sánchez présentant cette politique comme une nécessité économique pour un pays vieillissant.
Afflux de demandes
Le processus exceptionnel de régularisation des migrants en Espagne, lancé en avril, s'est achevé le 30 juin avec plus d'un million de demandes, a annoncé le Premier ministre Pedro Sánchez. Ce chiffre était environ deux fois supérieur aux 500 000 bénéficiaires initialement prévus par le gouvernement. Les ONG estiment le nombre de personnes couvertes encore plus élevé, autour de 1,3 million, tandis que la Cour suprême a noté que la mesure pourrait concerner jusqu'à 1,6 million de personnes. Le programme ciblait les étrangers en situation irrégulière entrés en Espagne avant le 1er janvier 2026, sans casier judiciaire et pouvant justifier de cinq mois de résidence ininterrompue. Les candidats retenus reçoivent un permis de résidence et de travail renouvelable d'un an.
- Le gouvernement annonce un plan exceptionnel de régularisation
- Ouverture de la période de dépôt des demandes
- Clôture avec plus d'un million de demandes
- Le gouvernement doit achever l'examen des demandes (délai de trois mois)
Le fait que plus d'un million de personnes aient déposé une demande montre à quel point cette mesure était nécessaire.
Justification économique
Sánchez et son gouvernement ont constamment présenté cette régularisation comme une stratégie économique et démographique, et non comme un simple geste humanitaire. L'Espagne a l'un des taux de natalité les plus bas d'Europe, et les décès dépassent les naissances parmi les mères résidentes depuis 2015. Le Premier ministre a prévenu que sans immigration, l'Espagne perdrait 19 % de son PIB d'ici 2050. L'exécutif soutient que l'intégration de centaines de milliers de travailleurs dans l'économie formelle augmentera les recettes fiscales et renforcera le système de sécurité sociale. Les récentes performances de l'économie espagnole, parmi les plus dynamiques de l'UE, ont été en partie attribuées à l'arrivée de plus de trois millions de personnes depuis la pandémie.
Sans immigration, l'Espagne perdrait 19 % de son PIB d'ici 2050.
Opposition politique et juridique
Le programme a suscité de vives critiques de la part de l'opposition conservatrice. Alberto Núñez Feijóo, chef du Parti populaire centriste, a rejeté la mesure comme inhumaine, injuste, dangereuse et insoutenable, avertissant qu'elle pourrait surcharger les infrastructures et aggraver la pénurie de logements. Santiago Abascal du parti d'extrême droite Vox a qualifié la mesure d'invasion. La Cour suprême a proposé de soumettre une question à la Cour de justice de l'UE pour savoir si cette régularisation est conforme au droit européen, suite aux recours des gouvernements régionaux de Valence et d'Aragon. La Cour estime que le dispositif pourrait constituer un régime de régularisation générale sans la coordination requise avec les institutions européennes.
C'est inhumain, c'est injuste, c'est dangereux et c'est insoutenable.
Large soutien social
Malgré la controverse politique, la régularisation bénéficie du soutien des associations patronales, des syndicats, de l'Église catholique et de nombreuses ONG. Sánchez a utilisé ce consensus pour répondre aux critiques européennes, conseillant récemment à ses homologues de l'UE d'en discuter avec le Vatican. Il a insisté sur le fait que l'Espagne veut être considérée comme un pays qui respecte, protège et garantit les droits de l'homme.
L'Espagne respecte, protège et garantit les droits de l'homme.
Plan d'intégration et prochaines étapes
Parallèlement à la régularisation, Sánchez a présenté un « Plan d'intégration et de citoyenneté » comprenant 16 mesures et 10 objectifs, doté de 505 millions d'euros. Les critiques estiment cependant que le plan arrive tard et est insuffisant. Le gouvernement dispose désormais de trois mois pour traiter les demandes, un défi logistique qui mettra à l'épreuve la capacité des bureaux d'immigration déjà sous tension.


