
Le Conseil constitutionnel français censure l'interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 15 ans
Le Conseil constitutionnel français a jugé que la loi constituait une ingérence disproportionnée dans la liberté d'expression, quelques semaines après son adoption à une large majorité par le Parlement.
Le Conseil constitutionnel censure l'interdiction
Le Conseil constitutionnel français a jugé vendredi 14 août que l'interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 15 ans, adoptée par le Parlement le 21 juillet, constitue une « ingérence disproportionnée » dans la liberté d'expression et de communication. Le Conseil a déclaré l'article 1er de la loi, son cœur, inconstitutionnel, en se référant à l'article 11 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789. Le Conseil a reconnu l'obligation constitutionnelle de protéger l'enfance et a admis que l'État souhaitait protéger les plus jeunes mineurs des risques de certaines fonctions des réseaux sociaux en ligne. Il a cependant estimé que la loi était trop largement cadrée, notant qu'elle couvrirait des services de communication en ligne où les risques pour la santé et la sécurité des mineurs n'ont pas été démontrés. La loi aurait concerné des plateformes comme TikTok, Instagram, Snapchat, X, YouTube, les messageries et certains jeux vidéo en ligne.
Le Conseil a relevé que les services en ligne jouent un rôle important dans la participation démocratique et l'échange d'idées et d'opinions. Il a critiqué le fait que l'interdiction ne distinguait pas suffisamment entre les fonctions et le contenu des différentes plateformes, ni entre l'âge, la maturité ou la situation familiale des jeunes concernés. Les représentants légaux ne pouvaient pas assouplir l'interdiction ni accorder d'exceptions au cas par cas.
Vérification de l'âge et protection de la vie privée
Le Conseil s'est également opposé au mécanisme de vérification de l'âge. Pour refuser l'accès aux mineurs aux services en ligne, chaque utilisateur, y compris les adultes, aurait dû s'identifier avant toute utilisation. Le législateur n'avait pas suffisamment défini les conditions et les limites de ce système de vérification, ni prévu de garanties suffisantes en matière de protection de la vie privée. Les garanties légales nécessaires au droit au respect de la vie privée n'étaient donc pas assurées.
Contexte politique et contestation
La loi a été adoptée par l'Assemblée nationale et le Sénat en juillet à une large majorité et constituait l'une des priorités nationales les plus importantes du président Emmanuel Macron. La France était le premier pays de l'UE à adopter une telle interdiction. Les partis de gauche La France insoumise (LFI) et les Socialistes avaient contesté la loi devant le Conseil constitutionnel, arguant qu'elle portait atteinte à la liberté d'expression et à la vie privée. Le Conseil a statué en faveur des requérants sur tous les points, fondant sa décision sur la liberté d'expression garantie par la Constitution française.
La loi devait entrer en vigueur le 1er septembre pour les comptes nouvellement créés et le 1er janvier 2027 pour les comptes existants. Elle incluait également un élargissement de l'interdiction des téléphones portables dans les établissements scolaires, sur lequel le Conseil ne s'est pas prononcé.
- Le Parlement adopte à une large majorité l'interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 15 ans
- Le Conseil constitutionnel censure la loi comme inconstitutionnelle
- Date d'entrée en vigueur initiale pour les nouveaux comptes (désormais caduque)
- Date d'entrée en vigueur initiale pour les comptes existants (désormais caduque)
- Macron vise une mise en œuvre de la loi révisée
Macron promet une révision
Le cabinet de Macron a annoncé qu'il a chargé le Premier ministre Sébastien Lecornu de réécrire le projet de loi pour qu'il résiste à un examen constitutionnel, visant une mise en œuvre avant le printemps 2027. La révision devra tenir compte de la décision du Conseil et du droit européen. Les décisions du Conseil constitutionnel ne sont pas susceptibles de recours.
Après l'adoption de la loi par le Parlement en juillet, Macron avait déclaré son pays pionnier en Europe.
La France ouvre ainsi la voie en Europe pour la protection de nos enfants et de nos jeunes.
Contexte européen et mondial
Plusieurs États membres de l'UE, dont l'Espagne, la Grèce et l'Autriche, prévoient des restrictions similaires des réseaux sociaux. Dans le monde, l'Australie, le Brésil, l'Indonésie et plusieurs autres pays ont déjà mis en place des interdictions des réseaux sociaux pour les enfants et les jeunes. Selon l'autorité sanitaire nationale française, l'utilisation des réseaux sociaux nuit considérablement à la santé mentale des adolescents.


