
La France transfère 1,7 milliard d'euros de frais de santé aux mutuelles et double le plafond des franchises médicales
La ministre de la Santé, Stéphanie Rist, a envoyé quatre décrets au conseil de l'assurance maladie vendredi, réduisant la part de l'État dans le remboursement des soins dentaires, des transports et des médicaments, tout en doublant le plafond annuel des franchises à 200 euros.
Le gouvernement transfère les coûts aux assureurs
Vendredi 24 juillet, la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, a annoncé l'envoi de quatre décrets au conseil de l'assurance maladie pour consultation. Les textes modifient la répartition des remboursements entre l'Assurance maladie publique et les mutuelles pour trois catégories : les consultations de chirurgiens-dentistes, les transports sanitaires et les médicaments jugés les moins efficaces. Cette mesure s'inscrit dans un effort plus large pour réduire un déficit de la sécurité sociale désormais estimé à 23,2 milliards d'euros pour 2026, un chiffre supérieur aux prévisions antérieures. Le mois dernier, le FIPS, qui regroupe les assureurs complémentaires gérés par les partenaires sociaux, avait signalé que l'exécutif entendait fortement relever le « ticket modérateur », la part laissée à la charge du patient après remboursement de l'État, sur les actes médicaux par voie réglementaire cet été.
Les mutuelles préviennent d'une hausse des cotisations
La Mutualité Française, la fédération représentant la plupart des mutuelles, a estimé le transfert de coûts entre 1,5 et 1,7 milliard d'euros. Son président, Éric Chenut, a prévenu que les assurés en supporteraient le coût.
Il n'y a pas d'argent magique dans les mutuelles. Nous devrons trouver des moyens d'ajuster les cotisations aussi étroitement que possible.
Chenut a noté que ce transfert s'ajoute à une hausse de 6 % des dépenses de santé complémentaires depuis le début de l'année. Il a également remis en question la clarté de la réforme pour les patients, arguant qu'un médicament devrait être soit utile et remboursé, soit ne pas l'être, plutôt que d'être soumis à des taux de remboursement variables de 5 %, 15 % ou 65 %.
Le plafond des franchises doublé
La veille, jeudi, le gouvernement a annoncé le doublement du plafond annuel des franchises médicales et des forfaits. Le plafond passe de 100 à 200 euros par personne et par an, s'appliquant à chaque boîte de médicament, acte paramédical, transport et consultation médicale. La ministre a justifié cette augmentation comme nécessaire pour financer l'investissement hospitalier, l'accès aux soins et le développement des médicaments les plus efficaces.
- Avant juillet 2026
- 100 €
- Après juillet 2026
- 200 €
Les associations de patients dénoncent une « erreur monumentale »
France Assos Santé, une fédération d'une centaine d'associations de patients, a réagi vivement. Son président, Gérard Raymond, a qualifié l'augmentation du plafond des franchises d'« erreur monumentale » qui pénaliserait les plus vulnérables.
Pour les personnes les plus malades, c'est une double, triple, quadruple peine. Elles sont déjà malades, font face à des frais élevés, peinent à trouver des médecins, et sont maintenant montrées du doigt parce qu'elles coûtent de l'argent.
Raymond a prévenu que ces mesures engendreraient de la méfiance, conduiraient à un renoncement aux soins et créeraient de l'incompréhension chez des patients qui paient plus sans voir la qualité s'améliorer. Il a suggéré d'examiner pourquoi certains patients nécessitent 50 boîtes de médicaments ou plus de 25 consultations par an, et de revoir les prescriptions dans les maisons de retraite.
La pression du déficit pousse à l'austérité
Les deux annonces du gouvernement reflètent une pression budgétaire croissante. Le déficit de la sécurité sociale s'est creusé au-delà des projections antérieures, et l'exécutif cherche des économies avant le débat parlementaire sur le budget de la santé. Alors que le gouvernement affirme qu'il veillera à ce que toute augmentation des cotisations reste « limitée », les assureurs insistent sur le fait qu'un transfert de cette ampleur ne peut être absorbé sans conséquences pour les assurés. La Mutualité Française a déclaré que « ces décisions auront inévitablement des conséquences pour les assurés », car toute dépense de santé transférée continue d'être financée par les Français, soit directement, soit par des cotisations complémentaires plus élevées.

