La France accélère le projet de loi « casseurs-payeurs » pour instaurer une responsabilité collective après les manifestations lycéennes
Le gouvernement français a avancé l'examen au Sénat d'un projet de loi instaurant une responsabilité financière collective pouvant atteindre 10 000 euros pour les participants à des attroupements violents, après une vague de troubles dans les lycées.
Calendrier législatif accéléré
Le gouvernement français a décidé d'avancer à fin octobre 2026 l'examen parlementaire au Sénat du projet de loi « casseurs-payeurs ». Le Premier ministre Sébastien Lecornu a engagé cette accélération du calendrier après deux semaines de manifestations lycéennes dans le pays, qui ont entraîné d'importantes destructions de biens. Le texte avait été présenté initialement en Conseil des ministres le 16 septembre 2026 pour compléter le dispositif « Ripost » antérieur, que les élus régionaux jugeaient insuffisamment garant pour l'indemnisation financière. Les responsables gouvernementaux ont accéléré le débat après la rencontre, le 2 octobre 2026, entre le ministre de l'Éducation nationale Édouard Geffray et des représentants lycéens. L'objectif est de simplifier les procédures de recouvrement pour les communes, les collectivités et les entreprises locales confrontées à des frais de réparation croissants.
- La France adopte une loi permettant à l'État de récupérer les dommages causés lors d'émeutes
- Le Parlement supprime la condition de cohabitation pour la responsabilité civile des parents
- Le gouvernement présente en Conseil des ministres le projet de loi « casseurs-payeurs » en cinq articles
- Les ministres rencontrent les syndicats lycéens et donnent des instructions aux procureurs sur la responsabilité parentale
- Le Sénat ouvre un débat accéléré sur le projet de loi sur la responsabilité collective
Dispositions sur la responsabilité financière collective
Le texte de cinq articles instaure une responsabilité civile collective pour les personnes présentes au sein d'attroupements qui commettent des violences ou des dégradations. Selon les règles proposées, toute personne qui demeure volontairement dans un attroupement violent peut être tenue solidairement responsable des dommages à hauteur d'un plafond de 10 000 euros, sans que le parquet ait à prouver une participation personnelle directe à des actes de destruction précis. Pour les mineurs qui contractent une dette financière, la loi introduit des obligations de service communautaire réparateur, à effectuer au profit de l'État. Le texte prévoit aussi la possibilité de saisir les allocations familiales et l'aide personnalisée au logement (APL), même si des représentants du gouvernement ont déclaré ne pas soutenir l'application de cette clause de saisie d'une prestation sociale. Des juristes relèvent que la loi de 2019 sur le recours de l'État a largement échoué en raison d'obstacles administratifs d'identification.
La loi de 2019 n'a pas fonctionné parce qu'il manquait une étape, dans la mesure où le législateur n'a pas donné à l'administration les moyens d'identifier les auteurs des dégâts.
Débat constitutionnel et responsabilité parentale
Le glissement vers une responsabilité collective présumée a suscité des réserves formelles du Conseil d'État et les critiques des praticiens du droit. L'avocat au barreau de Paris Reda Kohen souligne que tenir des participants financièrement responsables des actes d'autrui remet en cause des protections juridiques fondamentales en matière de procès équitable et de responsabilité individuelle.
La présomption d'innocence est un principe fondamental du droit français, dans le cadre du droit à un procès équitable. Par conséquent, nécessairement, établir une présomption de culpabilité est évidemment contraire à tous les droits et libertés fondamentaux dans ce pays.
En parallèle, le ministre de la Justice Gérald Darmanin a demandé le 2 octobre 2026 aux procureurs de la République de faire jouer la responsabilité civile des parents d'émeutiers mineurs. En vertu de l'article 1240 du code civil et de la réforme de 2025 adoptée sous Gabriel Attal, les parents restent civilement responsables, qu'ils cohabitent ou non avec le mineur. Gérald Darmanin a insisté sur les devoirs parentaux lors d'une prise de parole publique, déclarant que les familles doivent payer pour les dégâts causés par les adolescents.
Estimations régionales des dégâts et réactions locales
Les collectivités de plusieurs régions françaises ont fait état de destructions de biens supérieures à plusieurs dizaines de millions d'euros après deux semaines de manifestations. Fabrice Pannekoucke, président du conseil régional d'Auvergne-Rhône-Alpes, a estimé la facture de réparation de la région entre 25 et 30 millions d'euros après des attaques contre des bâtiments scolaires. En Île-de-France, les autorités régionales ont chiffré les dégâts à 7 millions d'euros. Les responsables régionaux des Pays de la Loire ont évalué les coûts de réparation au lycée Nelson-Mandela de Nantes à au moins 2 millions d'euros. Le président du conseil régional du Grand Est, Franck Leroy, soutient les modifications législatives, estimant que les élèves qui choisissent de rester aux côtés de groupes violents partagent activement la responsabilité des destructions qui en résultent.


