
La DGSI remplace Palantir par la française ChapsVision pour des raisons de souveraineté numérique
Le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé ce changement mardi, le présentant comme une étape nécessaire pour réduire la dépendance stratégique vis-à-vis de la technologie américaine, après la récente restriction par Washington de l'accès aux modèles d'IA d'Anthropic pour les utilisateurs non américains.
L'annonce
Le 16 juin 2026, le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé que la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) avait sélectionné l'entreprise française ChapsVision pour remplacer le géant américain de la technologie Palantir pour ses besoins d'analyse de données. Dans une vidéo publiée la veille de la conférence VivaTech, Lecornu a déclaré que l'agence avait « retenu » ChapsVision pour « substituer le géant américain Palantir ». Le changement ne se fera pas du jour au lendemain : le contrat de Palantir, renouvelé en décembre 2025 jusqu'en 2028, « reste pleinement en vigueur » pendant une transition qui devrait prendre plusieurs années. Le cabinet de Lecornu a précisé que les outils de Palantir continueraient d'être utilisés jusqu'à ce que ceux de ChapsVision soient pleinement intégrés, « afin d'éviter un trou capacitaire ».
Nous devons utiliser nos propres modèles d'IA ; nous ne pouvons pas accepter de nouvelles dépendances stratégiques dans le domaine numérique.
Des préoccupations de souveraineté
La décision a été présentée comme une étape nécessaire vers « l'autonomie stratégique ». Lecornu a fait valoir que la France ne pouvait pas « compter sur des outils développés par des puissances étrangères » et devait « construire une véritable autonomie » pour éviter de dépendre de partenaires qui pourraient « fermer le robinet d'accès » à l'IA. Cette décision intervient une semaine seulement après que l'administration Trump a ordonné à Anthropic de suspendre l'accès de tous les ressortissants étrangers à ses modèles d'IA les plus puissants, Claude Fable 5 et Mythos 5, invoquant la sécurité nationale. Cette restriction a alarmé plusieurs candidats déclarés et potentiels à l'élection présidentielle française de 2027, qui ont appelé à une prise de distance avec les États-Unis dans le développement de l'IA.
Nous ne pouvons pas compter sur des outils développés par des puissances étrangères. La France doit avoir ses propres outils.
Un rejet européen
La France n'est pas seule. Les gouvernements européens sont de plus en plus méfiants à l'égard de la dépendance aux plateformes technologiques américaines, en particulier Palantir, cofondée par le milliardaire Peter Thiel avec le soutien de la CIA. L'armée allemande a déjà annoncé qu'elle cesserait d'utiliser Palantir, et le service de sécurité intérieure allemand, le BfV, aurait également choisi ChapsVision. Au Royaume-Uni, le National Health Service examine son contrat de données de 330 millions de livres sterling avec Palantir sous la pression politique et parlementaire, tandis que le maire de Londres, Sadiq Khan, a bloqué un projet de contrat de 50 millions de livres sterling avec la police métropolitaine pour des raisons de rapport qualité-prix et de passation de marchés.
Le contrat reste pleinement en vigueur.
L'ascension de ChapsVision
Fondée en 2019 par Olivier Dellenbach, ChapsVision a généré 200 millions d'euros de revenus en 2025, une fraction des 4,5 milliards de dollars de Palantir. Néanmoins, elle se positionne comme une alternative européenne crédible pour « l'IA et les données de confiance ». L'entreprise affirme qu'elle deviendra la « fondation technologique » pour le traitement des données critiques de plusieurs agences publiques françaises. La DGSI, qui cherchait une alternative nationale depuis 2018 sous la direction de Laurent Nuñez, a sélectionné ChapsVision dans le cadre d'un partenariat d'innovation lancé en 2022 qui couvre également d'autres services de renseignement, les douanes, la police et la gendarmerie.
La suite
Lecornu a également dévoilé un investissement plus large de 655 millions d'euros dans l'intelligence artificielle, comprenant un chatbot partagé pour tous les services de l'État, un chatbot de santé publique pour l'Assurance maladie (Ameli) et une nouvelle plateforme numérique pour simplifier l'accès aux données publiques. La transition depuis Palantir prendra des années. L'entreprise américaine insiste sur le fait que ses outils resteront en place aussi longtemps que la France en aura besoin, et l'horizon 2028 suggère qu'il n'y aura pas de perturbation immédiate des opérations de la DGSI.
- La DGSI commence à utiliser Palantir pour l'analyse de données.
- La DGSI, sous la direction de Laurent Nuñez, commence à chercher une alternative française.
- Lancement d'un partenariat d'innovation pour trouver des remplacements nationaux.
- Renouvellement du contrat de Palantir jusqu'en 2028.
- Le Premier ministre Lecornu annonce que ChapsVision a été sélectionnée pour remplacer Palantir.
- Début prévu de la transition complète vers ChapsVision.

