
La Cour allemande juge l'annulation massive des promesses d'admission afghanes inconstitutionnelle et ordonne un réexamen au cas par cas
La Cour constitutionnelle fédérale a jugé que l'ordonnance du ministère de l'Intérieur de décembre 2025 annulant environ 640 promesses sans examen individuel violait l'interdiction de l'arbitraire. Le dossier d'une mère afghane et de ses deux fils va désormais être réexaminé.
## Contexte En août 2021, alors que les forces internationales se retiraient d'Afghanistan, les talibans islamistes ont repris le pouvoir. Le gouvernement allemand a répondu en lançant des programmes d'admission pour d'anciens employés locaux d'institutions allemandes et d'autres personnes jugées particulièrement à risque. En vertu de la loi allemande sur le séjour, un titre de séjour doit être accordé si le ministère de l'Intérieur a déclaré l'admission pour défendre des intérêts politiques. Nombre de ceux à qui une protection a été promise ont été relocalisés au Pakistan, où ils attendent depuis des mois ou des années leurs visas. En mai 2025, le gouvernement de coalition CDU/CSU et SPD a temporairement suspendu les programmes. Le 22 décembre 2025, le ministère de l'Intérieur est allé plus loin, révoquant toutes les promesses d'admission pour environ 640 Afghans du programme dit de transition et de la liste des droits de l'homme, arguant qu'il n'y avait plus d'intérêt politique à leur admission. L'ordonnance du ministère a annulé les promesses sans examiner chaque cas individuellement.
La décision de la Cour
Le 24 juillet 2026, la Cour constitutionnelle fédérale de Karlsruhe a jugé que cette annulation collective était arbitraire et violait l'interdiction constitutionnelle de l'arbitraire. La Cour a donné raison à une plainte déposée par une mère afghane et ses deux fils mineurs, à qui l'admission avait été promise en 2021. Les juges ont estimé que l'ordonnance de révocation du ministère de décembre 2025 ne satisfaisait pas aux exigences de l'interdiction de l'arbitraire car elle n'examinait pas chaque cas individuellement. La Cour a souligné que même lorsque l'exécutif dispose d'un large pouvoir discrétionnaire, il n'est jamais totalement libre, et que l'interdiction de l'arbitraire exige un examen au cas par cas.
La déclaration de révocation du ministère de l'Intérieur de décembre 2025 ne satisfait pas aux exigences de l'interdiction de l'arbitraire.
Une fois qu'une personne a été informée de son admission, les circonstances individuelles doivent être examinées avant que la promesse puisse être retirée. L'affaire a été renvoyée devant la Cour administrative supérieure de Berlin-Brandebourg pour une nouvelle décision.
Obligations envers les personnes au Pakistan
La Cour constitutionnelle a ordonné au ministère de l'Intérieur de continuer à soutenir les Afghans actuellement au Pakistan jusqu'à ce qu'ils soient admis en Allemagne ou que le ministère émette une révocation conforme à la Constitution. L'Allemagne doit également s'engager auprès du gouvernement pakistanais pour empêcher que les plaignants ne soient arrêtés ou expulsés vers l'Afghanistan. La Cour a explicitement interdit la cessation arbitraire du soutien volontaire. La Cour administrative supérieure devra également statuer sur des mesures provisoires pour garantir la poursuite de l'aide.
Portée plus large
La Société pour les droits civils (GFF) a déclaré que cette affaire est l'une des 31 plaintes constitutionnelles déposées à l'aide d'une plainte type préparée par l'organisation. Cette décision, la première à être tranchée parmi elles, pourrait avoir un effet positif sur le sort d'environ 400 autres Afghans dans des situations similaires. La décision établit que les promesses d'admission faites dans le cadre de programmes humanitaires ne peuvent être révoquées en masse sans examen individuel, et que le pouvoir discrétionnaire du gouvernement est limité par l'interdiction constitutionnelle de l'arbitraire.
- Les talibans reprennent le pouvoir ; l'Allemagne promet l'admission aux Afghans à risque.
- Le gouvernement allemand suspend temporairement les programmes d'admission.
- Le ministère de l'Intérieur révoque toutes les promesses d'admission pour environ 640 Afghans.
- La Cour constitutionnelle juge la révocation collective arbitraire et ordonne un réexamen au cas par cas.
