
157 migrants secourus d'un bateau en feu dans la Manche, l'une des plus grandes opérations depuis 2018
Des navires de sauvetage français et britanniques ont secouru 152 personnes d'un bateau de migrants surchargé dont le moteur a pris feu, après que cinq autres avaient été évacués dans la nuit sur la frontière maritime franco-britannique tôt mardi, dans l'une des plus grandes opérations de sauvetage dans la Manche depuis le début des traversées en 2018.
L'incendie en mer
Un bateau de migrants parti de la côte normande lundi soir a pris feu tôt mardi matin alors qu'il se trouvait encore dans la zone de sauvetage française mais s'approchait des eaux britanniques. Le moteur s'est enflammé, l'embarcation a commencé à se disloquer et certains passagers ont sauté à la mer. Deux navires français, deux navires de la Border Force britannique, un canot de sauvetage du RNLI et un hélicoptère ont convergé sur les lieux. Les 152 personnes encore à bord ont été extraites du bateau et de l'eau et emmenées à Boulogne-sur-Mer, portant à 157 le nombre de personnes secourues de l'embarcation lors des deux opérations, où les services officiels et les associations d'aide aux migrants les recevaient. La préfecture du Pas-de-Calais a indiqué qu'aucun décès n'avait été enregistré à ce stade.
Un sauvetage qui a failli ne pas avoir lieu
Quelques heures avant l'incendie, dans la nuit de lundi à mardi, une équipe de sauvetage française avait déjà approché le même bateau et évacué cinq passagers qui avaient demandé de l'aide. Les occupants restants ont refusé l'assistance proposée et ont continué vers le Royaume-Uni. La préfecture maritime de la Manche et de la mer du Nord a décrit un dilemme récurrent : les migrants déterminés à atteindre la Grande-Bretagne rejettent les offres de sauvetage françaises sauf en situation extrême, et les autorités ont décidé de ne pas forcer les transferts vers les navires d'État de peur de provoquer un naufrage sur des embarcations structurellement instables et surchargées.
Déterminés à atteindre le Royaume-Uni, les migrants tentent de traverser la Manche sur des bateaux peu fiables et refusent l'assistance de la France, sauf en situation extrême. Compte tenu de l'instabilité structurelle des embarcations surchargées, les autorités ont décidé de ne pas forcer les migrants à monter à bord des navires de sauvetage de l'État, afin de ne pas mettre leur vie en danger en cas de naufrage.
Des bateaux plus grands, des risques plus grands
La préfecture de Cherbourg a signalé une tendance vers des canots pneumatiques plus grands, désormais longs de 12 mètres contre 8 à 10 mètres auparavant. Au début de 2026, les autorités françaises ont enregistré une moyenne de 65 personnes par bateau, contre 26 en 2021. Le rapport annuel 2025 a noté dix bateaux transportant chacun plus de 100 migrants, et le journal Ouest-France a récemment fait état d'une embarcation avec environ 150 personnes à bord. La Manche reste l'une des voies maritimes les plus fréquentées au monde, ce qui aggrave le danger pour les petites embarcations surchargées.
Le bilan humain et les chiffres
Au moins 15 personnes sont mortes en tentant la traversée depuis le début de 2026, selon un décompte de l'AFP. Quatre migrants ont perdu la vie aussi récemment que jeudi. En 2025, la préfecture a enregistré 25 décès et les services de sauvetage français ont sauvé 6 177 personnes de la noyade. Les données du gouvernement britannique montrent que 14 526 personnes ont atteint la Grande-Bretagne via la Manche jusqu'à présent cette année, soit une baisse de 43 % par rapport aux 25 436 enregistrées sur la même période l'an dernier. Sur l'ensemble de 2025, 41 000 migrants sont arrivés sur les côtes britanniques.
Réaction politique
Le nouveau Premier ministre britannique Andy Burnham, en fonction depuis le 20 juillet, avait promis la veille de l'incendie que son gouvernement serait « impitoyable » pour stopper les arrivées en petits bateaux. Plus de 2 000 personnes ont traversé depuis son entrée en fonction. Le chef de Reform UK, Nigel Farage, a répondu à l'incident sur X, appelant à mettre fin aux traversées et promouvant le plan de son parti. Farage a déjà proposé d'utiliser la Royal Navy pour renvoyer les migrants sur le territoire français ou belge dans le cadre d'un plan appelé Opération Forteresse. Amnesty International a fait valoir que les règles actuelles du Royaume-Uni, qui exigent généralement qu'une personne soit dans le pays pour déposer une demande d'asile, rendent impossible pour les personnes à l'étranger de demander une protection, malgré le fait que la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés reconnaît que ceux qui fuient les persécutions peuvent avoir besoin d'emprunter des voies irrégulières.
Nous devons mettre un terme à cela. Notre plan sauvera des vies.
- Le bateau quitte la côte normande en direction du Royaume-Uni avec 157 personnes à bord.
- Les sauveteurs français évacuent 5 passagers ; les 152 restants refusent l'assistance.
- Le moteur prend feu près de la frontière maritime franco-britannique ; les passagers sautent à la mer.
- Les navires français et britanniques embarquent les 152 restants et les transportent à Boulogne-sur-Mer.
La suite
Les 157 personnes qui avaient pris place sur le bateau étaient prises en charge à Boulogne-sur-Mer. La préfecture a confirmé qu'aucun décès n'avait été signalé au moment de la déclaration. L'incident renforce le schéma décrit par les autorités françaises : les traversées prennent de l'ampleur, les bateaux sont plus bondés, et le refus de l'assistance jusqu'à ce qu'une crise éclate reste la norme opérationnelle.


