
Le Parlement européen retire l'immunité du député italien Fulvio Martusciello dans l'enquête sur le lobbying de Huawei
L'assemblée plénière de Strasbourg a voté par 344 voix contre 234 en faveur de la levée de l'immunité parlementaire de Fulvio Martusciello (Forza Italia), ouvrant la voie à une enquête des procureurs belges pour soupçons de lobbying illicite en faveur du géant chinois des télécommunications.
Le vote à Strasbourg
Le Parlement européen a voté mardi la levée de l'immunité parlementaire de Fulvio Martusciello, chef de la délégation de Forza Italia au sein de l'hémicycle. La décision, prise par scrutin secret avec 344 voix pour, 234 contre et 25 abstentions, confirme la recommandation formulée le 3 juin par la commission des affaires juridiques du Parlement (JURI). L'écart s'est considérablement creusé par rapport au stade de la commission, où l'écart n'était que de trois voix, ce qui soulève des questions sur d'éventuelles défections au sein du Parti populaire européen et du groupe ECR, dont les membres ont bénéficié d'un vote libre.
Trois autres eurodéputés visés par la même enquête belge ont conservé leur immunité : Salvatore De Meo (Forza Italia), le socialiste maltais Daniel Attard et le libéral bulgare Nikola Minchev. La plénière a suivi l'avis de la commission JURI selon lequel les autorités belges n'avaient pas fourni de preuves suffisantes pour justifier la levée de leur immunité.
Je n'ai aucun doute sur sa conduite et sa non-implication dans les faits contestés.
L'enquête sur Huawei
L'enquête, qui a éclaté au grand jour en mars 2025 avec des perquisitions en Belgique, au Portugal et dans d'autres pays européens, porte sur des soupçons de corruption active, de faux en écriture et de blanchiment d'argent au Parlement européen. Les procureurs fédéraux belges allèguent que Huawei a cherché à influencer la prise de décision de l'UE par l'intermédiaire d'un réseau de consultants, de lobbyistes et d'intermédiaires chargés d'entretenir des relations avec les eurodéputés et leur personnel. Les avantages présumés comprenaient des invitations à des événements sportifs, des voyages, des services d'hôtellerie et d'autres avantages.
Avant le vote, Martusciello a diffusé à ses collègues eurodéputés un document, consulté par POLITICO, dénonçant ce qu'il a appelé la « négligence » et la « superficialité » des accusations du procureur. Il a déclaré que les virements bancaires que les procureurs prétendent provenir de Huawei étaient en réalité des remboursements d'un prêt qu'il avait accordé à un ami. Il nie toute faute.
- Le parquet belge ouvre une enquête pour corruption active, faux en écriture et blanchiment d'argent au Parlement européen, avec des perquisitions en Belgique, au Portugal et dans d'autres pays de l'UE.
- La commission des affaires juridiques du Parlement européen (JURI) vote en faveur de la levée de l'immunité de Martusciello avec une marge de trois voix.
- La plénière de Strasbourg vote par 344 voix pour, 234 contre et 25 abstentions en faveur de la levée de l'immunité de Martusciello. De Meo, Attard et Minchev conservent la leur.
Les accusations contre Martusciello
La presse italienne détaille deux volets de la conduite présumée. L'un concerne des soupçons de pressions exercées sur des fonctionnaires de la Commission européenne pour ouvrir une brèche dans le pare-feu de Bruxelles contre les équipements 5G de Huawei. L'autre est centré sur ce que les procureurs décrivent comme un « pacte corruptif » : Martusciello aurait veillé à ce que des étudiants de l'Université de Campanie "Luigi Vanvitelli" puissent participer à la Huawei Academy, en échange du soutien de l'entreprise à sa réélection au Parlement européen.
Les procureurs estiment que certains collaborateurs proches de Martusciello auraient pu jouer un rôle dans la relation entre Huawei et le Parlement européen. La levée de l'immunité ne constitue pas une constatation de culpabilité ; elle permet simplement au parquet belge de poursuivre son enquête sans les restrictions liées au statut d'eurodéputé.
Répercussions politiques pour Forza Italia
Ce vote est un second coup dur pour Forza Italia en l'espace de quelques jours, après l'enquête pour agression sexuelle ouverte par le parquet de Rome contre le sénateur Francesco Silvestro. Silvestro était considéré comme le challenger de Martusciello pour le congrès régional du parti en Campanie, qui devait se tenir dans les mois à venir, malgré les appels de proches de Marina Berlusconi à suspendre les élections internes. Les deux candidats sont désormais considérés comme hors course, ce qui pourrait conduire à un gel de l'assemblée de Campanie.
Le leader de Forza Italia, Antonio Tajani, également vice-Premier ministre italien, a immédiatement resserré les rangs autour de son chef de délégation. Le président du PPE, Manfred Weber, a renforcé cette ligne, rappelant que « la présomption d'innocence est l'un des principes fondamentaux de l'UE. » Aucune indication n'a émergé jusqu'à présent que Martusciello ait l'intention de démissionner de son poste. Si tel était le cas, les noms les plus souvent cités pour lui succéder sont Marco Falcone, qui a recueilli plus de 100 000 votes préférentiels aux dernières élections européennes, et Letizia Moratti, ancienne ministre de l'Éducation.
Agacement général vis-à-vis des autorités belges
Les eurodéputés ont fait part de leur frustration face à ce qu'ils considèrent comme des bévues des enquêteurs belges dans l'enquête Huawei. Selon POLITICO, il s'agit notamment d'avoir attribué à tort des actions à un eurodéputé après l'avoir confondu avec un homme d'affaires portant le même nom, et d'avoir cherché à lever l'immunité d'un autre parlementaire avant de se rendre compte qu'il n'était pas eurodéputé au moment des faits présumés. Cet agacement a teinté le débat en plénière mais n'a finalement pas empêché l'assemblée de soutenir la demande du procureur dans le cas de Martusciello.


