
Les dirigeants ouest-africains signent un accord pour le gazoduc Nigeria-Maroc de 25 milliards de dollars, visant un démarrage en 2031
Le gazoduc de 6 000 km acheminera jusqu'à 30 milliards de mètres cubes de gaz nigérian par an vers le Maroc et, de là, vers l'Europe, avec un début des travaux en 2028.
## L'accord
Les chefs d'État de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) ont signé dimanche à Freetown (Sierra Leone) un accord intergouvernemental approuvant formellement le gazoduc atlantique Nigeria-Maroc. La signature a eu lieu lors d'un sommet de la CEDEAO, avec le président sortant Julius Maada Bio, président de la Sierra Leone, confirmant l'accord. Le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye, nouveau président de l'organisation, a déclaré que tous les dirigeants avaient signé.
Nous avons signé l'accord pour le gazoduc Afrique de l'Ouest-Maroc. Ne soyez pas surpris lorsque le gaz arrivera dans votre pays.
Échelle et tracé du gazoduc
Le gazoduc s'étendra sur 6 000 à 6 900 km le long de la côte atlantique, traversant 13 pays d'Afrique de l'Ouest, du Nigeria au Maroc. Un communiqué conjoint de l'ONHYM marocaine et de la NNPC nigériane indique qu'il transportera jusqu'à 30 milliards de mètres cubes (Gm³) de gaz naturel par an. Sur ce total, 15 Gm³ par an seront destinés aux marchés marocain et européens via le gazoduc Maghreb-Europe existant, qui relie le Maroc à l'Espagne. Les estimations de coût varient : Reuters fait état de 25 milliards de dollars, tandis qu'Ouest France et Digi24 citent 23 milliards d'euros, et Deutsche Welle et France 24 avancent le chiffre de 27 milliards de dollars.
Contexte géopolitique
Le projet a été évoqué pour la première fois en 2016 lors de la visite du roi Mohammed VI à Abuja, où lui et l'ancien président Muhammadu Buhari ont convenu de le poursuivre. Il a pris une urgence nouvelle après la décision de l'Algérie en 2022 de cesser ses livraisons de gaz à l'Espagne via le Maroc, à la suite d'une rupture diplomatique entre Alger et Rabat en 2021. L'Algérie a sa propre proposition de gazoduc transsaharien, un tracé de 4 200 km via le Niger, qui concurrence le gaz nigérian. Le gazoduc soutenu par le Maroc est désormais un pilier central de la diplomatie économique de Rabat en Afrique.
- Le roi Mohammed VI se rend à Abuja, lançant les discussions sur le gazoduc avec le président Buhari
- La rupture diplomatique entre l'Algérie et le Maroc interrompt le transit du gaz
- L'Algérie cesse l'approvisionnement en gaz de l'Espagne via le Maroc, relançant l'intérêt pour le gazoduc
- Les dirigeants de la CEDEAO signent l'accord intergouvernemental à Freetown
- Début prévu des travaux de construction
- Premières livraisons de gaz prévues
Prochaines étapes
L'ONHYM et la NNPC ont indiqué que les prochaines phases comprennent la création d'une société de projet basée à Casablanca et d'une autorité de gouvernance du gazoduc à Abuja. Ensuite, les partenaires rechercheront des investisseurs et prépareront une décision finale d'investissement. Reuters a rapporté qu'un accord séparé entre le Maroc et la Mauritanie devrait être signé ultérieurement, en présence du président nigérian. La construction devrait débuter en 2028, avec les premières livraisons de gaz prévues pour 2031, selon une source de l'ONHYM.
Déclarations officielles
Amina Benkhadra, directrice générale de l'ONHYM, a déclaré que le gazoduc renforcerait la sécurité énergétique, accélérerait l'industrialisation et soutiendrait le développement des ressources naturelles africaines. Le communiqué conjoint a décrit le projet comme un nouveau corridor de développement reliant l'Afrique de l'Ouest, le Sahel, le Maroc et l'Europe, et comme une étape vers l'intégration des marchés énergétiques africains.
Le gazoduc NMGP contribuera durablement au renforcement de la sécurité énergétique, à l'accélération de l'industrialisation, au soutien du développement des ressources naturelles africaines et à la promotion d'une prospérité partagée.
