
L'UE tient ses premières discussions avec les talibans à Bruxelles pour accélérer les expulsions, provoquant une levée de boucliers politiques
La Commission européenne et 15 États membres ont tenu une réunion à huis clos avec des représentants talibans à Bruxelles mardi pour discuter de l'expulsion de ressortissants afghans condamnés pour des crimes, suscitant de vives critiques de la part des députés européens et des organisations de défense des droits humains.
Une réunion historique à Bruxelles
Mardi, la Commission européenne et des représentants de 15 États membres ont tenu une réunion à huis clos avec une délégation talibane à Bruxelles. C'était la première fois que des responsables talibans posaient le pied sur le sol de l'UE depuis que le groupe a repris le pouvoir en Afghanistan en 2021. Les discussions, qualifiées de « strictement techniques » par la Commission, se sont concentrées sur les moyens d'accélérer l'expulsion des ressortissants afghans ayant commis des crimes en Europe ou considérés comme des menaces pour la sécurité.
Il ne s'agit pas de concessions, pas de concessions du tout. Il s'agit simplement de discussions opérationnelles sur la manière de renvoyer des criminels.
La réunion s'est déroulée à la demande de 20 États membres qui, en octobre 2025, avaient demandé à la Commission d'explorer les retours forcés vers l'Afghanistan. L'Espagne n'a pas signé cette lettre et n'était pas présente aux discussions de Bruxelles.
L'accord parallèle de l'Allemagne
L'Allemagne a déjà avancé avec son propre accord bilatéral. Berlin a conclu un accord avec les talibans pour faciliter les expulsions de criminels afghans condamnés, prévoyant jusqu'à trois vols charter par mois. L'accord autorise jusqu'à quatre responsables consulaires talibans en Allemagne pour vérifier les identités et délivrer des documents de voyage. La dernière expulsion collective, effectuée la semaine dernière, a vu 32 hommes afghans expulsés de Leipzig.
Levée de boucliers politiques à Bruxelles
Le secret entourant la réunion a déclenché une crise politique au sein des institutions européennes. L'eurodéputée Raquel García Hermida-Van der Walle, qui préside la délégation du Parlement pour les relations avec l'Afghanistan, a annoncé qu'elle soumettrait des questions parlementaires urgentes jeudi, exigeant des éclaircissements sur ce qui a été discuté et si des concessions ont été faites.
Évidemment, les talibans ne sont pas venus à Bruxelles pour boire quelques cafés et thés dans un hôtel près de l'aéroport de Zaventem ; ils sont venus avec une liste de demandes.
Les organisations de défense des droits humains et les partis de gauche ont accusé l'UE de légitimer un régime qui exclut systématiquement les femmes de la vie publique. La Belgique, qui n'a délivré que des visas de 24 heures aux délégués talibans, s'est opposée à la réunion, le ministre des Affaires étrangères Maxime Prévot ayant exprimé ses critiques. Le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme, Volker Türk, avait précédemment mis en garde contre des « risques graves » pour les rapatriés.
La version des talibans
La délégation talibane, dirigée par le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Abdulqahar Balji, a affirmé que les discussions allaient au-delà des expulsions. Dans un communiqué, Balji a déclaré que les discussions portaient sur la reprise des services consulaires pour les Afghans vivant en Europe, des mesures de confiance et des solutions pour les Afghans dont les demandes d'asile ont été rejetées.
Nous espérons que cette visite ouvrira de nouvelles voies pour une interaction positive, renforcera le processus de résolution des problèmes des Afghans vivant à l'étranger et élargira davantage le climat de coopération fondé sur le respect mutuel et les intérêts communs.
L'UE n'a pas officiellement reconnu le régime taliban, et le commissaire Brunner a insisté sur le fait qu'aucune reconnaissance diplomatique n'avait été accordée. Cependant, la manière dont les talibans présentent la réunion comme une étape vers la normalisation des relations a alimenté les inquiétudes parmi les députés européens et la société civile.
Une Europe divisée
L'épisode révèle les divisions au sein de l'UE sur la politique migratoire. Alors que l'Allemagne et la Suède ont poussé à l'établissement de canaux de communication pratiques avec Kaboul, la France a mené l'opposition à tout engagement qui pourrait légitimer les talibans. La Commission, quant à elle, renforce son programme plus large de contrôle de l'immigration, y compris un mandat renforcé pour Europol afin de lutter contre l'immigration illégale.
- Vingt États membres de l'UE demandent à la Commission d'explorer les retours forcés vers l'Afghanistan.
- Première réunion technique entre l'UE et les talibans à Kaboul.
- Une délégation talibane rencontre des responsables de l'UE à Bruxelles pour la première fois sur le sol européen.
- Le commissaire européen Brunner défend les discussions, dément toute concession.
- L'eurodéputée Raquel García Hermida-Van der Walle prévoit de soumettre des questions parlementaires urgentes.


