
La Cour de justice de l'UE valide la loi d'amnistie espagnole, le ministre fustige le Tribunal suprême pour ne pas l'appliquer pleinement
La Cour de justice de l'Union européenne a validé la loi d'amnistie espagnole le 16 juillet, mais le Tribunal suprême ne l'a pas encore appliquée aux condamnés pour détournement de fonds, suscitant de vives critiques du ministre de la Justice.
La Cour de justice de l'Union européenne (CJUE) a rendu deux arrêts le 16 juillet 2026 confirmant que la loi d'amnistie espagnole est compatible avec le droit de l'UE. Les décisions répondaient à des questions préjudicielles de l'Audiencia Nacional, concernant 12 membres des Comités de défense de la République (CDR) accusés de terrorisme et d'infractions liées aux explosifs, et du Tribunal de Cuentas, concernant le détournement de fonds publics pour le référendum d'indépendance de 2017 et l'action extérieure. Les arrêts font suite à l'avis de l'avocat général du 13 novembre 2025, qui avait déjà indiqué son soutien à la loi.
Le ministre fustige le retard du Tribunal suprême
Malgré l'aval de la CJUE, le Tribunal suprême n'a pas appliqué l'amnistie aux condamnés pour détournement de fonds, une position qui a suscité une vive réaction de Félix Bolaños, ministre de la Présidence, de la Justice et des Relations avec les Cortes. Dans un entretien à La Vanguardia, il a déclaré que le tribunal aurait pu faire une interprétation « plus conforme à la loi et à son esprit » pour que l'amnistie soit déjà pleinement en vigueur.
La loi est très claire dans sa lettre et son esprit.
Bolaños a qualifié la décision de la CJUE de « victoire pour la Catalogne et pour l'Espagne » et a soutenu que l'amnistie était essentielle à la réconciliation, notant qu'« il n'aurait pas été possible de garantir la réconciliation avec plus de 400 personnes allant en prison ». Il a exprimé l'espoir que le Tribunal suprême agisse désormais « dès que possible ».
Junqueras envisage un retour au premier plan politique
La décision ouvre la porte à Oriol Junqueras, le leader d'ERC, pour devenir candidat à la présidence de la Catalogne pour la première fois en plus d'une décennie. Sa dernière candidature effective remonte à 2012 ; depuis ses poursuites pour le référendum de 2017, toutes ses candidatures ont été symboliques, et une condamnation en 2019 l'a rendu inéligible jusqu'en 2031. Si le Tribunal suprême lève l'inéligibilité après la pause estivale, ses droits politiques seraient pleinement rétablis.
Le Tribunal suprême fera tout son possible pour ne pas appliquer la loi d'amnistie.
ERC considère la décision de la CJUE comme plus claire que prévu, mais des sources du parti restent prudentes face à un nouveau rebondissement judiciaire.
Le retour de Puigdemont toujours en suspens
Carles Puigdemont, l'ancien président catalan et leader de Junts, reste en exil avec un mandat d'arrêt actif. Le secrétaire général de Junts, Jordi Turull, a qualifié la décision de « victoire retentissante » mais a souligné qu'elle n'est « pas définitive ». Le parti attend que le Tribunal constitutionnel et le Tribunal suprême agissent, et le retour de Puigdemont n'est pas imminent. Au sein de Junts, certains voient son retour comme un coup de pouce potentiel contre la montée d'Aliança Catalana, tandis que d'autres s'inquiètent des sondages électoraux. Le PSOE, quant à lui, considère un éventuel retour comme une « fenêtre d'opportunité » pour reconstruire des ponts, bien que Puigdemont retienne les sept voix de son parti au Congrès depuis des mois, bloquant les budgets et d'autres lois.
La voie judiciaire et politique à venir
La loi d'amnistie a été controversée dès le début, avec des juges protestant en robe avant son approbation. Le refus du Tribunal suprême de l'appliquer aux affaires de détournement de fonds peut désormais être contesté devant le Tribunal constitutionnel, qui pourrait mettre des mois à statuer, en partie parce que le PP a déposé des recours de toutes les régions qu'il contrôle pour créer un arriéré. Bolaños a également exhorté Junts à soutenir le prochain budget de l'État et à rejoindre la majorité poussant les réformes de la justice, déclarant qu'ils « feraient bien de s'asseoir et de travailler pour que les citoyens voient que la politique est utile ».
- L'avocat général rend un avis soutenant la compatibilité de la loi d'amnistie avec le droit de l'UE
- La CJUE rend deux arrêts confirmant que la loi d'amnistie respecte le droit de l'UE
- Le Tribunal suprême doit décider de l'application de l'amnistie aux condamnations pour détournement de fonds
- Le Tribunal constitutionnel doit statuer sur les recours, potentiellement dans plusieurs mois

